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Certains journaux arabes ont récemment relaté dans les détails un accrochage qui a mis ‎en prise une étudiante islamiste revêtue d’un niqab, (sorte de tchador) et le vénérable ‎Cheikh d’Al Azhar, en visite à l’une des classes d’université. Ce dernier avait intimé l’ordre à l’étudiante d’enlever son attirail en sa présence en des termes jugés ‎autoritaires et non islamiques par certains. Le Cheikh motiva la décision de son ukase ‎par le fait que le niqab relevait des us et coutumes et non d’un édit religieux. Ce qui ‎est formellement contesté par certains milieux rigoristes, qui crièrent à la trahison, à ‎l’arbitraire, allant jusqu’à contester son autorité en la manière et d’être à la solde du ‎régime en place. Notre vénérable Cheikh dût essuyer les pires calomnies et ne manqua ‎pas de s’attirer les foudres et les ires des fondamentalistes religieux de tous bords, qui ‎l’accusèrent de tous les maux de la société arabo-musulmane.

Cet incident entre ‎l’étudiante et le vĂ©nĂ©rable Cheikh d’Al Azhar a trouvĂ© des Ă©chos mĂŞme dans les ‎medias europĂ©ens, en particulier anglo-saxons, qui ne manquèrent pas de commenter ‎l’évènement en des termes ironiques sinon amusants. DĂ©sormais, nul ne pourrait ‎s’étonner de ce que les choses en soient arrivĂ©es lĂ . On eĂ»t dit que les musulmans ont ‎perdu tout sens de la mesure, lorsqu’ils se sont jurĂ© de se chamailler pour un bout de tissu, qui a pris des proportions exorbitantes. D’or et dĂ©jĂ , cette affaire ne s’est pas ‎limitĂ©e aux pays arabo-musulmans, mais a gagnĂ© aussi les pays europĂ©ens oĂą rĂ©sident ‎une grande communautĂ© musulmane, qui se voit pointĂ©e du doigt Ă  cause de ce qu’on ‎appelle la « question du foulard ».

Tout être raisonnable admettrait volontiers et ‎aisément que l’habit n’est rien d’autre qu’un moyen pour se protéger des éléments et ‎qu’il peut varier d’une région à une autre selon les conditions climatiques du lieu où vit ‎la personne concernée. Un homme se trouvant sous une latitude boréale ne peut s’habiller de la même façon qu’un autre se trouvant sous les tropiques ou l’équateur et ‎encore moins dans un désert.

Mais hélas, en matière de religion, la logique perd tout ‎son sens chez les maximalistes tenant d’une religion donnée ou plutôt de l’interprétation qu’ils en font, lorsqu’ils s’ingénient à trouver dans les textes sacrés et ‎hadiths ce qui réconfortent leur point de vue, quitte à tomber dans l’équivoque. ‎

L’habit, tel que préconisé par la religion, selon le point de vue religieux, au lieu d’être ‎une protection contre les éléments, devient alors un symbole d’appartenance à un ‎courant particulier ou à une secte donnée. Pour certains(es), il est plus que cela, il est ‎devenu la marque qui différencie le croyant ou la croyante des autres. Sont apparus, ‎récemment, dans le paysage national et même à l’étranger, d’étranges attirails, aussi ‎bien féminins que masculins. Des hommes dans les rues des villes européennes qui ‎sont habillés à la pachtoune et des femmes portant des bourqas ou des tchadors avec ‎des lunettes et des gants, en plein été.

Des petites filles qui sont renvoyĂ©es de l’école, ‎parce que leurs parents persistent Ă  vouloir leur porter le foulard dit islamique, ‎évoquant pour cela la libertĂ© du culte. On est parfois amusĂ© par le comportement des ‎adolescentes musulmanes. Combien de fois, n’ai-je pas vu de jeunes filles habillĂ©es Ă  ‎l’europĂ©enne, portant des pantalons jeans serrĂ©s, qui mettent en valeur leurs attributs ‎fĂ©minins, avec une pointe d’élĂ©gance, mais qui se cachent les cheveux avec un foulard dit islamique. Ce qui fait dire Ă  certains non sans vulgaritĂ©, « qu’elles se cachent la tĂŞte ‎et se dĂ©couvrent le c… ». Je laisse cette image Ă  l’apprĂ©ciation du lecteur.

En fait, si ‎l’essence du commandement religieux à la femme est de faire preuve de pudeur, en pratique on assiste au contraire. Et le foulard est là, en signe d’obédience et de ‎soumission, plus par conformisme que par conviction. L’autre extrême est représentée ‎par une importation saoudienne et étrangère à ces contrées. Combien de fois n’ai-je pas vu, en plusieurs endroits, des femmes de tous âges, couvertes de noir de la tête ‎aux pieds (pour ne pas dire de pieds en cap), et avec des gants – sortes de tchador ou ‎khimar que portent les femmes saoudiennes et celles des pays du Golf - et portant des ‎lunettes noires. Pour ces femmes, le vêtement est signe ostentatoire d’appartenance à ‎une secte donné ou à un courant religieux particulier. Il s’agit là d’une affirmation ‎d’une identité religieuse avec la volonté de l’afficher publiquement.

En somme, il s’agit de faire Ă©tat d’une appartenance Ă  une idĂ©ologie bien dĂ©terminĂ©e, « celle des ‎sources anciennes ». Le haĂŻk de nos mères et grand-mères a Ă©tĂ© Ă©vincĂ© par le nouvel ‎habit fĂ©minin oriental plus conforme aux prescriptions religieuses et donc, selon cette vision, plus musulman. Un observateur averti ne manquera pas de relever que les ‎jeunes femmes qui observent ces règles susdites vivent un paradoxe et des ‎contradictions visibles, tiraillĂ©es entre tradition et modernitĂ©.

Un exemple de ‎tiraillement entre tradition et modernité parmi d’autres est celui que l’on observe sur ‎nos plages, durant les journées chaudes d’été, où l’on observe de jeunes femmes patauger dans la mer, portant des vêtements de ville, qui ne sont pas conçus pour la ‎natation. Une fois le corps mouillé, elles ont l’allure des statues grecques sans ‎toutefois, en avoir le charme hellénique. Un spectacle insolite analogue se présente ‎aussi sur les terrains de sport, où les jeunes filles, voulant s’exercer sont obligées de ‎porter un attirail qui entrave ses mouvements corporels, parce qu’il n’est pas conçu ‎pour le sport.

Le poids du contrĂ´le social et la soumission empĂŞchent toute vellĂ©itĂ© de ‎rĂ©flexion et encore moins de rĂ©bellion. Un jour, en mĂ©ditant sur les chamailles au sujet ‎de la tenue vestimentaire des femmes citadines d’aujourd’hui, feu ma grand-mère, qui ‎comme les femmes amazighes de sa gĂ©nĂ©ration, n’avait connu de son temps que misère ‎et privation, me dit philosophiquement que « le mal est fait Ă  l’esprit, qui se dĂ©range et c’est le corps ‎qui en souffre » Sages paroles. ‎

Mimoun

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Députée européenne, Hélène Flautre s’est rendu en Kabylie suite à l’insurrection du Printemps 2001

24 juillet 2001

Députée européenne, Hélène Flautre s’est rendu en Kabylie suite à l’insurrection du Printemps 2001 vendredi 17 octobre 2003.

Le rapport d’Hélène Flautre porte sur la situation en Algérie. Nous reproduisons ci-dessous uniquement la partie concernant la Kabylie. Nous publions également le sommaire du rapport ainsi que l’introduction.

Le rapport d’Hélène Flautre

Députée européenne - les Verts/Ale - Vice Présidente de la délégation Maghreb du Parlement européen Rédigé en collaboration avec Claude Taleb

Juin 2001 Groupe des Verts-Ale au Parlement européen

PREAMBULE

Partir en dĂ©lĂ©gation officielle du Parlement EuropĂ©en, c’est reconnaĂ®tre une lĂ©gitimitĂ© au dialogue interparlementaire. Cela ne pose aucun problème de principe, seulement de situation. Pour le moment, c’est elle qui prime. PlutĂ´t inconfortable quand vos interlocuteurs sont une reprĂ©sentation notoirement dĂ©formĂ©e par la fraude Ă©lectorale, quand la question de l’autonomie parlementaire, par rapport Ă  l’exĂ©cutif, dĂ©clenche le sourire entendu de tout AlgĂ©rien, quand le pouvoir paraĂ®t jouir d’un discrĂ©dit avĂ©rĂ©. Votre position de parlementaire dĂ©lĂ©guĂ© au Maghreb en visite officielle Ă  Alger devient alors dĂ©licate !

Je ne veux pas me satisfaire du rĂ´le de "voyeur" qui rapporte après coup. A qui ? Ă  l’opinion publique internationale ? Encore moins me contenter du "confort" du protocole. En fait, c’est le dĂ©sir d’entrevoir un bout de vĂ©ritĂ©, au dĂ©tour d’un discours convenu, provoquĂ© par une question jugĂ©e agaçante. L’envie de dĂ©busquer derrière le titulaire du pouvoir officiel, le doute qu’il s’applique Ă  nier. La conviction que votre interlocuteur, fusse-t-il tortionnaire, qu’il vous rĂ©vulse ou pas, est un ĂŞtre humain... de la mĂŞme humanitĂ© que vous. C’est cela qui dissipe l’inconfort de ma position qui, Ă  priori, est utilisĂ©e par le pouvoir en place pour dorer son blason.

En fait, très vite, l’évidence vous tient : il faut tenter de comprendre. Et pour cela, entendre beaucoup d’histoires, des histoires de vies, des histoires Ă  ne pas dormir... La mère qui pleure son fils mort, ou peut-ĂŞtre mort et le gĂ©nĂ©ral qui commandait les forces de sĂ©curitĂ©. Le journaliste qui cherche la vĂ©ritĂ© et le Ministre de la justice qui se fĂ©licite de la concorde civile. La famille d’un jeune tuĂ© Ă  BĂ©jaĂŻa et le prĂ©sident de la commission d’enquĂŞte qui parle de lĂ©gitime dĂ©fense, ...

Ni voyeur, ni donneur de leçons, vous ĂŞtes directement interpellĂ©s : le chaos algĂ©rien est aussi le nĂ´tre. Fonder un avenir commun après ĂŞtre morts les uns contre les autres, lutter dĂ©mocratiquement contre la violence armĂ©e, penser son identitĂ© en pleine relation au monde, vivre ensemble dans la diversitĂ© des langues, des cultures et des histoires entremĂŞlĂ©es, rĂ©pondre au discrĂ©dit total du politique, Ă  la mainmise de 20% de la population sur 80 % des richesses...

Défis du présent algérien... Possibles demains du monde.

Les familles de disparus sont la manifestation la plus violente de la schizophrĂ©nie du pouvoir : comment ĂŞtre juge et assassin ? Supposer comme le gĂ©nĂ©ral Nezzar que la majoritĂ© des disparus sont, Ă©taient des militants islamistes, que le pays Ă©tait en guerre civile et que l’éradication de l’islamisme armĂ© est une cause supĂ©rieure de l’Etat, c’est finalement, rĂ©pondre et invalider toute demande de justice. Le besoin des familles de connaĂ®tre la vĂ©ritĂ© n’est pas soluble dans la raison d’Etat. Les grandes enquĂŞtes, jamais individualisĂ©es dans leurs conclusions, sont un masque sur une question Ă  laquelle l’Etat ne veut pas rĂ©pondre : qu’a fait l’armĂ©e de l’Etat au nom de la raison d’Etat ? Pour lever le voile, toutes les familles de disparuss que j’ai rencontrĂ©es, demandent la venue du rapporteur spĂ©cial de l’ONU sur les disparitions forcĂ©es. Y a-t-il une raison de nos Etats qui pourrait nous interdire de soutenir cette demande ?

Après la guerre civile, la réconciliation...

"La concorde civile", dit le GĂ©nĂ©ral Nezzar, "est la couverture politique tardive d’un accord de 1997 entre l’armĂ©e et l’ArmĂ©e Islamique du Salut". Le Ministre de la Justice mesure au nombre des 6 000 islamistes descendus du maquis sa pleine rĂ©ussite. Une dĂ©putĂ©e raconte la tragĂ©die de cette grand-mère tenant dans les mains ses deux petits-enfants, leurs pères sont morts, l’un tuĂ© par l’armĂ©e, l’autre par les islamistes. Elle dit : quand ils auront vingt ans sauront-ils ne pas s’entretuer ? D’autres reconnaissent dans leur voisinage l’assassin de leurs enfants, dĂ©noncent l’arrogance des repentis, crient Ă  l’impunitĂ© : " C’est un accord d’impunitĂ© rĂ©ciproque sur le dos du peuple, de la justice et de la vĂ©ritĂ© !". Le Ministre de la Justice dit que plus de 400 maquisards et 300 militaires sont poursuivis actuellement par la justice... on attend les procès. "Si nous avions promis des procès, croyez-vous qu’ils seraient descendus des maquis ?" interroge le gĂ©nĂ©ral Nezzar.

La concorde civile sème la discorde. Comprendre, faire justice, permettre aux douleurs individuelles de se raconter publiquement, de faire l’histoire, tragique mais commune. C’est peut-ĂŞtre le chemin de la rĂ©conciliation. Aux otages de la guerre civile, que la logique des camps armĂ©s a Ă©touffĂ©s, d’ouvrir la voie... IngĂ©rence de les soutenir ?

Les exigences citoyennes sont réelles, les balles aussi

A Tizi-Ouzou, à l’écoute des témoignages des parents, des frères des jeunes tués, des blessés, vous comprenez vite, malgré l’émotion, que les " événements " dits de Kabylie sont le précipité d’un état prolongé de domination par la force, d’un pouvoir spoliateur sur une population pauvre et digne, en quête d’avenir.

Vous ĂŞtes Ă©patĂ©s par leur incroyable sang-froid, maturitĂ© citoyenne, et dĂ©termination et vous prenez l’engagement de les aider Ă  dĂ©broussailler des chemins de libertĂ©. Repassent dans votre tĂŞte les propos du Ministre de la justice, tardivement compatissants et globalement insipides, les dĂ©clarations vainement volontaristes des prĂ©sidents de commissions d’enquĂŞte, les phrases trop gĂ©nĂ©rales sur la situation Ă©conomique et sociale des leaders politiques. Vous vous dites : La sociĂ©tĂ© algĂ©rienne est très loin devant, saurons-nous ĂŞtre Ă  sa hauteur ?

Arras, 10 juin 2001.

SOMMAIRE :

Page 4. le contexte de la visite

Page 5. une société qui étouffe, un régime à bout de souffle

page 6 1. La sale guerre 1.1 Sale guerre : la version officielle page 7 1.2 " DĂ©passements " et massacres page 9 1.3 Arrestations illĂ©gales et disparitions forcĂ©es

page 12 2. L’insĂ©curitĂ© page 12 2.1 Les islamistes armĂ©s aujourd’hui page 12 2.2 Cinq cent mille hommes armĂ©s "contre le terrorisme" page 13 2.3 La concorde civile, Ă©chec de Bouteflika ?

page 15 3. Les enjeux d’un partenariat euro-méditerranéen page 15 3.1 Un pays riche peuplé de pauvres page 16 3.2 Un environnement saccagé page 17 3.3 Des libertés publiques mises entre parenthèses page 19 3.4 L’accord d’association Europe-Algérie

page 21 l’insurrection démocratique

page 22 octobre 88-printemps 2001

page 22 22 mai 2001, TIZI OUZOU page 23 1. Victimes de la " hogra " page 26 2. " Vive la gendarmerie, à bas tamazight " page 27 3. " Un pouvoir qui tue ses enfants n’a pas d’avenir " page 28 4. Promesses de Démocratie page 29. 5. Notre responsabilité, en Europe

page 31 les Annexes

Un contexte particulier

Cette visite, "ordinaire" prĂ©vue de longue date dans le cadre du dialogue inter-parlementaire AlgĂ©rie-Union europĂ©enne, s’est dĂ©roulĂ©e dans un contexte "extraordinaire" : en plein renouvellement des termes mĂŞmes du dĂ©bat national et international sur "les sales guerres" qui ont endeuillĂ© l’AlgĂ©rie tout au long de la seconde moitiĂ© du siècle. En plein dĂ©veloppement de la contestation et de la rĂ©volte commencĂ©e en Kabylie :

-  l’histoire rĂ©cente de l’AlgĂ©rie en dĂ©bat Pour la première fois Ă  cette Ă©chelle, en France notamment, un large dĂ©bat public met en Ă©vidence, depuis plusieurs mois, les mĂ©thodes criminelles employĂ©es par l’armĂ©e française, entre 1954 et 1962, pour contenir la lutte de libĂ©ration nationale algĂ©rienne. Les tĂ©moignages de victimes mettent directement et personnellement en cause plusieurs haut responsables militaires français. Concernant l’AlgĂ©rie, c’est surtout son histoire rĂ©cente qui fait l’objet d’interrogations ; le PrĂ©sident Bouteflika a lui mĂŞme estimĂ©, dans une dĂ©claration publique, Ă  plus de 100 000, le nombre de victimes de la guerre civile commencĂ©e en 1992. Plusieurs livres et tĂ©moignages de protagonistes de cette sale guerre, de victimes et de tĂ©moins, accusent gravement les mĂ©thodes employĂ©es par les forces de sĂ©curitĂ© contre des civils suspectĂ©s de complicitĂ© ou de complaisance envers les islamistes. Une plainte portĂ©e contre l’une des principales figures des gĂ©nĂ©raux "dĂ©cideurs" algĂ©riens a failli aboutir Ă  son arrestation Ă  Paris, quelques jours avant la visite, sous des inculpations de crime universel.

-  la rĂ©volte des jeunes A la suite de la mort, consĂ©cutive Ă  ses blessures par balles, dans les locaux de la gendarmerie de BĂ©ni Douala, le 18 avril, d’un jeune lycĂ©en, Massinissah Guermah, la rĂ©volte de la jeunesse s’est gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  toute la population de Petite et Grande Kabylie. Alors que la dĂ©lĂ©gation Ă©tait Ă  Alger, Le 21 mai, 500 000 personnes manifestaient Ă  Tizi Ouzou contre la violence et les meurtres commis par les forces de sĂ©curitĂ©, contre le mĂ©pris et l’injustice gĂ©nĂ©ralisĂ©s, pour demander la justice sociale, la dĂ©mocratie, la reconnaissance des identitĂ©s culturelles. Ces Ă©vĂ©nements dits "de Kabylie", si distants et si proches, ont alimentĂ©, sous tendu, toutes les conversations officielles et informelles, tout au long du programme de visite. A l’évidence, cette mobilisation populaire avait un impact et une rĂ©sonance qui allaient alors dĂ©jĂ , bien au delĂ  des limites gĂ©ographiques de cette rĂ©gion ; c’est l’avenir de toute l’AlgĂ©rie qui Ă©tait -qui est- en suspens.

Plusieurs "grandes questions" Ă©mergeaient de la prĂ©paration Ă  la visite : OĂą en est l’Etat de droit mis "entre parenthèses" depuis le dĂ©cret de l’état d’urgence le 9 fĂ©vrier 1992 (rĂ©forme de le magistrature, lois sur la communication, suspension des libertĂ©s publiques, loi sur le terrorisme) ? Quels sont les rĂ©sultats de la concorde civile ? de la crĂ©ation des milices d’autodĂ©fense (GLD) ? Quelle est la rĂ©ponse apportĂ©e aux dossiers des arrestations illĂ©gales et des disparitions forcĂ©es ? Quelles conclusions sont tirĂ©es de la rĂ©volte des jeunes ? Ou en est la situation Ă©conomique et sociale ? Quelles perspectives faut il en dĂ©duire pour les relations euro-algĂ©riennes ? Tel fut le fil conducteur des questions posĂ©es, dans le cadre du dialogue interparlementaire, des rencontres avec la sociĂ©tĂ© civile, et, avec les autoritĂ©s algĂ©riennes.

L’INSURRECTION DEMOCRATIQUE

A Dahman et Yayiah, sans oublier notre chauffeur Octobre 1988 - printemps 2001

Plusieurs parlementaires rencontrés, des journalistes, des témoins, le général Nezzar...se rejoignent, paradoxalement, pour comparer ces deux "insurrections" motivées par une "protestation générale contre la misère, le manque d’emplois, de logements, de perspectives, la hogra, le rejet des autorités..."

Le massacre de 500 manifestants mitraillés par l’armée, à Alger, en octobre 88, avait été suivi de mesures politiques d’ouverture, de l’instauration du pluralisme, du droit d’association.

Il avait également eu pour conséquence la montée du FIS.

L’interruption du processus électoral et l’instauration de l’état d’urgence, en février 92, alors que le FIS, avec 28 % des voix, était sur le point d’obtenir la majorité absolue des sièges à l’Assemblée Populaire Nationale, a été suivie du développement de l’islamisme armé, de longues années de tragédie, d’une violence extrême qui a coûté la vie à (100 000 selon le président Boutéflika , 200 000 selon le FFS) algériens et algériennes.

A ces chiffres effrayants, il faut ajouter toutes celles et ceux, plus nombreux et nombreuses encore qui portent les stigmates des blessures physiques et morales qui ont affecté de larges secteurs de la population, bien au delà des protagonistes directs du conflit armé.

La décroissance des conflits armés et de la pression qu’ils exercent sur la population semblent bien rendre possible la reprise de la contestation et de la protestation d’aujourd’hui.

22 mai 2001, Ă  Tizi Ouzou

Comment repartir d’AlgĂ©rie sans essayer, sans Ă©couter, les acteurs de ces manifestations quotidiennes ? Comment ne pas avoir envie de transgresser le protocole de la visite officielle pour aller Ă  la rencontre de ces manifestants, " vus Ă  la tĂ©lĂ© " derrière ces calicots tragiques sur lesquels ils Ă©crivent " vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes dĂ©jĂ  morts " ?

Il s’agit moins de rapporter que de comprendre.

La triple revendication, de justice sociale, de dĂ©mocratie et de reconnaissance de l’identitĂ© culturelle et l’opposition au " pouvoir assassin " n’annoncent elles pas l’émergence d’une troisième voie, d’une AlgĂ©rie plurielle qui ne demande qu’à s’épanouir en rejetant les deux termes de l’alternative violence islamiste/violence d’état ? Qu’attendent ils de l’Europe, de ses citoyens, de ses institutions ?

Le refus, exprimĂ© tardivement, par le protocole de l’APN, d’organiser cette visite, l’a sans doute finalement facilitĂ©e : aucun protocole officiel n’aurait su organiser un programme d’une telle intensitĂ© : aller-retour en voiture Alger-Tizi, accueil par les responsables de la Maison des droits de l’homme et du citoyen, rencontre avec les victimes et leurs proches, avec la coordination des Ă©tudiants, avec la ligue algĂ©rienne de dĂ©fense des droits de l’homme (laddh), de la willaya de Tizi, avec les Ă©lus (SĂ©nat et commune de Tizi), avec la coordination des aouch (comitĂ©s de villages).

§ 1 Victimes de la " hogra "

La première Ă©tape fut la plus bouleversante et la plus Ă©prouvante de tout le voyage : Ă  la Maison des droits de l’Homme et du citoyen, lieu dĂ©fini par nos hĂ´tes comme "un espace dĂ©diĂ© au dĂ©veloppement des droits de l’homme, créé par le bĂ©nĂ©volat, dans une citĂ© populaire ", ou attendaient plusieurs dizaines de personnes.

Le témoignage de victimes et de parents de victimes des violences des forces de sécurité, pendant plus de 3 heures, fut un grand choc émotionnel et ...un réquisitoire implacable contre la férocité et le caractère délibéré des crimes et des exactions commises au nom de l’Etat.

Bélaïd Bouzerma, 31 ans, de Larba Nath Irathène

BlessĂ© par balles tirĂ©es Ă  la mitrailleuse depuis la terrasse de la gendarmerie, le 28 avril, Ă  Larbaa Nath Irathène (LNI), amputĂ© d’un jambe. Il dit : " il n’y a pas de boulot, que du chĂ´mage, aucun espoir pour notre gĂ©nĂ©ration... C’est après la mort de Massinissah que nous avons manifestĂ©...Pourquoi cette hogra ? on est jeunes, dĂ©mocrates, je n’ai jamais manquĂ© de respect pour les autoritĂ©s...j’ai Ă©tĂ© deux fois militaire et me suis mis Ă  la disposition de cet Etat qui n’est pas Ă  la hauteur...nous sommes des hommes libres -imazighen- nous n’acceptons pas cette hogra... "

§ M Guermah, père de Massinissah Guermah, 20 ans, de BĂ©ni Douala " Depuis quelque temps les gendarmes multipliaient les provocations, ils avaient Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©s le 16 avril par le comitĂ© de village. Le 18, mon fils, interrompant ses rĂ©vsions du bac pour prendre l’air a Ă©tĂ© interpellĂ© par 2 gendarmes sur le trottoir au pied de notre logement. FrappĂ© durant son transport, il est entrĂ© titubant au poste. 5 minutes plus tard, des tĂ©moins qui se trouvaient dans le gendarmerie ont entendu 2 rafales. Il a Ă©tĂ© transportĂ© Ă  l’hĂ´pital de Tizi puis Ă  celui d’Alger oĂą ils est dĂ©cĂ©dĂ© deux jours plus tard, le 20 avril. Mon fils Ă©tait une force de la nature, qui a rĂ©sistĂ© deux jours, avec 6/7 de tension, après avoir perdu beaucoup de sang, les 2 jambes dĂ©chiquetĂ©es par des balles explosives tirĂ©es Ă  bout portant, j’ai vu de mes propres yeux ses blessures... C’était un ange, il ne supportait pas l’injustice...10000 personnes ont assistĂ© Ă  son inhumation...je n’ai pas assistĂ© Ă  la mise en terre car je suis restĂ© Ă  l’entrĂ©e du cimetière pour supplier les jeunes de renoncer Ă  toute violence...j’ai perdu un ange, je ne veux pas en perdre d’autres...Les instances ont embrasĂ© les chose avec les communiquĂ©s du commandant de gendarmerie insultant moi fils accusĂ© d’être un voleur et un agresseur et avec celui du Ministre de l’IntĂ©rieur, Zerhouni, parlant d’un dĂ©linquant âgĂ© de 26 ans... J’ai peut ĂŞtre Ă©tĂ© formĂ© Ă  l’école des ânes mais je suis plus intelligent qu’eux : je ne veux pas de violence ! ... je ne tĂ©moignerai pas devant leurs instances (les commissions d’enquĂŞte prĂ©sidentielle et parlementaire)...je tiens Ă  rendre hommage aux avocats et au personnel hospitalier de la rĂ©gion qui font tout pour aider la population... "

§ Hamza Bellahouès. 31 ans, Mekla Blessé de 2 balles dans le dos. " on ne peut faire du bien qu’avec du bien, pas avec du mal... ". Il parle d’une vie " inutile, de mort anticipée... nous sommes déjà morts... "

§ M Saïd Mokrab, père d’Oulbane Mokrab, dit Azzedine, 25 ans, Larbaa Nath Irathène, tué le 28 avril

Les gendarmes ont tirĂ© sur mon fils alors qu’il se trouvait Ă  plus de 150 mètres de la gendarmerie ; il a reçu une balle qui lui a traversĂ© le cou. Il Ă©tait a- politique, il a Ă©tĂ© tabassĂ© le jeudi (26), assassinĂ© le samedi. Ici, ce n’est pas le problème d’une rĂ©gion, c’est le problème d’une Nation. C’est une lutte pacifique de jeunes contre la mal vie, pour l’identitĂ©... Nous voulons le jugement des criminels, je veux entendre prononcer le nom de l’assassin de mon fils...

Il voulait vivre, les enfants avaient des pierres, les gendarmes, postés sur les terrasses des gendarmeries, tiraient partout. Ils agissaient sur ordre. Ils avaient une stratégie, tirant derrière les manifestants pour qu’ils se rapprochent de la gendarmerie. Il faut que l’Union européenne fasse pression sur l’armée pour qu’elle livre les responsables des tueries car ici, la justice n’a aucun pouvoir sur l’armée... ".

A ses cotés, d’autres témoins, membres de l’association des parents de victimes de LNI, dont l’un, faisant état de " 24 mois de services dans la Mitidja ", ont vu, le 28 avril, à 15h30, Areski Hammache et Mouloud Belkalem, être " achevés au P.A par le Chef de la brigade de gendarmerie de Larba N.I. ".

Belkacem Bouguera, frère de Rachid Bouguera, 25 ans, de Boghni, " Le 27 avril, mon frère, volontaire au Croissant Rouge algérien, a été abattu d’une balle dans le cou alors qu’il se rendait au siège du CRA. Les témoins ont vu que c’était un policier, membre de la Brigade Mobile de Police Judiciaire (BMPJ) qui l’avait tué. Les témoins ont subi des pressions de la police leur demandant d’accuser la gendarmerie."

Samir Allalou, 23 ans, de Borj Menaïel, Blessé par balles le 29 avril, à Boumerdès, avec 6 ou 7 autres personnes alors qu’ils se trouvaient à plus de 500 mètres du commissariat et de la gendarmerie. Etait hospitalisé depuis 23 jours souffrant de graves blessures à l’abdomen.

M Béchar, père de Ali Béchar, 21 ans, Son fils a été blessé par une balle tirée, à Naciria, par un policier, non menacé, distant de 30 mètres au moment du tir, a plus de 500 mètres du commissariat.

Khellil Raab, frère de Slimane Raab, 23 ans, de Bouzeguene Sorti de son domicile le 28 avril, une heure après le début des manifestations, son frère a reçu une balle dans le cou alors que des manifestants fuyaient dans tous les sens. Est décédé le 14 mai.

Le frère de Kemal Irchène, 27 ans, d’Azaga, Dit que son frère a été abattu par des gendarmes tirant du toit de la gendarmerie alors qu’il portait secours à un blessé. Avant de mourir, il a écrit le mot " Liberté " avec son sang sur le mur du café en face de la banque. Depuis, les habitants avaient érigé une petite stèle à cet emplacement, déposaient des fleurs, allumaient, chaque soir, des bougies. A ce moment, les gendarmes à plusieurs reprises, on lancé des pierres. La veille, 21 mai, ils avaient tiré des grenades lacrymogènes sur les personnes se recueillant. On apprendrait le lendemain, que, pendant cet entretien, ils se livraient à une véritable profanation en brisant le portait de Kemal Irchène. Le juge d’Azazga a demandé au père de la victime " d’apporter la preuve que son fils a bien été tué par les gendarmes ".

Salah Ouidir, 22 ans, de Aïn El Hammam Blessé par balle, dans la jambe, le 28 avril, à Ain El Hammam. Dit qu’alors que des écoliers effectuaient une marche pacifique en criant " pouvoir assassin ", les gendarmes ont commencé par proférer des grossièretés. " Ils sont revenus 20 minutes plus tard avec des kalachnikovs, nous ont poursuivi en tirant jusqu’en lsière de forêt. ". Un de ses amis venu lui porter secours a été tué.

M AĂŻt Abba, Ă©poux de Nadia AĂŻt Abba, 33 ans, institutrice, de AĂŻn El Hammam. Habitant Ă  AEH devant la gendarmerie, dit qu’il " a assistĂ© Ă  la guerre ...le 26 avril, j’avais vu les gendarmes sur leur toit, filmant, photographiant... le 28 avril, son Ă©pouse, enseignante en arabe, " qui avait peut ĂŞtre Ă©tĂ© vue donnant du vinaigre aux enfants suffocant dans les lacrymogènes ", a Ă©tĂ© abattue de plusieurs balles -dont une balle explosive qui lui a provoquĂ© une lĂ©sion de 8 cm- (cf annexe) alors qu’elle se trouvait derrière la fenĂŞtre, chez sa voisine, au 5 ème Ă©tage. Son beau frère tĂ©moigne : " ils tiraient dans tous les sens...ils ont continuĂ© Ă  nous tirer dessus alors que nous tentions de l’emmener sur un brancard... ". C’est ainsi qu’ils ont tuĂ© Omar NaĂŻt Amara, venu Ă  son secours.

Brahim Bouktoube, 17 ans, de Mekla Atteint d’une balle dans le dos, le 28 avril, à Mekla, alors qu’il allait chercher son petit frère à l’école. " Aurait été achevé s’il n’avait été évacué par des témoins... ".

le père de Kamal Rahim, 26 ans, de Boghni Décédé des suites des blessures consécutives à 3 coups de couteau. Son père ne dispose d’aucun témoignage confirmant qu’il a été frappé par les gendarmes.

Mohamed Hassani, 26 ans, de Matkas Le 28 avril, Ă  15h30 ; ne participant pas Ă  la manifestation, rencontrant des " forces spĂ©ciales " de gendarmerie sur le trajet entre la boutique oĂą il travaille et son domicile. Ceux-ci lui intiment l’ordre de se dĂ©shabiller, en pleine rue, puis le forcent Ă  le faire en dĂ©chirant ses vĂŞtements Ă  l’aide de leurs baĂŻonnettes. HumiliĂ© en public, , contraint de boire l’eau des Ă©gouts, battu et ne devant son salut qu’à la fuite, après voir essuyĂ© des coups de feu. Soutenu par le prĂ©sident de l’APC (maire) de son village, qui raconte une tentative d’interposition menĂ©e avec son collègue de Mekla pour faire remplacer, avec l’accord des jeunes, les gendarmes par des policiers. DĂ©marche menĂ©e sans rĂ©sultat auprès du Wali (Prefet). Le commandant de gendarmerie refusant quant Ă  lui toute nĂ©gociation et repoussant, avec brutalitĂ©, la mĂ©diation de l’élu.

Dans un bilan établi en date du 21 mai, figurant en annexe de ce rapport, la Laddh dénombrait, 49 morts dans les willayas de T. Ouzou, Béjaïa, Bouira, Sétif et Boumerdès, 563 blessés, dont 221 par balles, 18 cas de sévices et tortures (Willaya de Tizi Ouzou), plus de 490 blessés (Willaya de Béjaïa).

2 " Vive la gendarmerie, Ă  bas Tamazight "

Nous avons pu voir ce slogan inscrit au stylo feutre sur la blouse de Nadia Ait Abba, tuée par les balles de la gendarmerie le 28 avril. Le soir de l’assassinat, les habitants d’Aïn El Hammam accusent les gendarmes d’avoir saccagé l’école et ainsi manifesté leur haine.

Contrairement aux hypothèses ou aux allĂ©gations entendues lors des rencontres avec des parlementaires et des membres du gouvernement, il suffit d’aller passer une après midi Ă  Tizi Ouzou, ou sans doute Ă  BĂ©jaĂŻa, et dans d’autres willayas, pour n’avoir aucun doute : comme les nombreuses blessures pas balles dans le dos l’attestent, les gendarmes n’ont, en aucune façon, agi, en Ă©tat de lĂ©gitime dĂ©fense ; les moyens utilisĂ©s, armes de guerre, balles explosives, ne sont absolument pas proportionnĂ©es Ă  la " menace " que peuvent reprĂ©senter les manifestations pacifiques, le plus souvent d’écoliers et lycĂ©ens, du mois d’avril.

Dans plusieurs villages, les tirs ont été opérés depuis les terrasses des casernements. Des victimes ont été poursuivies, achevées.

Il convient d’observer que des policiers ont également participé à la répression et commis plusieurs assassinats. Ils sont accusés d’avoir cherché à faire disparaître des preuves en allant rechercher, dans les hôpitaux, les balles extraites des corps.

De nombreuses victimes ont reçu des convocations de juges les sommant de prouver qu’ils étaient victimes de la gendarmerie. Aux demandes de rapports d’autopsie, il n’avait jusqu’alors été répondu que par la fourniture de certificats attestant que des autopsies avaient été éffectuées...

RĂ©ponse Ă  la " hogra " si fortement manifestĂ©e par les forces de rĂ©pression, de nombreux habitants, des victimes, des tĂ©moins, la population, fin mai, boycottaient les gendarmes, ceux-ci Ă©tant contraints, suite au refus de les servir des commerçants, de s’approvisionner Ă  l’extĂ©rieur de la rĂ©gion. Beaucoup demandaient " le dĂ©part de la gendarmerie, qui en Kabylie, selon M.AĂŻt Amara, " reprĂ©sente la hogra " ". Des reprĂ©sentants des comitĂ©s de village n’hĂ©sitaient pas Ă  affirmer que ce corps d’état joue un rĂ´le essentiel dans la dĂ©linquance : " allez en boĂ®te de nuit, vous n’y verrez que des gendarmes, Ă  la tĂŞte des rĂ©seaux de trafic de drogue, de prostitution etc... ".

Si l’exigence de vérité, de justice, de punition des coupables, est, bien légitimement, générale, plusieurs familles de victimes expriment fortement leur conviction que ces actes sont commis parce qu’ils sont assurés de l’impunité.

Sentiment rĂ©sumĂ© dans une expression : " nous voulons la punition des coupables et au delĂ , savoir qui est coupable de n’avoir pas donnĂ© l’ordre d’arrĂŞter de tirer ! ".

§ 3 " Un pouvoir qui tue ses enfants n’a pas d’avenir "

Cette sentence prononcĂ©e par un parlementaire local du FFS, dit toute la difficultĂ© de la solution pacifique et dĂ©mocratique de cette crise. Comment obtenir de ce pouvoir, sinon une proposition d’avenir convaincante et crĂ©dible, au moins qu’il reconnaisse la gravitĂ© de la situation et qu’il donne, toutes affaires cessantes, les ordres nĂ©cessaires Ă  l’arrĂŞt des crimes commis contre une population pacifique ? Comme le disait BelaĂŻd, blessĂ© par balles, " cet Etat n’est pas Ă  la hauteur ".

Les médecins et les soignants de l’hôpital de Tizi Ouzou ont ainsi refusé de voir et parler au Ministre de l’Intérieur, M.Zerhouni, venu en visite impromptue à minuit, après avoir injurié la mémoire de Massinissah.

A la date ou la laddh diffusait cet état de la situation, le Préfet (Wali) évoquait " une quarantaine de victimes " sans fournir de liste ni de précisions sur les circonstances, l’origine des blessures.

A l’assemblée Nationale Populaire, dans les Ministères, les membres de la délégation ont pu entendre de façon unanime, les élus et Ministres rencontrés, pourfendre la dernière résolution du Parlement européen, votée quelques jours avant la visite sur la proposition de Députés qui souhaitaient surtout faire part de sa condamnation des massacres, au motif qu’elle contenait un passage certes inapproprié, singularisant les droits du " peuple berbère de Kabylie ".

Diversion bien opportune pour qui ne souhaitait pas se prononcer plus clairement sur les Ă©vènements en cours !

Tous ces interlocuteurs ont dĂ©noncĂ© ce qu’ils appellent des " dĂ©passements ". La main sur le cĹ“ur, ils ont appelĂ© de leurs vĹ“ux enquĂŞtes et punitions. Il s’est trouvĂ© un responsable de groupe parlementaire, celui du groupe EnHada, islamiste membre du gouvernement, pour demander " qu’on sanctionne les participants aux Ă©meutes " ! Le Ministre de la justice, tout en se disant "prĂŞt Ă  engager et Ă  accompagner les poursuites "...Ă©voquait la mise sous mandat de dĂ©pĂ´t d’un seul gendarme,... " celui dont l’arme est tombĂ©e... ".

Le Président de la République et l’Assemblée Nationale Populaire ont diligenté deux commissions d’enquêtes.

On a promis aux parlementaires européens qu’ils seraient parmi les premiers destinataires de ces rapports. Le président de la commission d’enquête parlementaire a assuré que toutes les pièces lui seraient communiquées, " même les rapports d’autopsie ", quelques heures avant que le Ministre de la Justice n’affirme que les commissions pourraient accéder à tous les documents, " sauf, bien sur, les rapports d’autopsie... ". M.Issad, Président de la commission d’enquête nommée par Abdelaziz Bouteflika, ne prétend pas, lui, faire le travail de la justice, mais plutôt savoir, " si un chef d’orchestre se cache derrière ces évènements. "

Les victimes ne veulent rencontrer, ni l’une, ni l’autre, de ces commissions.

Les étudiants de Tizi Ouzou, comme les représentants de la Laddh, mettent en cause la volonté de provoquer des troubles, une stratégie concertée, relevant qu’on a ouvert le feu, le même jour dans des localités distantes de plus de 200 kilomètres.

De nombreux témoins affirment que les gendarmes avaient multiplié les provocations envers les habitants, les commerçants, dans les semaines précédant les premières manifestations.

Un SĂ©nateur (FFS) de Tizi, nomme l’enjeu de ces provocations : " l’hĂ©gĂ©monie par le dĂ©sordre ". Il s’agirait de discrĂ©diter tel ou tel haut placĂ© au pouvoir tout en autorisant la reprise en main d’une rĂ©gion qu’on tente d’isoler du reste de la population.

Dans cette situation, seul l’affichage d’une volontĂ© politique nouvelle de faire toute la lumière et d’assumer une transition lĂ©gitimĂ©e par le retour de l’état de droit et des Ă©lections libres, semblent susceptibles de satisfaire la demande de dignitĂ© et de dĂ©mocratie. Ce rĂ©gime en est-il capable ?

§ 4 " promesses " de Démocratie

La société civile semble, en Algérie, dix pas en avance sur le système politique officiel. Il faut d’abord rendre hommage aux familles de victimes qui, sans aucune exception, malgré des souffrances indicibles de parents auxquels on a arraché leurs enfants, refusent de céder à la tentation de la vengeance, revendiquent leur non violence, et se concentrent sur l’exigence, sans concession, de justice. N’oublions pas non plus tous ces avocats, ces médecins, et tous les personnels médicaux, unanimement loués. Et puis aussi les femmes, frappées elles aussi, massivement présentes dans les rues le 21 mai, mais trop absentes lors des différentes rencontres.

Les étudiants, reconnaissant n’être intervenus que dans un deuxième temps, en solidarité des enfants, élèves du primaire, collégiens et lycéens, premiers descendus dans les rues. Le 21 mai, jour de grande manifestation, ils tentaient de " canaliser " la virulence des plus jeunes, assurant un service d’ordre protégeant la police. Ils expriment avec beaucoup de conviction et de clarté ce qu’il appellent leur " soif d’un avenir de liberté et de démocratie ".

Les revendications de toute la population sont communes, sinon identiques ;
-  refus de la hogra, du mĂ©pris Ă©rigĂ© en système de gouvernement
-  Justice sociale, de vivre dignement dans ce pays riche
-  DĂ©mocratie ; Ă©lections libres et non truquĂ©es, justice, Ă©tat de droit
-  Reconnaissance du Tamazight : identitĂ© culturelle et exercice de la pleine citoyennetĂ©. " Savoir ĂŞtre ensemble ", solidaires, s’appuyant sur la prĂ©servation des communautĂ©s de base.

Tous rĂ©futent toute visĂ©e uniquement identitaire. Pour les comitĂ©s de villages, (aouchs) " la revendication identitaire n’est pas une prioritĂ©, on assiste surtout Ă  une explosion sociale ". Quant Ă  la revendication sĂ©paratiste ? c’est complètement idiot !

"Notre révolte et nos revendications sont pour toute l’Algérie" disent tous les acteurs rencontrés. Les étudiants rappellent que 17 lycéens ont été tués, au sud d’Alger, à Médéa en décembre 2000.

S’il faut singulariser leur région, beaucoup emploient le terme de " soubassement démocratique " pour décrire une tradition ancrée dans l’histoire de ses luttes.

Pour le prĂ©sident de l’APC (commune) de Tizi Ouzou, FFS, " en 80, on revendiquait beaucoup de Tamazight, un peu la dĂ©mocratie, en 88 c’était une manifestation de ras l’bol gĂ©nĂ©ral, pour la dĂ©mocratie, en 2001 ; c’est justice sociale contre les licenciements, dĂ©mocratie et Tamazight ".

Les responsables de ce parti, disent que les incendies de permanences politiques, y compris du FFS, sont significatifs de " l’absence de médiation politique dans laquelle se trouve le pays après 10 années d’état d’urgence ". Ils dénoncent " la privatisation des pouvoirs publics " à laquelle s’est livré le pouvoir et " le droit de vie et de mort sur les citoyens " qu’il exerce dans " une guerre à huis clos. "

La coordination des comités de villages avait organisé, la veille, le 21 mai, à Tizi, la plus grande manifestation de l’histoire de la Kabylie, à laquelle ont participé 500 000 personnes, hommes et femmes, venus des villes et villages de toute la région. Cette organisation traditionnelle semble aujourd’hui ljouer un rôle fédérateur des aspirations citoyennes.

En s’organisant ainsi dans chaque village, ses représentants veulent" mettre fin à la démission des adultes, cesser de nous occuper de nos petites affaires, et alors que les jeunes et les enfants se sont soulevés, disent que plus un gosse ne doit mourir... qu’ils vont prendre leurs responsabilités et ...restaurer des espaces naturels de citoyenneté... ".

§ 5 Notre responsabilité, en Europe

Les interlocuteurs rencontrés formulent des reproches qui trahissent une attente jusqu’ici déçue. Le Président le l’APC et les étudiants reprochent une " non assistance à population en danger ". Maître Zehouane le sage, avocat-militant de la Maison des Droits de l’Homme et des citoyens regrette que le " Parlement européen pare de vertus démocratiques des éradicateurs qui vivent dans des enclaves ".

Personne ne croit à l’objectivité des commissions d’enquête créées par le pouvoir, alors que les précédentes, destinées à enquêter sur la fraude électorale et sur l’assassinat de Matoub Lounès n’ont donné aucun résultat.

Le FFS, la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, les étudiants, souhaitent la mise en place d’une commission d’enquête internationale.

Européens engagés dans la négociation du partenariat, le moindre que nous puissions faire est d’appuyer une transition démocratique sans laquelle aucun partenariat durable ne verra le jour. Chaque jour perdu à tergiverser laisse filer l’inflation de victimes, les fractures de toutes sortes qui déchirent la société algérienne.

Peut on qualifier d’ingĂ©rence le soutien Ă  l’internationalisation de la rĂ©solution dĂ©mocratique de la crise algĂ©rienne tout en continuant Ă  payer les commissions des exportateurs de gaz ou des importateurs de produits pharmaceutiques ?

Nous pouvons aider à la mise en place d’une commission d’enquête internationale, conformément aux usages internationaux, avec l’ONU.

Engagés dans une négociation bi-latérale Europe-Algérie, dans la situation actuelle, nous ne saurions conclure sans une investigation commune des blessures qui creusent un précipice entre dirigeants et dirigés en Algérie.

Tel est le sens de la proposition d’une commission d’enquête euro-algérienne, premier acte d’un partenariat à construire. Si la résolution algéro-algérienne des questions est incontournable, dans une situation d’incommunication totale, il s’agit, par cette médiation, de promouvoir l’engagement de ce processus.

Ce faisant nous ne nous occupons pas de l’AlgĂ©rie mais de l’avenir de l’Europe. Parce que nous sommes favorables Ă  un partenariat fondĂ© sur l’exigence et le respect mutuels. Parce que nul ne peut parier, Ă  la veille de l’élargissement, sur la singularitĂ© de l’histoire contemporaine de l’AlgĂ©rie. A qui veut on faire croire que cette misère, ces violences, ces intĂ©grismes, ce banditisme gĂ©nĂ©ralisĂ©, ce goĂ»t de la manipulation, ne sont pas ou des choses vues, ou des questions, dans des rĂ©gions d’Europe ?

L’Algérie mérite sans conteste mieux que le vote d’une résolution d’urgence, ou qu’un débat bâclé, à la fin d’une session du Parlement.

Assumons notre responsabilitĂ© et laissons le mot de la fin Ă  MaĂ®tre Zehouane : " que l’Europe dĂ©joue le piège de ceux qui veulent l’emprisonner dans le piège de la phobie de l’intĂ©grisme et lui faire accepter comme un moindre mal, les massacres et l’état d’urgence... la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne arrive Ă  un seuil tel que la situation de pouvoir par la manipulation ne peut plus durer ".

Contact

-  au Parlement europĂ©en : Rue Wiertz. Bureau 8 G 169. B-1047 Bruxelles Tel 00.32.2.284.73.64 Fax 00.32.2.284.93.64 Email : hflautre@europarl.eu.int
-  Arras : 10, rue de Justice. 62000 Arras. Tel 03.21.71.29.79 Fax 03.21.51.21.67 Email : hflautre@nordnet.fr

ANNEXES

Composition de la Délégation du Parlement européen

-  Raimon Obiols i Germa, PrĂ©sident, PSE, Espagne
-  Jorge Hernandez Mollar, 1 er Vice PrĂ©sident, PPE, Espagne
-  HĂ©lène Flautre, 2 ème Vice PrĂ©sidente, Les Verts-Ale, France
-  Yasmine Boudjenah, Gue, France
-  Hugues Martin, PPE, France
-  Pasqualine Napoletano, PSE, Italie

Personnalités rencontrées en Algérie

1) Programme officiel de la délégation

· AssemblĂ©e Populaire Nationale (APN) :
-  M. Abdelkader Bensalah, PrĂ©sident de l’APN
-  M. Abdelhamid Si Affif, Pdt de la commission des affaires Ă©trangères
-  Une dĂ©lĂ©gation de dĂ©putĂ©s de la majoritĂ© gvtale (RND-FLN-EnHahda-MSP
-  Les groupes parlementaires de l’APN (RND, FLN, EnHahda, MSP + le FFS et le RCD)
-  La coordination des femmes parlementaires
-  Le PrĂ©sident et les membres de la commission d’enquĂŞte parlementaire sur la Kabylie · Conseil de la nation (SĂ©nat) : M.Boumaaza, PrĂ©sident et une dĂ©lĂ©gation de sĂ©nateurs · Gouvernement AlgĂ©rien :
-  M.Ali Benflis (chef du gouvernement)
-  M.Ahmed Ouyahia (Ministre de la justice)
-  M.Adelaziz Belkhadem (Ministre des affaires Ă©trangères)
-  M. Boauabdellah Gholamallah (Ministre des affaires religieuses)

· M Mohand Issad, pdt de la commission d’enquête sur la Kabylie

· SociĂ©tĂ© civile : (Liste Ă©tablie en concertation avec les autoritĂ©s algĂ©riennes sur la base des propositions des membres de la dĂ©lĂ©gation)

-  Mesdames Fathma N’Soumeur, Ouricha Chouaki, Fondation Belkhenchir
-  Mme Benhabib Sos Femmes en dĂ©tresse
-  Mmes Zazi Sadou et Kheira Dekali, RAFD (rassemblement algĂ©rien des femmes dĂ©mocrates)
-  Ms.AĂŻt Yahia et Hocine, Mme Rahma LADDH (Ligue algĂ©rienne de dĂ©fense des droits de l’homme)
-  M GuĂ©chir Boudjemaa, LADH, (Ligue algĂ©rienne des droits de l’homme)
-  Mme Lila Eighil, AFD,(association des famillles de disparus)
-  M.Rabah Benlatrèche, AFD Constantine
-  M Djemil Benrabah, ComitĂ© de coordination vĂ©ritĂ© et justice

-  Les Directeurs de journaux suivants : El Watan, LibertĂ©, Le Matin, EL Khabar, La Tribune, l’Authentique, el Hayat, Reuter, BBC

2) Rencontres informelles, hors programme officiel

· MaĂ®tre Mahmoud Khellili . avocat et Mme Ferhassi, et M et Mme Bouabdallah, femme et parents de journalistes disparus · une soixantaine de femmes rassemblĂ©es devant le siège de l’ONDH Ă  l’appel de l’association SOS Disparus. Mme Fatima Yous et M.Allalou, responsables de l’association. · Khaled Nezzar, Ancien Chef d’Etat major des armĂ©es (88-90), ancien Ministre de le DĂ©fense (90-91), l’un des 5 Membres du Haut ComitĂ© d’Etat mis en place en 92. · Dalila Taleb, responsable du RAJ (Rassemblement Action Jeunesse), DĂ©putĂ©e Ă  l’APN · DiffĂ©rents journalistes : Yassine Temlali (AlgĂ©rie Interface), Kadi Ahcen, Youcef Zirem (le jeune indĂ©pendant), Mohamed Mehdi (le quotidien d’Oran) · MaĂ®tre Zehouane, M.AĂŻt Yahia, M.Aknin, Mme Rahma, et d’autres responsables de la Maison des Droits de l’Homme et des Citoyens de Tizi Ouzou. militant-e-s de la Ligue AlgĂ©rienne de DĂ©fense des Droits de l’Homme. · Des parents et des victimes de la rĂ©pression en Kabylie · le collectif des Ă©tudiants de Tizi-Ouzou · Le PrĂ©sident de l’APC (municipalitĂ©) de Tizi Ouzou, le SĂ©nateur et des responsables du FFS-Tizi · Les reprĂ©sentants de la Coordination des aouchs (comitĂ©s de villages)

Personnalités rencontrées avant le départ

-  Driss El Yazami, FĂ©dĂ©ration Internationale des Droits de l’Homme
-  Mychèle Rieu, Groupe des Verts au Parlement europĂ©en
-  NacĂ©ra Dutour, association SOS Disparus
-  Nesroulah Yous, tĂ©moin du massacre de Benthala, auteur de " qui a tuĂ© Ă  Benthala ? "
-  Habib SouaĂŻdia, auteur de " la sale guerre "
-  M. Bendera, Ă©conomiste, membre du courant des " rĂ©formateurs "
-  Hamida Bensadia, reprĂ©sentante du FFS en France
-  Malika Matoub, fondation Matoub Lounès

petite bibliographie

-  la gangrène et l’oubli, Benjamin Stora, ed la dĂ©couverte/syros 1998
-  Qui a tuĂ© Ă  Benthala, Nesroulah Yous, ed la dĂ©couverte. 2000
-  La sale guerre, Habib SouaĂŻdia, ed la dĂ©couverte. 2001-07-08
-  MĂ©moires du gĂ©nĂ©ral. Khaled Nezzar. Chihab Ă©ditions. 2001
-  La guerre sans images. Benjamin Stora, PUF, France 2001
-  Etre journaliste en AlgĂ©rie. Ghania Mouffok, ed Reporters sans frontières.
-  DĂ©mocratie et corruption en AlgĂ©rie. Djillali Hajjaj
-  Maison des droits de l’Homme et du Citoyen / Laddh : Etat non exhaustif des victimes (mortes ou blessĂ©es par balles), des Ă©vènements du mois d’avril 2001. Tizi Ouzou, mai 2001.
-  lettre d’Akli AĂŻt Abba Ă  sa mère assassinĂ©e
-  Certificat mĂ©dical descriptif ; blessures de madame AĂŻt Abba
-  Courrier Ă  la dĂ©lĂ©gation europĂ©enne de l’association des disparus de Constantine
-  Coupure de presse (Le Soir d’Alger) : M Khellili : " je dĂ©fends la personne humaine"
-  coupures de presse (Alger le 23 mai) : La Tribune, le Jeune IndĂ©pendant, Le Matin
-  articles de la presse europĂ©enne : Le Monde, LibĂ©ration, Le Soir
-  Article d’AlgĂ©ria interface
-  Appel de Parlementaires europĂ©ens (juillet 2001)

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LADDH
Rapport sur le Printemps noir-Kabylie2001

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  • DĂ©putĂ©e europĂ©enne, HĂ©lène Flautre s’est rendu en Kabylie suite Ă  l’insurrection du Printemps 2001

    30 juillet 2009
    • DĂ©putĂ©e europĂ©enne, HĂ©lène Flautre s’est rendu en Kabylie suite Ă  l’insurrection du Printemps 2001

      30 juillet 2009, par korrigan

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