Interview Lyazid Abid "Une presse kabyle autonome protégerait les Kabyles et la Kabylie des confusions frôlant l’humiliation"
Lyazid Abid ancien rĂ©dacteur en chef de l’hebdomadaire Tamurt (Le Pays) (35 000 exemplaires), nous fait partager son expĂ©rience et son regard sur une presse kabyle culturellement en lambeaux. Quand reverrons-nous dans les kiosques des UNE de journaux en langue kabyle ?
Kabyle.com : Bonjour Lyazid Abid, Vous étiez rédacteur en chef du journal l’hebdo n Tmurt qui a cessé de paraître en 2000. Aujourd’hui, vous êtes cadre du MAK. Depuis 2001 vous êtes installé à Munich, Allemagne. Le Printemps Noir en 2001 aurait dû faire émerger une presse en langue kabyle. Dans le contexte actuel, pensez-vous qu’un journal de l’envergure de l’hebdo n Tmurt puisse encore émerger ?
Lyazid Abid : Vous savez, le contexte de la création de l’hebdo n Tmurt en 99 n’était pas non plus favorable. Si le journal a vu le jour c’est grâce au militantisme et à la volonté d’un groupe de jeunes berbéristes fermement décidés de se doter d’un journal leur permettant de s’exprimer librement. Ceci dit, Il est vrai que normalement toute société évolue. Ce qui était difficile à mettre sur pied en 99 devrait être plus facile dix ans plus tard. Malheureusement, cette évidence n’a pas encore droit de cité en Algérie à cause d’un pouvoir allergique au progrès, à la raison, à la liberté et au bon sens.
Effectivement, au début de l’apparition des Aarchs, nous avons pensé que la donne allait changer. C’est un mouvement qui a suscité un immense espoir, particulièrement chez les jeunes Kabyles. Hélas, en plus de la tristesse et la douleur de nos familles, la Kabylie est plus que jamais le théâtre de troublantes horreurs visant à la désagréger afin de la normaliser et la faire rentrer dans les rangs. Pour ce faire, le pouvoir utilise tous les moyens, la politique, le terrorisme, les clans et relais mafieux, les medias et que sais-je encore.
Cette chape de plomb astucieusement justifiée par la lutte anti-terroriste plonge tout le pays dans une profonde léthargie. Les cadres de la nation d’origine kabyles sont généralement promus à hauteur de leur dévouement à la politique destructive des valeurs de la région. Quant aux élus, ils sont sommés de faire allégeance au système s’ils veulent continuer à percevoir, sans se fatiguer, la coquette somme de 3400 euro/mois.
Pourriez vous nous raconter l’aboutissement du projet de l’Hebdo n Tmurt restĂ© dans l’Histoire mais aussi les complications auxquelles vous avez sans doute Ă©tĂ© confrontĂ©s notamment celles relatives Ă la libertĂ© de la presse ?
Après d’interminables rĂ©unions, nous nous sommes enfin mis d’accord sur la ligne Ă©ditoriale du journal ; Nous avions exclu, dès le dĂ©part, toute affiliation partisane. Nous voulions relater ce qui nous semblait ĂŞtre la vĂ©ritĂ© en toute libertĂ©. Cette ligne Ă©ditoriale, très honorable au demeurant, nous a causĂ© au dĂ©part beaucoup d’inimitiĂ© : Le FFS et le RCD nous regardaient d’un mauvais Ĺ“il. Quant Ă l’animositĂ© des autoritĂ©s algĂ©riennes contre ce genre d’initiatives et aux tentatives de torpiller le projet, nous nous Ă©tions dĂ©jĂ prĂ©parĂ©s pour parer Ă ces Ă©ventualitĂ©s. Nous avions tous connaissance du vide culturel qui y rĂ©gnait (et qui règne toujours) en maĂ®tre absolu. L’ostentatoire euphorie suite Ă l’ouverture « dĂ©mocratique » en 1989 puis l’immense espoir qu’ont suscitĂ© les deux formation politique Kabyles : le FFS, qui pouvait enfin sortir d’une clandestinitĂ© qui n’avait que trop durĂ© et activer en plein jour, le RCD qui s’est constituĂ© sur la base sociologique du Mouvement Culturel Berbère MCB dans le but de se doter de plus de moyens et d’essayer de remĂ©dier Ă la vision factice des non Kabyles sur l’histoire du pays et par consĂ©quence sur le devenir de la nation, a très rapidement cĂ©dĂ© la place Ă un immense malaise doublĂ© d’une profonde frustration, largement perceptible chez tous les kabyles. Je dois vous dire, Ă l’occasion, que les services algĂ©riens travaillaient cet Ă©puisement de la population et essayaient d’acheter cette fatigue par l’argent pour quelques uns et par des promotions professionnelles pour d’autres. C’est ainsi qu’ont Ă©tĂ© crĂ©es les fameuse ACB et ACT (Association citoyenne de Bgayet et Tizi).
D’ailleurs, je me rappelle de la visite du professeur Salem Chaker au siège du journal à la cité Tobal, Bgayet. Il était sidéré par l’attitude des promoteurs économiques Kabyles quand il a appris qu’à l’exception des rares petits commerçants, militants de la cause, on n’a reçu de soutien de personne. Vous savez, dans ce métier, la pub peut rendre célèbre ou faire disparaître un journal. Oui, les finances étaient un énorme problème. On n’était pas dupe, on savait qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que l’incontournable ANEP, l’Entreprise Nationale de Communication d’Edition et de Publicité, nous fasse cadeau de panneaux publicitaires. On n’en a eu aucun.
Nous avons puisé dans nos petites économies jusqu’à la fin. Nous faisions tout, du nettoyage du local jusqu’à la remise de la maquette à l’imprimerie à Alger. Cela nous prenait un temps fou. Un jour, ma mère, ne me voyant presque pas, s’est sérieusement inquiétée du motif de mes horaires et a dit qu’elle me voyait beaucoup plus quand j’étais di Lgherba que maintenant.
"Vouloir libère" est-il le premier de vos papiers que la presse algérienne ait censuré ?
Il y en a d’autres. En gĂ©nĂ©ral, dès qu’on commence Ă s’affirmer comme Kabyle qui revendique son identitĂ©, on est sujet Ă toutes les suspicions. Dans ce milieu le premier rĂ©flexe, pour continuer Ă s’alimenter de la pub de l’ANEP, c’est de recourir froidement Ă cette honteuse arme qu’est la censure Ă chaque fois qu’une contribution risque de fâcher l’oligarchie. A propos de cette modeste contribution vouloir libère, je dois vous dire que mĂŞme le journal Le Matin.dz l’a censurĂ©e. LĂ , je me suis dit que c’était vraiment grave, vu que le directeur de ce journal connaissait l’amertume de cette arme de lâche. Mais bon, c’est ainsi. On doit faire avec. En clair, on nous demande d’agir comme si l’histoire n’a aucun effet sur nous. C’est-Ă -dire continuer encore et encore Ă cacher notre identitĂ© ou encore mieux de l’intĂ©rioriser jusqu’au complexe.
A quoi est due l’absence d’une presse kabyle notamment en langue kabyle ? Quelles leçons tirez-vous de votre expĂ©rience ? Manquiez-vous de relais, Ă savoir des agences de presse rĂ©gionales, une meilleure formation des journalistes, une aide de la communautĂ© internationale ou du soutien plus affirmĂ© d’investisseurs qui n’osent pas se dĂ©couvrir ?
En plus de la méfiance constante de la junte au pouvoir à l’égard des Kabyles pour des raisons intrinsèque à leur culture, il ne faut pas perdre de vu que la Kabylie continue à être la cible de toutes les infâmes manœuvres politique du pouvoir. Souvenons-nous de la propagande de Ben Bella pour discréditer la rébellion le Hocine Ait Ahmed en 1963. On a voulu faire croire au peuple algérien que c’est le Maroc qui était derrière ces réactionnaires assoiffés de pouvoir. L’affaire du Cap Sigli, Bgayet, en 1978 quand on a montré à l’unique TV algérienne des images, suivies de commentaires appelant au lynchage de tous les opposants et réfractaires au régime, de parachutage d’armes par un avion imaginaire organisé par les ennemis de l’Algérie. Une mise en scène lugubre afin de maintenir la population en haleine en lui faisant croire à une probable et imminente attaque ennemie, le temps que la junte désigne le successeur de Boumediene. Vous savez un pouvoir usurpateur a toujours besoin d’un bouc émissaire pour se légitimer. La Kabylie, dont la fronde est connue de tous s’y prête parfaitement. Une presse kabyle propre à la région déjouerait fatalement ces schémas diaboliques et protégerait les Kabyles et la Kabylie de ces confusions frôlant l’humiliation.
Ce n’est pas du manque de journalistes de talent, ou d’agences de presse régionales dont soufre la Kabylie. C’est du respect de son identité et de la liberté de vivre dans sa culture on l’affirmant haut et fort dans une Algérie plurielle qui font défaut. Une fois cet obstacle surmonté, l’aide internationale arrivera telle une cerise sur un gâteau.
Le promoteur économique est par définition à la recherche du gain. Il essaie évidemment d’inscrire ses choix commerciaux dans la durée en les protégeant avec un maximum de sécurité. Le jour où le peuple kabyle décidera de revendiquer la démocratie pour soi-même au lieu de se sentir la vocation de l’offrir à toute l’Algérie, le promoteur suivra indéniablement.
InstallĂ© en Allemagne, vous ĂŞtes aujourd’hui cadre du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie ? Comment expliquez-vous que votre mouvement ne dispose pas d’un journal papier ? D’oĂą vient ce blocage ?
En réalité je suis installé en Allemagne depuis 1995. Je suis retourné dans mon village, Lota, situé à 30 km vers l’est de Bgayet, en 99 pour la création de l’Hebdo n Tmurt.
Il est vrai que j’ai adhéré au MAK parce que, à mon sens, c’est le seul combat qui vaille encore la peine d’être sérieusement mené. Aujourd’hui nous assistons impuissants à la limite des deux partis politiques issus de la Kabylie. Les excès de colère auxquels ils menacent de recourir pour faire entendre leur voix ne font plus recette. Le pouvoir a aussi compris que leurs revendications culturelles et identitaires ne se greffe pas sur le reste du pays. Je n’essaie de discréditer personne mais je dis que ces stratégies ou du moins ces pratiques politiques ne reflètent pas la volonté des Kabyles qui cherchent à être respectés dans leur pays en tant que Kabyles et à être gouvernés autrement. Si l’Algérie est aujourd’hui ce qu’elle est ; indépendante et encore debout malgré la hargne de la déferlante de l’intégrisme islamiste qui a failli emporter le pays, c’est aussi et surtout grâce au Kabyles. C’est épouvantable d’avoir à faire à un Pouvoir si ingrat, les Kabyles ne sont toujours pas reconnus dans leur pays. Il faut aussi admettre qu’en subordonnant notre culture et notre langue à la démocratie pour tous le pays, nous hypothéquons dangereusement notre avenir. Cette hypothèse est pour moi inadmissible. La solution que préconise le MAK est très adaptée à notre réalité kabyle. Si Nous ne disposons pas d’un journal, il est évident que cela est dû aux innombrables obstacles que le pouvoir peaufine contre l’idée de l’autonomie de la Kabylie.
Les Kabyles de France s’organisent avec l’ASKAF. Cette idĂ©e s’Ă©tend Ă la Belgique oĂą l’on cherche Ă crĂ©er une mĂŞme union des Kabyles belges, que pouvez-vous nous dire de la prĂ©sence et de la participation des Imazighen en Allemagne au combat berbĂ©riste, de la perception que se font les intellectuels allemands de la Kabylie ?
Ce sont des initiatives heureuses. Je souhaite voir un jour les Kabyles habitant en Europe, voire au Canada, réunis dans une structure ou association qui exprime clairement leur totale solidarité avec le peuple kabyle. C’est le prix de notre libération.
Les Kabyles en Allemagne, bien que peu nombreux font tout ce qu’ils peuvent pour informer les allemands de la situation que vivent les Kabyles dans un pays qui ne les respecte pas. Sur les quatre associations berbères qui existaient en Allemagne à savoir Tiddukla Tamazgha Tübingen crée par le Dr A. Kebaili, Tiddukla Imazighen die Lalman à Erlangen, Tighri Umazigh di Lalman crée par A. Oumghar et M. Djerada à Munich, il n’y a que l’association Masirischer Nordafrika Verein e.V à Frankfurt qui active occasionnellement.
Actuellement, nous essayons de mettre sur pied une association qui se dénommera probablement Deutsch-Kaylische Freudschaft ou Amitié Allemands- Kabyles. Je profite de cette tribune pour demander à tous ceux qui se reconnaissent dans ce combat de nous prêter main forte.
Les Kabyles résidant en Allemagne savent combien il est agréable de vivre dans un pays respectueux des droits de chacun. Ici, les régions appelées Länder, au nombre de 16, jouissent d’une très grande autonomie : Chaque Land possède son parlement, son Président et sa constitution et tout le monde trouve son compte. Nul ne crie au scandale, à la division ou au séparatisme : au contraire, c’est un système de gestion qui fortifie l’économie du pays et qui contribue à la richesse et à la prospérité de son peuple.
Quant aux intellectuels allemands, vous savez ils sont pragmatiques : tant que les Kabyles ne disent pas ouvertement qu’ils veulent s’affranchir du système actuel, ils ne peuvent pas le dire à leur place. Inutile de rappeler que les vrais intellectuels ont toujours soutenu les causes justes et se sont toujours rangés du coté des opprimés. Pendant la deuxième guerre mondiale, les intellectuels allemands ont tous fui le régime nazi pour les Etats-Unis d’Amérique. Sartre à soutenu le FLN contre sont pays. Ce qui fait peur, c’est l’ignorance et ces pseudo intellos qui sont, face au pouvoir algérien, en littérature ce que Louisa Hanoune est en politique, comme le dit si bien mon ami Aggur.
Vous participerez le dimanche 7 dĂ©cembre prochain Ă un colloque dans la ville de Marseille en compagnie du charismatique Ferhat Mehenni. Le MAK est face Ă son destin, il a entraĂ®nĂ© avec lui une multitude de courants autonomistes et souverainistes aujourd’hui en Kabylie. On commence Ă parler d’un fort ralliement Ă ses projets dans les facultĂ©s de Tizi-Ouzou et Bgayet ou bien mĂŞme au sein du mouvement des Aarchs. Quelle idĂ©e de l’autonomie voulez-vous ? Comment pensez-vous dĂ©jouer la politique d’acculturation et comment le MAK peut-il concrètement encourager la crĂ©ation de journaux, de radios et chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision ? Est-ce son rĂ´le ?
Effectivement, nous animons Ferhat et moi une confĂ©rence autour du thème « Situation et perspectives en Kabylie ».
C’est la Kabylie qui est en face de son destin. Et c’est très dur de se regarder en face. L’idée du MAK fait son bonhomme de chemin sereinement. Le succès de cette option est indéniable. Vous savez, nous les Kabyles, on a la peau dure. Actuellement, nous soignons nos blessures on allégeant nos complexes d’Algériens. Les étudiants sont en général les premiers à adhérer aux idées nouvelles quand elles sont réellement porteuses d’espoir et de liberté.
Nous voulons donner aux Kabyles les moyens de gérer les affaires de leurs cités en recourant aux méthodes et aux réflexes qui leur sont propres. En puisant dans les pratiques séculaires de la région, on découvre des méthodes de gestion et de gouvernance qui demandent bien sûr à être adaptées qui n’ont rien à envier à la démocratie occidentale d’aujourd’hui.
Le jour ou le MAK aura doté la Kabylie des pouvoirs qui auraient toujours dus être les siens, il aura déjà défriché le terrain pour une presse visuelle et écrite libre et indépendante. Tout le monde sait le rôle joué par la presse dans l’évolution des sociétés. Ne dit-on pas que c’est le quatrième pouvoir après l’exécutif, le législatif et le judiciaire.
La langue kabyle fera de nous des Kabyles. Que fait de nous la presse actuelle ? Pourquoi le kabylisme, l’esprit patriote sont-ils morts dans ces mĂ©dias qui s’affirment pourtant de la cause kabyle ? Confirmez-vous que le MAK en soit exclu ?
Le MAK est censuré, il n y pas l’ombre d’un doute. Mais vous savez la vérité trouve toujours le chemin de sa liberté. Aujourd’hui, je me réjouis quand des Intellectuels de renommée internationale, tel le romancier Boualem Sansal, dont l’avis, pour moi, compte beaucoup, me dit que le MAK véhicule une idée très respectable, une option intéressante pour le pays. A propos de ce grand romancier, le pouvoir gagnerait à rechercher son avis au lieu de le censurer. Son analyse de la société est sans équivoque et ses remèdes sans complaisance. Mais comme toute idée, tout individu qui porte l’espoir de voir un jour le peuple se libérer de la junte militaire, doit être étouffé, la presse aussi, si elle veut survivre, doit obéir aux ordres. Ce n’est pas la faute des journalistes qui dans leur majorité se battent aussi contre cette chape de plomb, c’est le système qui est ainsi. Il y va de sa survie.
Les mĂ©dia Internet prĂ©parent-ils selon vous la naissance d’un Etat Kabyle ? Faut-il avoir peur des blogs ou sites kabyles ultra-nationalistes très islamophobes ou sans Ă©thique ?
L’Internet est devenu un outil de communication incontournable. Nous passons à un nouveau monde plus rapide plus moderne, qui a ses propres réseaux de communication. Le MAK est contre le racisme, la discrimination raciale, religieuse et sexiste. Toutefois, il faut se méfier du terrorisme culturel : les Kabyles sont déjà taxés de racistes lorsqu’ils disent qu’ils ne sont pas arabes. Et il ne faut pas oublier que c’est la critique de la religion qui a fait progresser les nations occidentales. Je ne pense pas qu’il faille avoir peur des blogs de quelle tendance qu’ils soient. Chacun est libre d’exprimer sa pensée.
Envisagez-vous de fonder un nouveau support d’information Ă©lectronique ou comptez-vous privilĂ©gier votre action sur des billets d’analyse et de critique, des correspondances d’Allemagne que vous continuerez de soumettre Ă El Watan ou Ă Kabyle.com ?
Pour le support heureusement qu’il y a le net. Même si la censure sévit en Algérie, il y a toujours un moyen de s’exprimer. Kabyle.com, Afrique du nord.com, tamazgha.fr sont à cet effet d’une utilité considérable. Nous en sommes heureux et fiers. Pour le reste je m’exprime à chaque fois que le besoin se fait ressentir. En ce moment, il est regrettable de voir tous ces professionnels de l’agitation, déguisés en opposants actionnées par des cercles obscurs aux desseins sordides, s’agiter pour l’élection d’un homme finissant qui s’accroche à la tête d’un Etat faisant office d’une antenne du ministère de la défense nationale.
Ce qui est par contre intéressant dans cette histoire d’amendement de la constitution de 96, c’est la légèreté et la facilité d’amender la constitution sans aucun débat de fond quand il s’agit de sauvegarder les intérêts de la junte. Le droit des Kabyles pour une existence en Algérie ne représente apparemment aucun caractère d’urgence. Ils peuvent attendre et rêver que leurs revendications culturelles linguistiques et politiques enflamment Oran et Constantine. En attendant, l’islamisme conjugué avec l’arabisme gagne du terrain à perte de vue. Quelle fatalité !! Mais si on se disait : ça suffit comme ça. Gagnons la bataille engagée pour sauvegarder notre identité et bâtir une société plus juste et plus tolérante en Kabylie et laissons suivre leurs chimères ceux qui accusent les Kabyles d’être de mauvais Algériens parce qu’ils ne sont pas arabes ou parce qu’ils refusent l’alternative de la dictature religieuse à celle des militaires. N’est ce pas plus raisonnable et plus facile.
Munich, le 14.11.08 .
Interview réalisée par Stéphane Mérabet Arrami.