Une autre version de l’Afrique du Nord, North Africa, Les Iles Canaries, le Maroc, l’AlgĂ©rie, la Kabylie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, North Africa, nordafrika, Berbere, Amazigh, Rif, Tamazgha, Souss, Awres, Chaoui, Touareg, Guanche,
Certains journaux arabes ont récemment relaté dans les détails un accrochage qui a mis ‎en prise une étudiante islamiste revêtue d’un niqab, (sorte de tchador) et le vénérable ‎Cheikh d’Al Azhar, en visite à l’une des classes d’université. Ce dernier avait intimé l’ordre à l’étudiante d’enlever son attirail en sa présence en des termes jugés ‎autoritaires et non islamiques par certains. Le Cheikh motiva la décision de son ukase ‎par le fait que le niqab relevait des us et coutumes et non d’un édit religieux. Ce qui ‎est formellement contesté par certains milieux rigoristes, qui crièrent à la trahison, à ‎l’arbitraire, allant jusqu’à contester son autorité en la manière et d’être à la solde du ‎régime en place. Notre vénérable Cheikh dût essuyer les pires calomnies et ne manqua ‎pas de s’attirer les foudres et les ires des fondamentalistes religieux de tous bords, qui ‎l’accusèrent de tous les maux de la société
arabo-musulmane. Cet incident entre ‎l’étudiante et le vĂ©nĂ©rable Cheikh d’Al Azhar a trouvĂ© des Ă©chos mĂŞme dans les ‎medias europĂ©ens, en particulier anglo-saxons, qui ne manquèrent pas de commenter ‎l’évènement en des termes ironiques sinon amusants. DĂ©sormais, nul ne pourrait ‎s’étonner de ce que les choses en soient arrivĂ©es lĂ . On eĂ»t dit que les musulmans ont ‎perdu tout sens de la mesure, lorsqu’ils se sont jurĂ© de se chamailler pour un bout de tissu, qui a pris des proportions exorbitantes. D’or et dĂ©jĂ , cette affaire ne s’est pas ‎limitĂ©e aux pays arabo-musulmans, mais a gagnĂ© aussi les pays europĂ©ens oĂą rĂ©sident ‎une grande communautĂ© musulmane, qui se voit pointĂ©e du doigt Ă cause de ce qu’on ‎appelle la « question du foulard ». Tout ĂŞtre raisonnable admettrait volontiers et ‎aisĂ©ment que l’habit n’est rien d’autre qu’un moyen pour se protĂ©ger des Ă©lĂ©ments et ‎qu’il peut varier d’une rĂ©gion Ă une autre selon les conditions climatiques du lieu oĂą vit ‎la personne concernĂ©e. Un homme se trouvant sous une latitude borĂ©ale ne peut s’habiller de la mĂŞme façon qu’un autre se trouvant sous les tropiques ou l’équateur et ‎encore moins dans un dĂ©sert. Mais hĂ©las, en matière de religion, la logique perd tout ‎son sens chez les maximalistes tenant d’une religion donnĂ©e ou plutĂ´t de l’interprĂ©tation qu’ils en font, lorsqu’ils s’ingĂ©nient Ă trouver dans les textes sacrĂ©s et ‎hadiths ce qui rĂ©confortent leur point de vue, quitte Ă tomber dans l’équivoque. ‎ L’habit, tel que prĂ©conisĂ© par la religion, selon le point de vue religieux, au lieu d’être ‎une protection contre les Ă©lĂ©ments, devient alors un symbole d’appartenance Ă un ‎courant particulier ou Ă une secte
donnĂ©e. Pour certains(es), il est plus que cela, il est ‎devenu la marque qui diffĂ©rencie le croyant ou la croyante des autres. Sont apparus, ‎rĂ©cemment, dans le paysage national et mĂŞme Ă l’étranger, d’étranges attirails, aussi ‎bien fĂ©minins que masculins. Des hommes dans les rues des villes europĂ©ennes qui ‎sont habillĂ©s Ă la pachtoune et des femmes portant des bourqas ou des tchadors avec ‎des lunettes et des gants, en plein Ă©tĂ©. Des petites filles qui sont renvoyĂ©es de l’école, ‎parce que leurs parents persistent Ă vouloir leur porter le foulard dit islamique, ‎évoquant pour cela la libertĂ© du culte. On est parfois amusĂ© par le comportement des ‎adolescentes musulmanes. Combien de fois, n’ai-je pas vu de jeunes filles habillĂ©es à ‎l’europĂ©enne, portant des pantalons jeans serrĂ©s, qui mettent en valeur leurs attributs ‎fĂ©minins, avec une pointe d’élĂ©gance, mais qui se cachent les cheveux avec un foulard dit islamique. Ce qui fait dire Ă certains non sans vulgaritĂ©, « qu’elles se cachent la tĂŞte ‎et se dĂ©couvrent le c… ». Je laisse
cette image Ă l’apprĂ©ciation du lecteur. En fait, si ‎l’essence du commandement religieux Ă la femme est de faire preuve de pudeur, en pratique on assiste au contraire. Et le foulard est lĂ , en signe d’obĂ©dience et de ‎soumission, plus par conformisme que par conviction. L’autre extrĂŞme est reprĂ©sentĂ©e ‎par une importation saoudienne et Ă©trangère Ă ces contrĂ©es. Combien de fois n’ai-je pas vu, en plusieurs endroits, des femmes de tous âges, couvertes de noir de la tĂŞte ‎aux pieds (pour ne pas dire de pieds en cap), et avec des gants – sortes de tchador ou ‎khimar que portent les femmes saoudiennes et celles des pays du Golf - et portant des ‎lunettes noires. Pour ces femmes, le vĂŞtement est signe ostentatoire d’appartenance à ‎une secte donnĂ© ou Ă un courant religieux particulier. Il s’agit lĂ d’une affirmation ‎d’une identitĂ© religieuse avec la volontĂ© de l’afficher publiquement. En somme, il s’agit de faire Ă©tat d’une appartenance Ă une idĂ©ologie bien dĂ©terminĂ©e, « celle des ‎sources anciennes ». Le haĂŻk de nos mères et grand-mères a Ă©tĂ© Ă©vincĂ© par le nouvel ‎habit fĂ©minin oriental plus conforme aux prescriptions religieuses et donc, selon cette vision, plus musulman. Un observateur averti ne manquera pas de relever que les ‎jeunes femmes qui observent ces règles susdites vivent un paradoxe et des ‎contradictions visibles, tiraillĂ©es entre tradition et modernitĂ©. Un exemple de ‎tiraillement entre tradition et modernitĂ© parmi d’autres est celui que l’on observe sur ‎nos plages, durant les journĂ©es chaudes d’étĂ©, oĂą l’on observe de jeunes femmes patauger dans la mer, portant des vĂŞtements de ville, qui ne sont pas conçus pour la ‎natation. Une fois le corps mouillĂ©, elles ont l’allure des statues grecques sans ‎toutefois, en avoir le charme hellĂ©nique. Un spectacle insolite analogue se prĂ©sente ‎aussi sur les terrains de sport, oĂą les jeunes filles, voulant s’exercer sont obligĂ©es de ‎porter un attirail qui entrave ses mouvements corporels, parce qu’il n’est pas conçu ‎pour le sport. Le poids du contrĂ´le social et la soumission empĂŞchent toute vellĂ©itĂ© de ‎rĂ©flexion et encore moins de rĂ©bellion. Un jour, en mĂ©ditant sur les chamailles au sujet ‎de la tenue vestimentaire des femmes citadines d’aujourd’hui, feu ma grand-mère, qui ‎comme les femmes amazighes de sa gĂ©nĂ©ration, n’avait connu de son temps que misère ‎et privation, me dit philosophiquement que « le mal est fait Ă l’esprit, qui se dĂ©range et c’est le corps ‎qui en souffre » Sages paroles. ‎ Mimoun
Vous êtes ici : Accueil » L’info » Opinions
Un dénommé Pierre Assouline semble jouer un rôle central pour les pétitionnaires qui vous contestent, il tient à peu près ce langage sur son bloc : "Ce qui lui est reproché ? De présenter comme inconnu ce qui était déjà bien connu : à savoir le rôle joué par Jacques de Venise et les moines de l’abbaye du Mont-Saint-Michel dans la traduction des textes grecs en latin. De monter en épingle une prétendue vulgate (L’Europe doit ses savoirs à l’Islam) pour mieux la réfuter alors que nul historien sérieux ne prétend rien de tel ". Qu’avez-vous à lui répondre ?
L’argument a souvent été utilisé. En gros mes adversaires avancent deux théories, d’ailleurs contradictoires.
_1° tout ce que j’ai dit Ă©tait connu et il n’y a rien de neuf
_2° tout ce que j’écris est faux. Je ne prĂ©sente pas comme inconnu ni comme une dĂ©couverte le personnage et l’œuvre de Jacques de Venise et des autres traducteurs des textes philosophiques grecs de la première moitiĂ© du XIIe siècle. Ce sont tous les hommes qui ont traduit directement du grec en latin des textes philosophiques, scientifiques ou mĂ©dicaux. Je dis simplement que ces traducteurs n’apparaissent guère dans les manuels scolaires et assez peu dans les manuels universitaires de base. D’une manière gĂ©nĂ©rale si les spĂ©cialistes de ces questions de diffusion et de traduction du savoir grec connaissent Jacques de Venise, l’anonyme dit du Vatican ou autres (tels les traducteurs syriaques Ă©tablis Ă Antioche et qui ont travaillĂ© autour de l’an 1100), le grand public cultivĂ© ne les connaĂ®t pas. Les travaux des spĂ©cialistes apparaissent dans ce domaine peu diffusĂ©s. Dès lors on ne retient que les traducteurs qui sont passĂ©s de l’arabe au latin, tel le cĂ©lèbre GĂ©rard de CrĂ©mone dans la deuxième moitiĂ© du XIIe siècle ou les autres traducteurs chrĂ©tiens ou juifs rassemblĂ©s Ă Tolède Ă l’époque de la ReconquĂŞte chrĂ©tienne en Espagne (après 1150).
La vulgate selon laquelle l’Europe doit ses savoirs à l’islam n’est pas une invention de ma part ! Elle existe bel et bien et on la trouve dans de nombreux livres, dans des articles de presse. J’aurais pu dresser une liste très longue et je me suis contenté de citations empruntées à des gens sérieux. Incontestablement si j’avais fait un florilège on aurait bien vu que je n’inventais rien. Distinguons toutefois deux vulgates. La première veut que grâce aux Arabes, le savoir grec ait transité du monde abbasside à l’Europe, autrement dit que des traductions effectuées du grec en arabe soient ensuite venues à la connaissance des Européens qui les auraient alors traduites de l’arabe en latin. Ce phénomène est incontestable, très important, et je ne l’ai jamais nié.
Il est bien établi, bien connu et se trouve abondamment relaté dans les manuels d’histoire, y compris ceux des classes de 5e de nos collèges. Mais ce phénomène comporte une dimension qui elle est en général peu présente, sur laquelle on n’insiste pas, ou qu’on escamote totalement. Ces traductions du grec en arabe ont été faites par des chrétiens syriaques arabisés ou par des Arabes chrétiens. Autrement dit on les doit à des Arabes, ou à des gens dont l’idiome de communication était l’arabe, mais pas à des musulmans. L’œuvre des musulmans se situe dans l’utilisation, le commentaire, l’exploitation des travaux des Grecs, pas dans la traduction de ces travaux. Cela est un phénomène historique, qui peut avoir de nombreuses explications, et qui n’implique pas de jugement de valeur positif ou négatif.
La deuxième vulgate attribue à l’islam ce que la première attribue aux Arabes. Elle est parfois le fait de spécialistes lorsqu’ils s’expriment un peu vite, elle est le plus souvent le fait de vulgarisateurs. Cette deuxième vulgate me semble beaucoup plus discutable. D’abord il faut s’entendre sur le mot islam et ce qu’il désigne : s’agit-il de la religion ou de la civilisation engendrée par cette religion ? Autrement dit, l’Europe doit-elle la redécouverte du savoir grec à la religion musulmane ou à la civilisation musulmane ? Il me semble que la distinction n’est pas inutile. La religion musulmane, les religieux, les docteurs de la foi, n’ont pas eu de souci particulier envers le savoir grec ou romain.
L’Europe n’a donc pas reçu de la religion musulmane le savoir grec. En revanche, au sein de la civilisation musulmane des hommes se sont intĂ©ressĂ©s Ă la philosophie grecque (les cĂ©lèbres « falasifa » : Al Farabi, Avicenne, Averroès). Mais ces philosophes aussi brillants soient-ils n’ont guère eu d’influence sur leur sociĂ©tĂ©. Ils n’ont par ailleurs jamais cherchĂ© Ă faire connaĂ®tre aux EuropĂ©ens le savoir grec. En revanche, en effet, une partie de leurs Ĺ“uvres ont Ă©tĂ© traduite de l’arabe en latin et donc leur pensĂ©e Ă Ă©tĂ© connue ainsi que celle des Grecs qu’ils commentaient. Mais le monde abbasside ne s’est pas beaucoup inspirĂ© du monde antique en dehors des domaines strictement scientifique (mĂ©decine, optique). Par exemple le droit musulman s’est entièrement constituĂ© sans aucun rapport avec le droit romain. Pourquoi les philosophes comme Farabi ou Averroès n’ont-ils pu influencer leur sociĂ©tĂ© ? D’abord certains, comme Averroès, avaient des conceptions très Ă©litiste : Ă leurs yeux la philosophie ne devait ĂŞtre abordĂ©e que par les Ă©lites. Ensuite, ils n’ont pas Ă©tĂ© vraiment soutenus par le pouvoir politique. Enfin ils ne disposaient pas des institutions scolaires ou universitaires susceptibles de conserver et transmettre leurs recherches. C’est en ce sens que j’ai Ă©mis l’idĂ©e que le monde musulman n’avait pas vraiment Ă©tĂ© hellĂ©nisĂ© en profondeur, mĂŞme au sein de ses Ă©lites. Sans doute doit-on aussi tenir compte du fait que les Grecs ou les Romains n’y Ă©taient pas considĂ©rĂ©s comme des « ancĂŞtres » alors que les hommes de l’Europe latine se sentaient, Ă tort ou Ă raison (y a-t-il ou non continuitĂ© entre l’AntiquitĂ© et le Moyen Ă‚ge ? entre la Rome impĂ©riale et les carolingiens ? Ce sont lĂ des questions dĂ©battues entre historiens), les hĂ©ritiers ou les descendants du monde antique.
Par ailleurs, il avance plus loin que vous auriez "dévalué la production savante des arabo-musulmans, en mathématiques et en astronomie notamment, entre le IX et le XIIIème siècle" alors que dans le volume spécial de Bordas encyclopédie (50/51) dirigé par Roger Caratini : 511.3, on peut lire (page 19) : " Il ne faut pas exagérer l’importance des mathématiciens arabes (…)" . Qu’en penser ?…
Le thème de mon livre porte sur la transmission et la diffusion du savoir grec. Je n’ai jamais voulu – et je le prĂ©cise d’ailleurs dans mon introduction qu’apparemment mes adversaires n’ont pas lue – m’atteler Ă une « Histoire des sciences mĂ©diĂ©vales » (europĂ©enne, arabe, persane, byzantine, chinoise) qui dĂ©passe de loin mes compĂ©tences. Il ne s’agit pas pour moi de dresser un bilan des dĂ©couvertes ou des prolongements scientifiques opĂ©rĂ©s au sein du monde abbasside en mathĂ©matiques, physique, mĂ©decine, etc. L’importance des dĂ©couvertes, des prolongements opĂ©rĂ©s au sein du monde abbasside font l’objet d’analyses et de dĂ©ductions diffĂ©rentes. Il s’agissait pour moi d’essayer de comprendre comment le savoir grec a Ă©tĂ© retrouvĂ© par les EuropĂ©ens et, par ailleurs, d’essayer de mesurer l’influence de la pensĂ©e grecque sur la sociĂ©tĂ© musulmane, donc sur son droit, sa pratique politique, sa vision du monde. Ce dernier point est d’ailleurs Ă lui tout seul un problème très compliquĂ©.
Les pétitionnaires eux-mêmes vous reprochent ceci :
"L’ouvrage de Sylvain Gouguenheim contient un certain nombre de jugements de valeur et de prises de position idĂ©ologiques Ă propos de l’islam Jugements de valeurs ou prises de position idĂ©ologiques disent-ils alors qu’eux-mĂŞmes ne cessent d’exprimer de tels jugements de valeurs. Ils se font les laudateurs du monde abbasside et les contempteurs de l’Occident latin. Ils idĂ©ologisent un problème scientifique compliquĂ© uniquement pour des raisons politiques. Certains d’entre eux parce qu’ils sont convaincus de la supĂ©rioritĂ© intrinsèque de l’islam sur la civilisation europĂ©enne mĂ©diĂ©vale ; d’autres parce qu’ils craignent que la moindre critique du monde musulman mĂ©diĂ©val n’alimente les tenants d’une guerre des civilisations contemporaines. Autrement dit il faudrait reconnaĂ®tre que le monde europĂ©en a une dette envers le monde musulman, afin d’établir de nos jours les relations pacifiques que tout le monde souhaite. Or le problème n’est pas lĂ . Ce que furent les relations entre les civilisations chrĂ©tienne et musulmane au Moyen Ă‚ge n’a, Ă mon sens, guère d’importance pour dĂ©terminer ce qu’elles sont ou seront. Je m’explique par une analogie : la France et l’Allemagne se sont fait trois guerres entre 1870 et 1944. Cela ne les empĂŞche pas de bien s’entendre aujourd’hui. Et le fait de rappeler que Verdun a Ă©tĂ© un massacre Ă©pouvantable ne nuit en rien Ă l’amitiĂ© franco-allemande. On peut tout aussi bien dire que la philosophie allemande des XVIIIe-XIXe siècles est plus Ă©laborĂ©e ou importante que son homologue française ou au contraire que les romanciers français du XIXe siècle ont produit une Ĺ“uvre plus impressionnante que les romanciers allemands, etc. Qu’importe ? Qu’une civilisation ait Ă un moment Ă©tĂ© en retard, ou en avance sur une autre, n’implique aucune consĂ©quence pour les membres actuels de ces civilisations et n’offre encore moins de certitude sur l’état de ces civilisations dans deux siècles ! ; il sert actuellement d’argumentaire Ă des groupes xĂ©nophobes et islamophobes qui s’expriment ouvertement sur internet. Par ailleurs, des passages entiers de son livre ont Ă©tĂ© publiĂ©s sur ces blogs, au mot près, plusieurs mois avant sa parution. On trouve Ă©galement sur internet des dĂ©clarations qui posent question, signĂ©es « Sylvain Gouguenheim » (commentaire sur le site Amazon, 16 avril 2002) ou « Sylvain G. » (site Occidentalis, 8 novembre 2006). Bien Ă©videmment, et nous en sommes parfaitement conscients, rien de ce qui circule sur internet n’est a priori certain, mais, au minimum, ces points mĂ©ritent une explication et, le cas Ă©chĂ©ant, une enquĂŞte approfondie ".
En gros, leur accusation (dont le ton inquisiteur et menaçant fait froid dans le dos) vous reproche à la fois de voir vos thèses reprises par quelques groupuscules dits "xénophobes et islamophobes" et à la fois de contenir "un certain nombre de jugements de valeur et de prises de position idéologiques à propos de l’islam" ; or, il ne me semble pas que cela soit le cas à la lecture de votre livre, puisque votre sujet n’est pas l’islam en tant que tel, mais la façon dont a été transmise les racines grecques de l’Europe chrétienne…
D’abord il faut ĂŞtre clair juridiquement. Si j’ai commis un dĂ©lit, que l’on porte plainte et que l’affaire soit portĂ©e devant la justice. S’il n’y a pas dĂ©lit, alors on est en prĂ©sence d’accusation idĂ©ologique, du type de celles classiques de la part des gauchistes qui consistent Ă vous accuser de ne pas « penser comme il faut » : une opinion – ou ce que l’on prĂ©sente comme une opinion quitte dans mon cas Ă dĂ©former totalement ce que j’ai Ă©crit dans mon livre– devient un crime. C’est amusant de la part de gens qui ont dĂ©fendu les Khmers rouges, qui dĂ©fendent de nos jours ceux qui sabotent les voies de TGV au risque de tuer des dizaines de personnes. Il est classique de voir chez les intellectuels gauchistes un prompt enthousiasme Ă l’idĂ©e de tuer des milliers de personnes pour bâtir un monde meilleur.Staline dĂ©jĂ ne pensait pas autrement.
Mon sujet n’est en effet pas l’islam mais l’influence du savoir philosophique grec sur les Ă©lites mais aussi sur les sociĂ©tĂ©s mĂ©diĂ©vales, chrĂ©tiennes et musulmanes. Sujet bien vaste et que je n’ai fait qu’effleurer d’ailleurs.A propos du mot islamophobe : tout le monde sait qu’il a Ă©tĂ© lancĂ© par l’ayatollah Khomeyni pour dĂ©nigrer et accuser de racisme ceux qui critiquaient la rĂ©volution islamique d’Iran. Ceux qui l’utilisent sont donc ou bien des admirateurs de Khomeyni ou bien des gens d’une grande paresse intellectuelle qui utilisent des termes sans rĂ©flĂ©chir Ă leur sens ni Ă leur portĂ©e. CalquĂ© sur « judĂ©ophobe » ce mot est utile idĂ©ologiquement. C’est une arme au service du terrorisme intellectuel dĂ©ployĂ© par les gauchistes. Il entend qualifier de raciste ceux qui Ă©mettent des critiques sur le droit musulman ou expriment leurs dĂ©saccords avec tel passage du Coran. Or si des racistes peuvent Ă©videmment exprimer de telles critiques, toutes les critiques ne sont pas racistes. On peut ĂŞtre anti-sioniste sans ĂŞtre anti-sĂ©mite, on peut critiquer certains aspects du boudhisme japonais (telle que la tendance Nichiren) sans pour autant ĂŞtre raciste envers les japonais. On peut tout aussi bien Ă©mettre des dĂ©saccords avec tel ou tel point de la doctrine ou de la pratique islamique sans pour autant ĂŞtre raciste vers les Musulmans. De plus cette dernière expression n’a aucun sens les Musulmans n’étant, comme les chrĂ©tiens, ni un peuple prĂ©cis, ni une « race » ou ethnie. Ne pas croire Ă l’Incarnation du Christ n’est pas du racisme anti-chrĂ©tien ou anti-blanc ! Le racisme culturel – expression utilisĂ©e par mes adversaires Ă mon encontre – est une expression absurde : son seul intĂ©rĂŞt est pour eux de se servir du mot racisme qui permet immĂ©diatement de diaboliser et d’interdire tout dialogue. Amalgame et reductio ad hitlerum comme en sont coutumier les gauchistes. A propos d’Internet : on trouve beaucoup de choses sur Internet : les fragments de livres non publiĂ©s ou les articles sous presse dĂ©jĂ divulguĂ©s sont lĂ©gion. Je me suis de mon cĂ´tĂ© toujours demandĂ© comment mes adversaires avaient pu faire circuler au sein de l’ENS-LSH de Lyon, en le prĂ©sentant comme la conclusion de mon livre, un scan de la conclusion des Ă©preuves de ce mĂŞme livre. Ces Ă©preuves dataient au plus tard du dĂ©but janvier 2008 et la pĂ©tition contenant le scan datait de la fin du mois d’avril alors que mon livre Ă©tait sorti depuis mars. On me reproche mes « amitiĂ©s douteuses » comme Ă©crivent avec Ă©lĂ©gance M. Martinez-Gros et M. Loiseau dans Le Monde ; quant Ă moi je trouve le procĂ©dĂ© douteux et mĂŞme suspect…
Que le contenu de mon livre ait Ă©tĂ© repris par des tas de gens diffĂ©rents est Ă©vident et Ă©tait inĂ©vitable. Certains de mes adversaires ont cru intelligent de dire alors : « si on est rĂ©cupĂ©rĂ© c’est qu’on est rĂ©cupĂ©rable ». La phrase est d’une grande stupiditĂ©. Elle rappelle les propos odieux tenus dans les annĂ©es 1970 Ă propos des femmes violĂ©es : « elles l’ont bien cherchĂ© » ; autrement dit « violĂ©e parce que violable ». Nietzsche est-il nazi parce que les nazis l’admirent ? M. Boucheron, l’un de mes plus farouches adversaires, spĂ©cialiste de la Renaissance, devrait sous peu co-publier les actes d’un colloque consacrĂ© Ă la violence intellectuelle et intitulĂ© « le mot qui tue ». Je ne ferais pas l’injure Ă ce Monsieur de dĂ©duire de ce seul livre qu’il est un adepte de la violence intellectuelle ! MĂŞme si en privĂ©, comme en public, il m’a vertement attaquĂ©, en toute impunitĂ© d’ailleurs. Par ailleurs, ce mĂŞme M. Boucheron, connu pour ses opinions de gauche, ne vient-il pas d’être louĂ© pour un de ses livres par un hebdomadaire assez marquĂ© Ă droite (Valeurs actuelles) : doit-on en dĂ©duire que s’il a Ă©tĂ© ainsi rĂ©cupĂ©rĂ©, c’est qu’il Ă©tait rĂ©cupĂ©rable ? Ce ne serait pas très sĂ©rieux…
En fait, si l’on comprend bien, ce monsieur Assouline prétend en gros que sans les "lumières islamiques" il n’y aurait pas eu les "lumières" européennes, ce qui est pour le moins extravagant lorsque l’on connaît un tant soit peu la texture des débats intellectuels entre le 13ème siècle et le 18ème siècle et surtout le fait que le thomisme a, au 14ème siècle, définitivement mis de côté l’averroïsme comme source aristotélicienne principale, il suffit de lire le Contre Averroès de Thomas d’Aquin pour s’en rendre compte (livre récemment traduit par… De Libéra… qui fait partie de vos détracteurs…) ;
On utilise de plus en plus l’expression islam des Lumières pour Ă©voquer la pĂ©riode des IX-XIIe siècles oĂą les sciences se sont dĂ©veloppĂ©es dans le monde abbasside, du fait de savants de toutes origines et de toutes confessions. De ce point de vue il y a bien un âge d’or des sciences arabes, puisque tous ces textes et ces travaux ont utilisĂ© l’arabe comme langue de communication. En revanche l’emploi du terme « Lumières » me semble anachronique : ce qu’on appelle Lumières concerne le mouvement scientifique et philosophique du XVIIIe siècle qui se caractĂ©rise, entre autres, par une critique de l’Eglise comme institution et mĂŞme de la religion au nom de la libre pensĂ©e et de l’usage critique de la Raison qui s’oppose Ă la RĂ©vĂ©lation. Il y a aussi dans le mouvement des Lumières des revendications politiques opposĂ©es au pouvoir royal. Il ne me semble pas qu’il y ait eu au Moyen Ă‚ge dans le monde abbasside ni d’ailleurs Ă Byzance ou dans l’Europe dite latine, des courants Ă©quivalents : ni critique « agnostique » de la religion, ni pensĂ©e politique « dĂ©mocratique ».
par ailleurs, il semble bien que Assouline De Libéra et l’ensemble des pétitionnaires font en quelque sorte la courte échelle à d’autres idéologues bien plus politiques en ce sens qu’ils vont bien plus loin en expliquant que l’Europe pour tout remerciement aurait fait sa Reconquista, (l’Espagne castillane ne devait pas reconquérir ses terres), ses croisades (alors qu’il s’agissait de retrouver la filiation au Christ sur des terres conquises par l’islam), et enfin aurait généré un colonialisme qui aurait parachevé le tout par la destruction de bases civilisationnelles si prometteuses ; ainsi certains cadres du FLN racontaient à leurs ouailles qu’avant la conquête de la France l’Algérie avait un niveau de développement comparable à l’Allemagne, d’où les difficultés de développement actuel, alors que la décolonisation approche les 50 ans et que jamais l’impact du régime politique actuel n’est analysé pour expliquer les dysfonctionnements présents ; par ailleurs l’extrême droite en France, du moins dans ses courants majeurs, ceux du Front National et de la Nouvelle Droite, est plutôt islamophile… Tout cela pour dire que votre livre chamboule, sans s’en rendre compte évidemment, toute cette vulgate qui a créé un monde binaire idyllique et qui en réaction a réagi si vivement ; on ne comprendrait pas sinon sa volonté de vous nuire jusqu’au point de vous obliger à démissionner…
Il y a clairement chez mes adversaires une volontĂ© d’insister sur les mĂ©faits du monde occidental, ou tout au moins un refus catĂ©gorique que l’on puisse Ă©mettre quelque critique que ce soit Ă l’encontre des autres civilisations ou aires culturelles. On est en plein masochisme, utilisĂ© par certains Ă des fins politiques bien Ă©videmment. Le tout Ă©tant drapĂ© dans un discours « internationaliste » et « rĂ©sistantialiste » qui oublie que les rĂ©sistants, les vrais, Ă©taient très patriotes et qu’ils prenaient des risques immenses…
Que mon livre brouille les lignes, je m’en suis rendu compte après coup en m’apercevant qu’il plaisait autant Ă des royalistes catholiques, qu’à des chrĂ©tiens de gauche ou des agnostiques… et mĂŞme Ă de sincères admirateurs du monde abbasside qui m’ont Ă©crit pour me dire qu’à la fois ils conservaient leur admiration pour l’islam mĂ©diĂ©val et qu’ils Ă©taient heureux d’apprendre des choses intĂ©ressantes sur l’occident mĂ©diĂ©val. Le monde « rĂ©el » est beaucoup moins binaire que mes adversaires ne l’imaginent. Eux pensent en termes de « blanc/noir » de « 1/0 »alors que la plupart des gens se situent dans diverses nuances de gris…