Une autre version de l’Afrique du Nord, North Africa, Les Iles Canaries, le Maroc, l’AlgĂ©rie, la Kabylie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, North Africa, nordafrika, Berbere, Amazigh, Rif, Tamazgha, Souss, Awres, Chaoui, Touareg, Guanche,
Certains journaux arabes ont récemment relaté dans les détails un accrochage qui a mis ‎en prise une étudiante islamiste revêtue d’un niqab, (sorte de tchador) et le vénérable ‎Cheikh d’Al Azhar, en visite à l’une des classes d’université. Ce dernier avait intimé l’ordre à l’étudiante d’enlever son attirail en sa présence en des termes jugés ‎autoritaires et non islamiques par certains. Le Cheikh motiva la décision de son ukase ‎par le fait que le niqab relevait des us et coutumes et non d’un édit religieux. Ce qui ‎est formellement contesté par certains milieux rigoristes, qui crièrent à la trahison, à ‎l’arbitraire, allant jusqu’à contester son autorité en la manière et d’être à la solde du ‎régime en place. Notre vénérable Cheikh dût essuyer les pires calomnies et ne manqua ‎pas de s’attirer les foudres et les ires des fondamentalistes religieux de tous bords, qui ‎l’accusèrent de tous les maux de la société
arabo-musulmane. Cet incident entre ‎l’étudiante et le vĂ©nĂ©rable Cheikh d’Al Azhar a trouvĂ© des Ă©chos mĂŞme dans les ‎medias europĂ©ens, en particulier anglo-saxons, qui ne manquèrent pas de commenter ‎l’évènement en des termes ironiques sinon amusants. DĂ©sormais, nul ne pourrait ‎s’étonner de ce que les choses en soient arrivĂ©es lĂ . On eĂ»t dit que les musulmans ont ‎perdu tout sens de la mesure, lorsqu’ils se sont jurĂ© de se chamailler pour un bout de tissu, qui a pris des proportions exorbitantes. D’or et dĂ©jĂ , cette affaire ne s’est pas ‎limitĂ©e aux pays arabo-musulmans, mais a gagnĂ© aussi les pays europĂ©ens oĂą rĂ©sident ‎une grande communautĂ© musulmane, qui se voit pointĂ©e du doigt Ă cause de ce qu’on ‎appelle la « question du foulard ». Tout ĂŞtre raisonnable admettrait volontiers et ‎aisĂ©ment que l’habit n’est rien d’autre qu’un moyen pour se protĂ©ger des Ă©lĂ©ments et ‎qu’il peut varier d’une rĂ©gion Ă une autre selon les conditions climatiques du lieu oĂą vit ‎la personne concernĂ©e. Un homme se trouvant sous une latitude borĂ©ale ne peut s’habiller de la mĂŞme façon qu’un autre se trouvant sous les tropiques ou l’équateur et ‎encore moins dans un dĂ©sert. Mais hĂ©las, en matière de religion, la logique perd tout ‎son sens chez les maximalistes tenant d’une religion donnĂ©e ou plutĂ´t de l’interprĂ©tation qu’ils en font, lorsqu’ils s’ingĂ©nient Ă trouver dans les textes sacrĂ©s et ‎hadiths ce qui rĂ©confortent leur point de vue, quitte Ă tomber dans l’équivoque. ‎ L’habit, tel que prĂ©conisĂ© par la religion, selon le point de vue religieux, au lieu d’être ‎une protection contre les Ă©lĂ©ments, devient alors un symbole d’appartenance Ă un ‎courant particulier ou Ă une secte
donnĂ©e. Pour certains(es), il est plus que cela, il est ‎devenu la marque qui diffĂ©rencie le croyant ou la croyante des autres. Sont apparus, ‎rĂ©cemment, dans le paysage national et mĂŞme Ă l’étranger, d’étranges attirails, aussi ‎bien fĂ©minins que masculins. Des hommes dans les rues des villes europĂ©ennes qui ‎sont habillĂ©s Ă la pachtoune et des femmes portant des bourqas ou des tchadors avec ‎des lunettes et des gants, en plein Ă©tĂ©. Des petites filles qui sont renvoyĂ©es de l’école, ‎parce que leurs parents persistent Ă vouloir leur porter le foulard dit islamique, ‎évoquant pour cela la libertĂ© du culte. On est parfois amusĂ© par le comportement des ‎adolescentes musulmanes. Combien de fois, n’ai-je pas vu de jeunes filles habillĂ©es à ‎l’europĂ©enne, portant des pantalons jeans serrĂ©s, qui mettent en valeur leurs attributs ‎fĂ©minins, avec une pointe d’élĂ©gance, mais qui se cachent les cheveux avec un foulard dit islamique. Ce qui fait dire Ă certains non sans vulgaritĂ©, « qu’elles se cachent la tĂŞte ‎et se dĂ©couvrent le c… ». Je laisse
cette image Ă l’apprĂ©ciation du lecteur. En fait, si ‎l’essence du commandement religieux Ă la femme est de faire preuve de pudeur, en pratique on assiste au contraire. Et le foulard est lĂ , en signe d’obĂ©dience et de ‎soumission, plus par conformisme que par conviction. L’autre extrĂŞme est reprĂ©sentĂ©e ‎par une importation saoudienne et Ă©trangère Ă ces contrĂ©es. Combien de fois n’ai-je pas vu, en plusieurs endroits, des femmes de tous âges, couvertes de noir de la tĂŞte ‎aux pieds (pour ne pas dire de pieds en cap), et avec des gants – sortes de tchador ou ‎khimar que portent les femmes saoudiennes et celles des pays du Golf - et portant des ‎lunettes noires. Pour ces femmes, le vĂŞtement est signe ostentatoire d’appartenance à ‎une secte donnĂ© ou Ă un courant religieux particulier. Il s’agit lĂ d’une affirmation ‎d’une identitĂ© religieuse avec la volontĂ© de l’afficher publiquement. En somme, il s’agit de faire Ă©tat d’une appartenance Ă une idĂ©ologie bien dĂ©terminĂ©e, « celle des ‎sources anciennes ». Le haĂŻk de nos mères et grand-mères a Ă©tĂ© Ă©vincĂ© par le nouvel ‎habit fĂ©minin oriental plus conforme aux prescriptions religieuses et donc, selon cette vision, plus musulman. Un observateur averti ne manquera pas de relever que les ‎jeunes femmes qui observent ces règles susdites vivent un paradoxe et des ‎contradictions visibles, tiraillĂ©es entre tradition et modernitĂ©. Un exemple de ‎tiraillement entre tradition et modernitĂ© parmi d’autres est celui que l’on observe sur ‎nos plages, durant les journĂ©es chaudes d’étĂ©, oĂą l’on observe de jeunes femmes patauger dans la mer, portant des vĂŞtements de ville, qui ne sont pas conçus pour la ‎natation. Une fois le corps mouillĂ©, elles ont l’allure des statues grecques sans ‎toutefois, en avoir le charme hellĂ©nique. Un spectacle insolite analogue se prĂ©sente ‎aussi sur les terrains de sport, oĂą les jeunes filles, voulant s’exercer sont obligĂ©es de ‎porter un attirail qui entrave ses mouvements corporels, parce qu’il n’est pas conçu ‎pour le sport. Le poids du contrĂ´le social et la soumission empĂŞchent toute vellĂ©itĂ© de ‎rĂ©flexion et encore moins de rĂ©bellion. Un jour, en mĂ©ditant sur les chamailles au sujet ‎de la tenue vestimentaire des femmes citadines d’aujourd’hui, feu ma grand-mère, qui ‎comme les femmes amazighes de sa gĂ©nĂ©ration, n’avait connu de son temps que misère ‎et privation, me dit philosophiquement que « le mal est fait Ă l’esprit, qui se dĂ©range et c’est le corps ‎qui en souffre » Sages paroles. ‎ Mimoun
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Ce livre est un vĂ©ritable trĂ©sor de connaissances, un livre de chevet pour qui s’intĂ©resserait Ă l’histoire du peuple Mazighe. Un livre qui DOIT occuper la place d’honneur dans chaque bibliothèque kabyle, mazighe. Nna Malika, je comprends parfaitement la prĂ©sence du nom (maghreb*) dans votre fabuleux livre. Toutefois, il est une TORTURE pour moi et beaucoup d’autres Mazighes. En effet, on a l’impression que mĂŞme lorsqu’on un historien Ă©crit l’histoire mazighes, remontant loin dans le temps, des millĂ©naires avant le dĂ©but de la COLONISATION arabe musulmane, son ombre (maghreb) plane au-dessus des pages, arrogante et mĂ©prisante. Personnellement, il m’empĂŞche presque de me concentrer sur ma lecture. Je me suis permis donc (milles excuses Nna Malika) de le remplacer, Ă dĂ©faut de TAMAZGHA, par Afrique du Nord. Je ne m’Ă©rige pas en donneur de leçon, encore moins manquĂ© de respect Ă quiconque, cependant, nos Ă©rudits doivent montrer l’exemple, de grâce un peu de courage. Écoutez ce dont raconte ce monsieur. Ses propres viennent affirmer que ma prĂ©fĂ©rence n’est pas dictĂ©e par un RACISME primaire mais un appel Ă la raison . Takfarinas Azwaw.
Je remercie ceux qui voudront bien me lire en gardant Ă l’esprit qu’une profonde conscience de la responsabilitĂ© de l’historien m’a taraudĂ© tout en long de mes recherches sur le terrain et de ma rĂ©flexion thĂ©orique. je me suis obligĂ©e, sans relâche, Ă un esprit d’objectivitĂ©, Ă un profond souci d’une juste réécriture de l’histoire, d’un pays, d’une Afrique du Nord* et d’un Sahara qui sont les miens. Par Malika Hachid. Les premiers Berbères. Entre MĂ©diterranĂ©e, Tassili et Nil.
Il y a malheureusement de fortes chances de ne jamais retrouver la langue des Mechtoïdes, à moins qu’elle n’ait laissé quelque trace dans la langue capsienne. C’était certainement la première langue de l’Afrique du Nord, ayant évolué depuis l’Homo erectus local jusqu’à l’Homo sapiens sapiens (si l’on admet, bien sûr, qu’il y ait eu filiation directe, en Afrique du Nord, de l’un à l’autre). On peut toutefois l’imaginer assez élaborée pour exprimer des concepts religieux et désigner une structure sociale bien structurée (Roubet C. et Hachi S. 1999). Finalement notre pauvre Mechtoïde qui, il n’y a pas longtemps encore, était considéré comme un retardataire, gagne de plus en plus de galons.
On sait que les Capsiens sont le plus souvent placés à l’origine de l’ethnogenèse berbère en raison de divers éléments à la fois anthropologiques et culturels, et il y a effectivement de fortes chances que ces populations aient été les premières à amorcer la transformation de leur langue proto-boréafrasienne en langue protoberbère, tout en étant en contact avec la langue mechtoïde.
Selon Christopher Ehret, après la troisième fragmentation de l’afro-asiatique, vers les XIe- Xe millĂ©naires, ayant donnĂ© le groupe des Proto-BorĂ©afrasiens se tenant non loin de l’Égypte actuelle, une partie de celui-ci a pu poursuivre son expansion vers le nord jusqu’au Proche-Orient, plus exactement en Palestine oĂą, vers 12 000 BP (donc quelque millĂ©naire avant l’émergence du prĂ©-proto-sĂ©mitique), se dĂ©veloppe justement la culture des ProtomĂ©ditĂ©rranĂ©ens Natoufiens. Cette culture se distingue par la crĂ©ation des premiers villages, sĂ©dentarisation rendue possible par la richesse d’un milieu favorisant une Ă©conomie basĂ©e sur la cueillette des cĂ©rĂ©ales sauvages et la chasse. De la mĂŞme manière et dans le mĂŞme temps, un autre groupe de Proto-BorĂ©afrasiens a pu progresser vers l’ouest pour atteindre l’Afrique du Nord orientale * (Tunisie et AlgĂ©rie orientale). Christopher Ehret Ă©crit Ă ce sujet : « Across the northem half of the Sahara, a contemporaneous spread took place of Afrasian people, to whom can be attributed the “Neolithic of Caspian aspect“. (Ehret C.1995, p. 97).
La date proposée par Salem Chaker pour l’individualisation du berbère (Xe-IXe millénaires BP) a l’avantage de rejoindre les données archéologiques, c’est-à -dire l’émergence des Protoméditérranéens Capsiens au Afrique du Nord*. Si l’on se réfère à la date la plus ancienne que l’on possède pour le Capsien, 9 800 bp (Ain Misteheya, région de Tébessa), ces Proto-Boréafrasiens auraient peuplé l’Afrique du nord* dès le Xe millénaire. Mais, sachant qu’une date brute corrigée est presque toujours augmentée pour obtenir la date calendaire BC correspondante, il n’est pas exclu que les Proto-Boréafrasiens-Capsiens puissent être rapportés au XIe BP. Quelle langue parlaient-ils ? Un proto-boréafrasien encore indifférencié, puisque la dernière division linguistique de l’afro-asiatique, celle des boréafrasiens, n’est daté que des IXe/VIIIe ? Ou encore, une forme déjà très ancienne du berbère qui ne soit pas encore complètement distincte des autres langues de la famille boréafrasienne ?
C’est Ă ce niveau des connaissances et du dĂ©bat que notre avis diffère de ceux de Christopher Ehret et de Jean-LoĂŻc, Le Quellec, quoique nous regardions tous trois dans la mĂŞme direction. Pour Christopher Ehret, les auteurs du NĂ©olithique dit de « tradition capsienne » de l’Afrique du Nord* seraient encore des Afrasiens indiffĂ©renciĂ©s (Ehret C.1995, p. 97). Toujours selon ce linguiste, une autre migration de groupes afrasiens en direction de l’Afrique du Nord semble avoir coĂŻncidĂ© avec la dĂ©gradation du climat vers le IIIe millĂ©naire, et c’est celle-ci qui correspondrait aux Berbères. Les migrations ultĂ©rieures des Berbères vers le sud ne peuvent avoir eu lieu avant les pĂ©riodes punique et romaine. Ici, Christopher Ehret fait fi de tous les Ă©lĂ©ments archĂ©ologiques et historiques que nos dĂ©tenons et qui viennent le contredire. L’anthropologue Jean-LoĂŻc Le Quellec rejoint ce linguiste, mais en apportant un autre cas de figure, plus proche de la rĂ©alitĂ© : « L’émergence du protoberbère n’a pu s’effectuer avant les environs de 2 5000 BC, Ă partir des populations Ă©tablies antĂ©rieurement dans la partie orientale de l’Afrique du nord* ; une expansion secondaire a conduit les Berbères vers l’ouest (AlgĂ©rie occidentale, Maroc), l’est (Tunisie, Jebel NefĂ»sa en Libye, Siwa) et, seulement après l’acquisition du dromadaire, le sud, ainsi qu’en tĂ©moignent les plus anciennes gravures rupestres en caractères tifinâgh » (Le Quellec J.L. 1998, p. 501). Nous ne pouvons le rejoindre en raison des dates proposĂ©es, rĂ©ellement trop tardives. Par ailleurs, les Berbères Ă©taient dĂ©jĂ installĂ©s au Sahara des millĂ©naires avant l’apparition du dromadaire ou des tifinagh.
Pour nous, il pourrait y avoir identitĂ© entre les ProtomĂ©ditĂ©rranĂ©ens Capsiens et les Afrasiens ou Proto-BorĂ©afrasiens venus s’installer en Afrique du Nord* vers les XIe/Xe millĂ©naire. Leur langue, en voie de distinction de la famille proto-borĂ©afrasienne, se serait individualisĂ©e avec leurs descendants, les NĂ©olithiques dits de « tradition capsienne » entre les IXe et VIIIe millĂ©naires (date la plus ancienne du NĂ©olithique de ces rĂ©gions capsiennes, Hautes Plaines, Atlas saharien et nord du Sahara, Ă©tant celle du site d’Ain Naga dans les monts des Ouled NaĂŻl, dans l’Atlas saharien, soit 7 500 ans plus ou moins 220 bp (-6800-5960 cal BC ou avant J.C. en date corrigĂ©e). Ces NĂ©olithiques dits »de tradition capsienne » ne seraient plus des Afrasiens ou des Proto-BorĂ©afrasiens indiffĂ©renciĂ©s, mais des Protoberbères parlant une forme ancienne du berbère qui, vraisemblablement, s’imprĂ©gnera quelque peu de la langue ibĂ©romaurusienne qu’elle va cĂ´toyer.
Quant à des migrations vers le Sahara central, la plus ancienne, nous allons le voir, date déjà du Néolithique saharien : c’est celle des Protoberbères Bovidiens, il y a 7 000 ans ! Sur ce dernier point, il nous est impossible de rejoindre ni Christopher Ehret, ni notre collègue Jean-Loïc Le Quellec et nous proposons que la question soit débattue en toute ouverture et sympathie scientifique.
Ainsi donc, les Proto-Boréafrasiens des linguistes, ou Protoméditérranéens Capsiens des préhistoriques, progressant depuis la vallée nilotique, auraient atteint l’Afrique du Nord*, il y a 11 000 à 10 000 ans (cette hypothèse aurait l’avantage d’expliquer les ressemblances notées entre des cultures de la vallée du Nil comme l’Arkinien, que l’on a comparé au Kérémien, et le Shamarkien au Capsien. Ils se seraient ensuite néolithisés sur place entre 9 000 et 8 000 pour donner les Boréafrasiens, alors que leur langue, le protoberbère, s’individualisait progressivement dans le même temps. Cependant, dans cette Afrique du Nord* méditerranéen, au Néolithique et pourquoi pas avant, on ne peut concevoir que les Capsiens et les Mechtoïdes aient pu se mêler dans les mêmes tombes sans être influencés réciproquement dans leur vie quotidienne, même s’il semble que la culture capsienne ait fini par prendre le dessus. Le pouvoir du berbère de “ phagocyter“ les autres parlers tout en restant lui-même ne date pas des derniers siècles. Nous serions fort aise que les linguistes, dans le cadre de cette hypothèse, en trouve les preuves formelles. Karim Achab a bien voulu attirer notre attention, justement, sur le fait que cette thèse aurait l’avantage de mieux expliquer les divergences linguistiques importantes comme le système flexionnel verbal… et autres différences, entre le berbère et les langues sémitiques (in litteris). D’un point de vue archéologique, et si les Proto-Boréafrasiens/Capsiens n’étaient pas les premières populations à parler une forme très ancienne du berbère, ils pourraient être, néanmoins, ceux qui manifestent, les premiers, les signes culturels identitaires de la berbérité.
Pourquoi les Capsiens et pas les Mechtoïdes, nous dira-t-on ? D’abord en raison du cadre chronologique : le Capsien apparait à une date qui coïncide avec celle des migrations du groupe des Proto-Boréafrasiens, alors que l’Ibéromaurusien est bien plus ancien (22 000 ans BP) et déjà considéré comme récent au IXe millénaire pour disparaitre au VIIIe millénaire, au moment même où s’individualise la langue berbère. Si les Capsiens se placent davantage à la source de la berbérité, c’est aussi, très logiquement, parce que leur langue, même si elle fera des emprunts à celle des Ibéromaurusiens, reste prédominante dans la langue berbère. Enfin, le Capsien produit indéniablement un effet nouveau dans le paysage africain du nord* : sur le plan artistique, son art mobilier et rupestre, figuratif ou géométrique, porte en lui toutes les prémices de la culture berbère et notamment la tradition iconographique géométrique qui va donner naissance à l’écriture, le libyque.
Se rĂ©pandant le long de la MĂ©diterranĂ©e jusqu’à l’Afrique du Nord*, les ProtomĂ©ditĂ©rranĂ©ens Capsiens auraient trouvĂ© sur les lieux d’autres Homo sapiens modernes, les MechtoĂŻdes, une autre culture, l’IbĂ©romaurusien. Si l’on ignore tout de la langue pratiquĂ©e par ces derniers, en revanche, on connait bien leur culture, d’autant que l’aspect funĂ©raire et ses implications socio-religieuses ont Ă©tĂ© approfondies par les dernières fouilles d’Afaloubou Rhummel (Roubet C. et Slimane H. 1999). Il se passe alors un phĂ©nomène fort intĂ©ressant : MechtoĂŻdes et Capsien vont se mĂŞler et constituer une population mixte telle qu’on la retrouve dans les sites (toutefois, le mĂŞme phĂ©nomène n’a pas encore Ă©tĂ© observĂ© au Sahara). Les MechtoĂŻdes ayant Ă©tĂ© dĂ©couverts en plus grand nombre que les Capsiens, il semblerait que ces groupes protomĂ©diterranĂ©ens migrants aient Ă©tĂ© numĂ©riquement moins nombreux. Pourtant leur culture et leur langue seront les plus fortes et, peu Ă peu, Ă partir de 11 000 Ă 10 000 ans, les MechtoĂŻdes se fondent dans cette berbĂ©ritĂ© naissante. Dans un tel cas de figure de peuplement de l’Afrique du Nord*, le NĂ©olithique dit “mĂ©diterranĂ©en“ aurait Ă©tĂ© intĂ©grĂ©, “berbèrisé“ par l’apport protomĂ©diteranĂ©en capsien.
Aussi extraordinaire que cela puisse parâtre, l’homme mechtoïde du niveau néolithique (Néolithique méditerranéen) de l’oued Guettara (Djebel Murdjadjo, région d’Oran), que les scientifiques viennent récemment de reconstituer serait un Berbère Mechtoïde ! si Capsiens et Mechtoïdes, loin de s’égorger, vivaient ensemble dans les mêmes habitats, se faisaient enterrer dans les mêmes sépultures, partageaient la vie et la mort (et si vraiment il s’agit de deux types différents), alors il faudrait en déduire qu’ils s’étaient acceptés les uns les autres. C’est une grande leçon de tolérance que nous livre le passé.
Un seul argument vient s’opposer à la progression d’un tel peuplement, mais il possède lui aussi ses faiblesses. En effet, on peut arguer du fait que le Capsien est absent de la zone de l’Atlas saharien, mais il en est de même pour l’Ibéromaurusien : ce constat n’est que le résultat d’un état de la recherche, cette région restant un des grands blanc de la carte épipaléolithique de l’Afrique du Nord*. La preuve en est : ces récentes découvertes d’un possible Capsien au nord du Maroc, que viennent de réaliser les préhistoriens marocains. Une découverte majeure, sachant que la culture capsienne n’était pas, jusqu’ici connue au Afrique du Nord occidental (information orale transmise très aimablement par nos collègues marocains).
Mais pourquoi des immigrants Capsiens, numĂ©riquement nettement moins nombreux, ont-ils finalement “absorbé“ les MechtoĂŻdes ? certes, d’autres vagues protomĂ©diteranĂ©ennes ont pu venir s’ajouter aux premiers Proto-BorĂ©afrasiens – la chose ne serait impossible – jusqu’à dĂ©passer en nombre les MechtoĂŻdes. Mais Ă notre sens, si les Capsiens Proto-mĂ©diterranĂ©ens ont occupĂ© une place privilĂ©giĂ©e, c’est qu’ils ont apportĂ© des nouveautĂ©s Ă la fois Ă©conomiques et culturelles. Les palĂ©ontologues estiment que, après plus de 20 000 ans d’existence, les MechtoĂŻdes se sont gracilisĂ©s, comme ce fut le cas pour ceux du site de Columnata (Chamla M. 1870), ou encore que leur type s’est « […] accusĂ© en l’absence d’échanges et en situation de confinement et d’isolat gĂ©ographique ». (Roubet C. et Hachi S. 1999, p. 439). Ce confinement, cet isolement expliquent que les ProtomĂ©ditĂ©rranĂ©ens, forts de leur mouvance migratoire, de leurs contacte avec des peuples, des cultures et des Ă©conomies diffĂ©rentes (dont leur langue est d’ailleurs imprĂ©gnĂ©e) aient pu reprĂ©senter un groupe plus puissant car plus enrichi et, comme nous le dirions aujourd’hui : plus informĂ©.
Les Protoméditérranéens Capsiens ou Proto-Boréafrasiens ont pu, en effet, apporter avec eux une innovation capitale : celle de l’apprentissage de la domestication des animaux sauvages. En l’occurrence, ici, les premiers moutons en cours de domestication. Ils auraient aussi véhiculé une religion importante dont le support symbolique est justement ce mouton, ce “bélier à “sphéroïde“ que les gravures de l’Atlas saharien reproduisent à des dizaines d’exemplaires.
Ce modèle, où linguistique et archéologique se rejoignent, n’est pas sans rappeler un tournant historique important de l’histoire de l’Afrique du Nord, celui d’une poignée de tribus arabes musulmanes ayant réussi à imposer leur langue et leur religion à des régions entières de Berbères non musulman, parfois judaïsés, ça et là . Pourtant, on ne peut dire que les Berbères des VII et VII siècles étaient isolés comme les Mechtoïdes, eux qui eurent à se défendre de maintes invasions politiques et culturelles, auxquelles ils ont d’ailleurs emprunté us et coutumes. Si ces changements se sont opérés auprès des Berbères, c’est que souvent ils ont été imposés par la force de la conquête musulmane, par endroit fort violente. Mais, ils furent aussi le résultat d’une adhésion volontaire à l’islam, le plus souvent irrédentiste marquant la spécifié berbère, un islam qui séduisit bien des communautés, notamment dans l’immensité du Sahara qui convient si bien aux monothéismes.
Takfarinas Azwaw.
* L’auteur a écrit maghreb.