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Une autre version de l’Afrique du Nord, North Africa, Les Iles Canaries, le Maroc, l’Algérie, la Kabylie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, North Africa, nordafrika, Berbere, Amazigh, Rif, Tamazgha, Souss, Awres, Chaoui, Touareg, Guanche,

Certains journaux arabes ont récemment relaté dans les détails un accrochage qui a mis ‎en prise une étudiante islamiste revêtue d’un niqab, (sorte de tchador) et le vénérable ‎Cheikh d’Al Azhar, en visite à l’une des classes d’université. Ce dernier avait intimé l’ordre à l’étudiante d’enlever son attirail en sa présence en des termes jugés ‎autoritaires et non islamiques par certains. Le Cheikh motiva la décision de son ukase ‎par le fait que le niqab relevait des us et coutumes et non d’un édit religieux. Ce qui ‎est formellement contesté par certains milieux rigoristes, qui crièrent à la trahison, à ‎l’arbitraire, allant jusqu’à contester son autorité en la manière et d’être à la solde du ‎régime en place. Notre vénérable Cheikh dût essuyer les pires calomnies et ne manqua ‎pas de s’attirer les foudres et les ires des fondamentalistes religieux de tous bords, qui ‎l’accusèrent de tous les maux de la société arabo-musulmane.

Cet incident entre ‎l’étudiante et le vénérable Cheikh d’Al Azhar a trouvé des échos même dans les ‎medias européens, en particulier anglo-saxons, qui ne manquèrent pas de commenter ‎l’évènement en des termes ironiques sinon amusants. Désormais, nul ne pourrait ‎s’étonner de ce que les choses en soient arrivées là. On eût dit que les musulmans ont ‎perdu tout sens de la mesure, lorsqu’ils se sont juré de se chamailler pour un bout de tissu, qui a pris des proportions exorbitantes. D’or et déjà, cette affaire ne s’est pas ‎limitée aux pays arabo-musulmans, mais a gagné aussi les pays européens où résident ‎une grande communauté musulmane, qui se voit pointée du doigt à cause de ce qu’on ‎appelle la « question du foulard ».

Tout être raisonnable admettrait volontiers et ‎aisément que l’habit n’est rien d’autre qu’un moyen pour se protéger des éléments et ‎qu’il peut varier d’une région à une autre selon les conditions climatiques du lieu où vit ‎la personne concernée. Un homme se trouvant sous une latitude boréale ne peut s’habiller de la même façon qu’un autre se trouvant sous les tropiques ou l’équateur et ‎encore moins dans un désert.

Mais hélas, en matière de religion, la logique perd tout ‎son sens chez les maximalistes tenant d’une religion donnée ou plutôt de l’interprétation qu’ils en font, lorsqu’ils s’ingénient à trouver dans les textes sacrés et ‎hadiths ce qui réconfortent leur point de vue, quitte à tomber dans l’équivoque. ‎

L’habit, tel que préconisé par la religion, selon le point de vue religieux, au lieu d’être ‎une protection contre les éléments, devient alors un symbole d’appartenance à un ‎courant particulier ou à une secte donnée. Pour certains(es), il est plus que cela, il est ‎devenu la marque qui différencie le croyant ou la croyante des autres. Sont apparus, ‎récemment, dans le paysage national et même à l’étranger, d’étranges attirails, aussi ‎bien féminins que masculins. Des hommes dans les rues des villes européennes qui ‎sont habillés à la pachtoune et des femmes portant des bourqas ou des tchadors avec ‎des lunettes et des gants, en plein été.

Des petites filles qui sont renvoyées de l’école, ‎parce que leurs parents persistent à vouloir leur porter le foulard dit islamique, ‎évoquant pour cela la liberté du culte. On est parfois amusé par le comportement des ‎adolescentes musulmanes. Combien de fois, n’ai-je pas vu de jeunes filles habillées à ‎l’européenne, portant des pantalons jeans serrés, qui mettent en valeur leurs attributs ‎féminins, avec une pointe d’élégance, mais qui se cachent les cheveux avec un foulard dit islamique. Ce qui fait dire à certains non sans vulgarité, « qu’elles se cachent la tête ‎et se découvrent le c… ». Je laisse cette image à l’appréciation du lecteur.

En fait, si ‎l’essence du commandement religieux à la femme est de faire preuve de pudeur, en pratique on assiste au contraire. Et le foulard est là, en signe d’obédience et de ‎soumission, plus par conformisme que par conviction. L’autre extrême est représentée ‎par une importation saoudienne et étrangère à ces contrées. Combien de fois n’ai-je pas vu, en plusieurs endroits, des femmes de tous âges, couvertes de noir de la tête ‎aux pieds (pour ne pas dire de pieds en cap), et avec des gants – sortes de tchador ou ‎khimar que portent les femmes saoudiennes et celles des pays du Golf - et portant des ‎lunettes noires. Pour ces femmes, le vêtement est signe ostentatoire d’appartenance à ‎une secte donné ou à un courant religieux particulier. Il s’agit là d’une affirmation ‎d’une identité religieuse avec la volonté de l’afficher publiquement.

En somme, il s’agit de faire état d’une appartenance à une idéologie bien déterminée, « celle des ‎sources anciennes ». Le haïk de nos mères et grand-mères a été évincé par le nouvel ‎habit féminin oriental plus conforme aux prescriptions religieuses et donc, selon cette vision, plus musulman. Un observateur averti ne manquera pas de relever que les ‎jeunes femmes qui observent ces règles susdites vivent un paradoxe et des ‎contradictions visibles, tiraillées entre tradition et modernité.

Un exemple de ‎tiraillement entre tradition et modernité parmi d’autres est celui que l’on observe sur ‎nos plages, durant les journées chaudes d’été, où l’on observe de jeunes femmes patauger dans la mer, portant des vêtements de ville, qui ne sont pas conçus pour la ‎natation. Une fois le corps mouillé, elles ont l’allure des statues grecques sans ‎toutefois, en avoir le charme hellénique. Un spectacle insolite analogue se présente ‎aussi sur les terrains de sport, où les jeunes filles, voulant s’exercer sont obligées de ‎porter un attirail qui entrave ses mouvements corporels, parce qu’il n’est pas conçu ‎pour le sport.

Le poids du contrôle social et la soumission empêchent toute velléité de ‎réflexion et encore moins de rébellion. Un jour, en méditant sur les chamailles au sujet ‎de la tenue vestimentaire des femmes citadines d’aujourd’hui, feu ma grand-mère, qui ‎comme les femmes amazighes de sa génération, n’avait connu de son temps que misère ‎et privation, me dit philosophiquement que « le mal est fait à l’esprit, qui se dérange et c’est le corps ‎qui en souffre » Sages paroles. ‎

Mimoun

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Le Conseil des droits de l’homme crée l’examen périodique universel

26 novembre 2007

Afin de soumettre tous les Etats – qu’ils aient ou non ratifié les Pactes et Conventions internationales relatives aux droits humains – à un contrôle de leur situation relative au respect des droits humains, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a créé en juin 2007, l’examen périodique universel (EPU).

Selon ce nouveau mécanisme, les Etats seront évalués sur la base de tous les instruments juridiques créés jusque-là par le système de protection et de promotion des droits humains.

Par tirage au sort, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc ont été désignés pour être examinés par le Groupe de Travail sur l’EPU, lors de sa première session qui aura lieu en avril 2008.

Conformément à la résolution 5/1 du Conseil des droits de l’homme, " l’EPU devrait garantir la participation de toutes les parties prenantes, y compris des organisations non gouvernementales et des institutions nationales des droits de l’homme ".

C’est dans ce cadre, que le CMA vient de déposer ses trois rapports alternatifs concernant l’état des violations des droits de l’homme en Tunisie, en Algérie et au Maroc.

Le rapport sur la Tunisie porte sur " la négation des Amazighs " dans ce pays, celui de l’Algérie insiste sur " les crimes d’Etat et sur l’impunité " particulièrement en Kabylie et celui du Maroc sur " l’apartheid anti-amazigh " de plus en plus visible dans ce pays.

Paris, le 24/11/2007

P/Le Bureau du CMA

Le Président

B. Lounes

BP 124 - 108, rue Damremont 75018 Paris, France - Tel/Fax : +33.(0)4.76.25.85.86

Email : congres.mondial.amazi-gh@wanadoo.fr - www.congres-mondial-amazigh.org

(JPG)

N A T I O N S U N I E S

Conseil des Droits de l’Homme

Examen Périodique Universel

1° session, Genève, 7-18/04/2008

Rapport alternatif présenté par le Congrès Mondial Amazigh

Apartheid anti-amazigh au Maroc

Genève, novembre 2007

Introduction

Les Amazighs (ou berbères) constituent le peuple autochtone d’Afrique du nord. Le terme amazigh signifie « homme libre ». Les Amazighs sont aujourd’hui au nombre de trente millions d’individus environ, disséminés sur une dizaine d’Etats : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte (oasis de Siwa), Espagne (Canaries, Ceuta, Melilla) et Niger, Mali, Burkina-Faso, Mauritanie (populations touarègues).

En termes démographiques, le Maroc est le pays le plus amazigh de l’Afrique du Nord. Les Amazighs représentent environ les 2/3 de la population totale de ce pays, soit environ 20 millions de personnes vivant principalement dans les régions du Rif (nord du Maroc), l’Atlas (centre), le Souss (sud) et le Sud-Est. Les grandes villes comme Casablanca et Rabat comptent également de fortes proportions d’Amazighs. Négation des Amazighs du Maroc

Sous les pouvoirs coloniaux ou post-coloniaux, le fait amazigh (territoire, histoire, langue et culture) a toujours été l’objet de déni, de dénigrement et de rejet. L’Etat-nation obéissant à l’idéologie arabonationaliste, a été bâti sur le principe du jacobinisme le plus strict légué par l’ancien colonisateur français, ce qui s’est traduit par une définition officielle de l’identité nationale exclusivement arabe et islamique, excluant Tamazight, pourtant principal fondement sociolinguistique et culturel de l’identité du pays. Sans reconnaissance politique ni statut juridique, exclue des institutions, l’identité amazighe marginalisée, subit en toute « légalité », les attaques incessantes en vue de son anéantissement total et définitif.

Le premier projet de loi, dit de Constitution (1908), pratiquait déjà l’exclusion de la composante amazighe pourtant numériquement majoritaire. Son article 18 prévoyait que seuls les arabophones étaient aptes à accéder aux fonctions publiques de l’Etat : « Un alphabète ne doit pas occuper une fonction du Makhzen. Un fonctionnaire doit bien lire et écrire la langue arabe ». En conséquence, un amazigh qui ne sait pas lire et écrire l’arabe est donc assimilé à un alphabète et se trouve automatiquement exclu de la gestion et de l’administration des affaires publiques, y compris dans son propre territoire.

C’est la première étape du projet d’apartheid marocain à l’encontre des Amazighs.

Cela est confirmé dans la Constitution actuellement en vigueur qui énonce dans son préambule que « le royaume du Maroc, Etat musulman souverain, dont la langue officielle est l’arabe, constitue une partie du Grand Maghreb Arabe ». La civilisation, l’histoire, la langue plurimillénaires des Amazighs et la réalité de ce peuple autochtone sont ainsi clairement ignorés par la loi suprême du pays.

En conséquence, légalement, les Amazighs du Maroc ne peuvent prétendre à aucun droit dans la mesure où la loi fondamentale ne reconnaît pas leur existence. D’ailluers, les membres du gouvernement interpellés par les organisations de la société civile au sujet des droits des Amazighs, ont souvent recours à cet argument.

La mobilisation active du mouvement citoyen amazigh du Maroc a cependant fini par décider le roi Mohamed-VI à déclarer en juillet 2001, que l’identité amazighe était une « richesse nationale » et qu’un institut royal de la culture amazighe (Ircam) serait créé afin d’assurer « la promotion de la culture amazighe (…), la conception, la préparation et le suivi du processus d’intégration de l’Amazigh dans le système de l’enseignement (…), et de proposer les politiques appropriées qui sont de nature à renforcer la place de l’Amazigh dans l’espace socio-culturel et médiatique national, ainsi que dans les affaires locales et régionales ». Ce nouveau discours qui va dans le sens de l’histoire et des attentes des populations, a été accueilli à l’époque, avec un certain espoir. Mais six ans après, malgré quelques concessions minimes notamment dans le domaine de l’enseignement, on constate que le référentiel idéologique de l’Etat demeure inchangé et les discriminations et les persécutions anti-amazighes demeurent la règle à tous les niveaux institutionnels. Le pays demeure soumis exclusivement à une langue unique, une religion unique, une culture unique et finalement une identité arabo-islamique unique. L’amazighité est repoussée dans la sphère privée et le folklore.

En définitive, il apparaît clairement que l’absence de reconnaissance constitutionnelle de l’amazighité justifie et « légalise » la relégation de la dimension amazighe.

Négation des droits civils et politiques des Amazighs

Après avoir contribué de manière déterminante à libérer le pays de la domination coloniale française et espagnole au siècle dernier, les Amazighs du Maroc, qui croyaient avoir accédé à leur indépendance, réalisent qu’ils sont toujours privés de liberté et de leurs droits même les plus essentiels. Ils continuent donc d’être colonisés, cette fois-ci de l’intérieur, par leurs propres concitoyens, ceux qui ne conçoivent le Maroc qu’exclusivement arabe et islamique. Profitant du sens de l’hospitalité légendaire des Amazighs et manipulant la religion musulmane à des fins d’hégémonie politique, la petite minorité arabonationaliste a fini par bâtir sa domination sur le pays et s’est donnée les instruments politiques, économiques, juridiques, institutionnels et idéologiques lui garantissant la pérennité de son pouvoir absolu.

L’Instance Equité et Réconciliation (IER), créée en 2003, afin de réparer les préjudices subis par les victimes des violations des droits de l’homme pendant le règne de feu Hassan-II, a vu son rôle limité à un simple dédommagement matériel, sous forme de distribution de quelques subsides aux victimes. Or le pardon et la réconciliation passent nécessairement par la reconnaissance par l’Etat des actes de violations des droits, la poursuite de leurs auteurs, la présentation d’excuses publiques aux victimes et l’engagement solennel des plus hautes autorités que de tels actes ne se reproduiront plus. La crédibilité et l’efficacité de cette instance nécessitent aussi que l’Etat, à tous les niveaux, cesse immédiatement et définitivement ses agissements actuels attentatoires aux droits humains. Sans le respect de ces considérations, ni l’équité, ni la sincérité de l’Etat ne sont établies et par conséquent la confiance ne peut être instaurée. Cela a d’ailleurs déjà amené des militants du mouvement amazigh arbitrairement détenus en 1994 pour avoir publiquement revendiqué le droit à l’enseignement de leur langue, à refuser la compensation financière que leur a proposé l’IER. La justice et la dignité ne sont pas toujours monnayables.

Par ailleurs, s’il y a réellement volonté de réconciliation nationale, celle-ci doit impliquer la recherche de la vérité sur tous les événements tels qu’ils se sont produits, sans omettre aucun cas d’abus, y compris les moins avouables. Or, à ce jour et à notre connaissance, les événements sanglants dont ont été victimes les populations de la région du Rif (nord du Maroc) en 1958/59 et en 1984, les événements du sud-est en 1956 dont ont été victimes Addi-Ou-Bihi et ses compagnons, l’assassinat de Abbas Msaadi, chef de l’armée de libération, ainsi que les arrestations arbitraires des Amazighs du Moyen Atlas en 1973, demeurent frappés d’ostracisme.

Le Makhzen, l’IER et le Conseil Consultatif des droits de l’homme restent également muets sur les disparitions forcées de Lakhssassi El-Madani en 1956 et de Boujmaa Hebbaz en 1981.

Aujourd’hui et plus que jamais, les Amazighs aspirent à vivre dans la liberté et la dignité. Ils souhaitent pouvoir jouir de leurs terres et ressources naturelles et de leurs propres attributs identitaires. Leur droit à l’autodétermination, c’est pour eux le droit à l’existence, au respect et à l’émancipation dans le cadre d’un Etat marocain fédéral démocratique qui leur permettrait d’assurer librement leur développement économique, social et culturel.

De ces faits, il découle que l’Etat marocain viole les dispositions du droit international qui prévoient que « Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel ».

Violations des droits linguistiques et culturels des Amazighs

L’article 13 de la Constitution stipule que « tous les citoyens ont également droit à l’éducation » mais pour les Amazighs, il s’agit d’une éducation exclusivement arabisante qui exclue et dévalorise leur langue et leur culture.

Ainsi et à titre d’exemple, l’histoire officielle du Maroc telle qu’elle est enseignée, commence à l’arrivée des arabes au 7ème siècle. Tous les manuels scolaires, qu’ils soient d’histoire, de littérature ou même de technologie, font l’apologie de la civilisation arabo-islamique au détriment de la culture autochtone amazighe.

Le phénomène de détérioration des acquis civilisationnels amazighs est incroyablement accéléré à cause de l’arabisation forcée : cela va des interdits frappant l’expression culturelle amazighe, la falsification des faits historiques, l’arabisation de la toponymie, de l’administration, de la justice, de l’enseignement et des grands médias audio-visuels, etc. La domination de l’espace public par l’arabe, langue officielle, langue de l’islam (religion d’Etat) et des institutions (selon Dahir du 26/01/1965 sur l’arabisation), a créé des situations gravement préjudiciables pour les Amazighs dans leur vie sociale.

A l’école, les enfants amazighs se trouvent encore une fois en déphasage total par rapport aux connaissances acquises directement dans leur milieu linguistique, culturel et familial ou communautaire. Par conséquent, ils ne se reconnaissent pas dans un système éducatif mutilant et qui désoriente toutes leurs connaissances acquises au cours des six premières années de leur vie. Cette violence identitaire crée un traumatisme psychologique dont les effets seront supportés pendant de longues années.

Le statut de la langue amazighe est méprisé un peu plus à l’occasion de chaque "réforme". La dernière « charte de l’enseignement et de la formation » (1999) a clairement recommandé d’introduire un enseignement de Tamazight mais « pour mieux comprendre les acquis de la civilisation arabe » (chapitres 115 et 116 de ladite charte), ce qui tente de perpétuer l’idée raciste de la supériorité d’une civilisation (arabe) sur une autre (amazighe). C’est dans cet esprit que le gouvernement marocain a initié des enseignements de la langue amazighe dans 300 classes depuis la rentrée scolaire 2003/2004.

L’Etat a introduit la langue amazigh dans l’enseignement mais sans créer des structures spécialisées (centres de formation des enseignants, centres de recherche sur la langue, etc) nécessaires à une réelle prise en charge de l’enseignement de cette langue. En conséquence, la réalité est très loin de la promesse faite par le gouvernement de « généraliser l’enseignement de la langue amazighe à tous les enfants marocains à partir de 2008 ».

Les manuels scolaires sont largement envahis par les référentiels religieux, même dans les disciplines scientifiques et techniques. Peu de place est laissée à l’objectivité, à l’éveil du sens critique et à l’universalité. Tout ce qui est arabo-islamique est sacralisé et tout ce qui ne l’est pas est stigmatisé et violemment rejeté.

Plus grave encore et à titre d’exemple, le manuel d’histoire de la classe de 9ème année du cycle scolaire, distribué par le ministère de l’éducation nationale, comporte des allégations mensongères et falsificatrices et propage une idéologie haineuse et intolérante. Cela a motivé la plainte déposée au mois d’avril 2004 par plusieurs centaines de personnalités amazighes contre le ministre de l’éducation nationale. La justice marocaine a rejeté la plainte pour vice de forme, au motif que les plaignants n’ont pas le droit de s’exprimer au nom de tous les Amazighs du Maroc. (annexe 1)

Ces faits graves et répétés bafouent totalement les intérêts et le droit de l’enfant à sa personnalité, à sa langue maternelle et à sa culture.

A cela s’ajoute le fait que les Amazighs, très majoritaires en milieu rural, se voient davantage encore discriminés par le fait de la marginalisation socioéconomique des régions amazighes (taux de scolarisation très bas, faible taux de mixité, absence d’équipements pédagogiques, absence d’infrastructures, etc).

La Haute commission de l’état-civil marocaine a dressé une liste de prénoms autorisés et où les prénoms amazighs sont frappés d’interdiction. Il est regrettable de constater que plusieurs enfants ont été nommés d’office avec des prénoms arabes et d’autres restent pendant des années sans prénom officiel. Leur seul tort est de vouloir porter un nom en souvenir de leurs ancêtres. Les auteurs de cette liste raciste et des pratiques discriminatoires à l’encontre des Amazighs, n’ont jamais été inquiétés par la justice alors même qu’ils bafouent la loi qui prévoit (Article 6 du dahir de 8 mars 1950) que "le demandeur d’un enregistrement dans l’état civil, choisit un prénom convenable. Il ne faut pas qu’il soit un prénom étranger, un surnom risible, il ne faut pas qu’il touche à la bonne moralité ou à l’ordre public et finalement, il faut qu’il soit authentiquement marocain ».

La volonté assimilationiste des décideurs publics va être confortée par la nouvelle loi de l’état-civil 37/99, qui impose aux enfants amazighs d’être nommés cette fois-ci, conformément à "l’authenticité arabo-musulmane". Selon cette loi, un enfant amazigh n’a pas le droit de porter un prénom amazigh, sauf par une décision d’un juge, ce qui est contraire à tous les principes qui régissent les droits humains. Les exemples abondent et se multiplient sur l’ensemble du territoire marocain : les prénoms Siman, Anir, Idir, Numidya, Massine, Juba, Sifaw…etc, ont été frappés d’interdits en 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007. Il aura fallu à leurs parents beaucoup de courage et de patience et de disposer de moyens financiers suffisants pour affronter l’hostilité, les obstacles et les intimidations administratives, judiciaires et policières du Makhzen marocain. Les parents de la petite Numidya (à El-Hocima) ont ainsi connu 5 années de procédures avant que le juge ne leur donne enfin gain de cause. En 2007, les parents des nouveau-nés Sifaw à Figuig, Amazigh à Goulmima, Macine à Talcint, Aynas à Casablanca, Massine à Sefrou, Lounes à Tanougha, ont du affronter l’administration et la justice pour faire reconnaître leur droit de choisir un prénom amazigh pour leurs enfants.

La peur de l’autorité, la lenteur et le coût de la procédure, les tracasseries administratives… etc, contraignent beaucoup de parents à renoncer à donner des prénoms amazighs à leurs enfants.

Par ailleurs, depuis la création de l’Ircam, les autorités marocaines tentent de faire admettre l’idée que toutes les revendications des Amazighs du Maroc ont trouvé leur débouché dans la création de cet organisme de recherche. Ce serait faire l’impasse sur les graves violations des droits que les Amazighs subissent au quotidien et tenter de faire oublier que l’essentiel des revendications des Amazighs réside dans la reconnaissance des droits économiques, sociaux, culturels et linguistiques du peuple amazigh du Maroc, qui ferait de l’individu amazigh un citoyen à part entière, jouissant pleinement de tous ses droits, dans un Etat démocratique, laique, libre, pluriel et ouvert sur l’universel.

Racisme et discriminations anti-amazighs

La volonté de ceux qui maintiennent leurs privilèges économiques, sociaux et politiques, vise explicitement la reproduction et l’héritage de la connaissance et du pouvoir économique et politique. Or il se trouve que les Amazighs n’ont pas un accès équitable aux ressources nationales et aux emplois publics, notamment de niveau cadre, dès lors qu’ils manifestent leur amazighité, ou encore s’ils ne font pas montre d’une ardeur particulière à défendre le caractère arabo-islamique du Maroc. Pour contredire les faits de discriminations, les autorités citent souvent des exemples de personnes amazighes occupant de hauts postes de responsabilité dans l’administration. Ils omettent cependant de préciser que l’accès et le maintien de quelques Amazighs à ces postes ont été obtenus au mieux, au prix d’un refoulement identitaire et d’un silence contraint, au pire par l’assimilation forcée, par la corruption et/ou par les menaces et intimidations exercées sur eux.

L’article 12 du texte constitutionnel prévoit que « tous les citoyens peuvent accéder, dans les mêmes conditions, aux fonctions et emplois publics », mais pour le citoyen amazigh, cela n’est vrai qu’à la condition d’abandonner ou de cacher son identité.

L’article 5 de la Constitution qui stipule que « tous les marocains sont égaux devant la loi » est contredit par les pratiques qui négligent l’individu amazigh. Au sein des instances judiciaires, les citoyens amazighs ne comprenant pas et ne parlant pas l’arabe, ont besoin, pour assurer leur défense, d’un traducteur. En l’absence d’un traducteur officiel, le juge selon sa propre volonté, peut décider de désigner un policier ou un citoyen parmi les présents dans la salle d’audience, pour assurer la traduction. Pourtant l’article 120 du code de procédure pénale prévoit que la traduction soit faite par un traducteur assermenté. Mais le respect du droit devient superflu dès lors qu’il s’agit des Amazighs.

Les autorités administratives et policières adoptent systématiquement une attitude arrogante et humiliante envers les citoyens amazighs. Une personne qui ne maîtrise pas la langue arabe est totalement démunie, fragilisée, incapable de faire valoir ses arguments et son bon droit.

L’intolérance, la haine et la violence anti-amazighes qui ont atteint un niveau extrême dans les universités marocaines et la tension qui s’y est désormais installée, sont le résultat de plusieurs décennies de politiques publiques fondées sur l’apologie de l’arabité et le mépris de l’amazighité, faisant le lit du racisme, des discriminations et de l’exclusion de l’identité et du peuple amazighs. Des institutions de l’Etat, des responsables politiques, des enseignants, des imams influencés par l’idéologie panarabiste, se sont rendus coupables d’actes ou de propos ouvertement amazighophobes sans jamais avoir été inquiétés par la justice marocaine malgré les plaintes déposées à leur encontre.

Contrairement aux prétentions des autorités, les associations amazighes sont exclues des soutiens financiers que l’Etat est censé accorder aux associations. A notre connaissance, il n’existe aucune association amazighe, sur tout le territoire marocain, bénéficiant d’un local appartenant à une collectivité publique.

Dans le domaine de l’audio-visuel, les grands médias publics ne s’adressent aux marocains quasiment qu’en langue arabe. Le système audio-visuel d’information et de divertissement est donc totalement déconnecté de la réalité marocaine. Depuis quelques années, les chaînes de télévision RTM et 2M diffusent quotidiennement trois émissions de 10 minutes d’informations en langue amazighe, alors que leur cahier de charges prévoit de consacrer 30% du temps d’antenne à la langue et à la culture amazighes.

Alors que les 2/3 des marocains sont des Amazighs, la télévision consacre 18 heures par jour (soit 75%) aux programmes en arabe, 5 heures et demie (soit 23%) en français et 0,5 heure en amazigh (soit 2%).

La langue amazighe connaît également des discriminations au sein de la radio nationale où des restrictions lui sont imposées notamment dans les reportages et la réduction des horaires d’émission. Les journalistes amazighophones de la radio et télévision publiques (RTM) ne bénéficient pas des mêmes conditions de travail que leurs collègues (inexistence d’un département amazigh, moyens de travail beaucoup plus réduits…). De même, au sein de l’Institut Supérieur de Journalisme, il n’existe pas de structure spécialisée en Tamazight, ce qui handicape les étudiants qui optent pour la filière amazighophone.

Pour la 2ème année consécutive, le « concert de la tolérance » organisé le 27 octobre 2007 à Agadir par la chaine de TV 2M et TF1, en partenariat avec les collectivités locales (Municipalité, Région), a exclu les artistes amazighs.

L’écriture Tifinagh ayant été officiellement adoptée comme l’alphabet de la langue amazighe, la municipalité de Nador (région du Rif) a entrepris le 29/04/2003, de réécrire les panneaux de signalisation routière en ajoutant, à côté de l’arabe, le Tifinagh. Quelques heures après et en pleine nuit, des agents du ministère de l’intérieur ont arraché les premiers panneaux installés, ont saisi dans les locaux de la municipalité tous les panneaux portant l’écriture Tifinagh. Les Amazighs se sont étonnés et indignés de cet acte agressif qui vise à interdire toute expression publique de l’amazighité.

La presse et les publications amazighes, qu’elles soient associatives ou privées ne bénéficient d’aucune aide financière de la part de l’Etat, alors que l’édition en arabe profite largement des budgets publics. Pire, la presse amazighe matériellement fragile est confrontée à des obstacles d’impression et de distribution.

En matière d’intolérance vis-à-vis de la culture amazighe, on enregistre de nombreux appels à la haine anti-amazighe émanant d’une certaine presse et dans quelques mosquées, sans que les autorités n’interviennent pour y mettre un terme. Des responsables gouvernementaux de haut rang et des personnalités politiques sont signataires du « manifeste pour l’arabisation du Maroc » (1970) qui traite de manière raciste, le peuple amazigh et son identité. Au cours de l’année 2005, des attaques d’une grande virulence ont été entendus dans certaines mosquées à l’encontre des Amazighs, qualifiés de « mouvement sioniste ». Les imams racistes clament tout simplement que « tamazight est contraire aux préceptes de l’islam » et demandent aux marocains et marocaines de ne s’attacher qu’à la seule arabité, érigée en « 6ème fondement de l’islam ».

Les auteurs de ces propos racistes n’ont jamais été inquiétés par la justice. Violations des libertés fondamentales

Bien qu’il soit dit dans le texte constitutionnel que « le Royaume du Maroc souscrit aux principes, droits et obligations découlant des Chartes (…) et réaffirme son attachement aux droits de l’homme tels qu’ils sont universellement reconnus », il est matériellement avéré que les citoyens et les membres des organisations de la société civile amazighe ne jouissent pas des garanties constitutionnelles, notamment celles prévues par l’article 9, comme « la liberté d’expression sous toutes ses formes, la liberté de réunion et la liberté d’association ». Les autorités marocaines continuent d’entraver les activités culturelles amazighes.

Dans leurs relations avec les citoyens amazighs, les autorités locales pratiquent ouvertement les menaces, les intimidations et même les agressions physiques. Les Caids et Pachas refusent les autorisations des activités culturelles amazighes et les créations d’associations. Le seul fait de s’exprimer publiquement en langue amazighe est suffisant pour soulever la colère du Makhzen (fonctionnaires de l’administration). Des militants amazighs subissent en permanence les harcèlements policiers. En voici quelques exemples :

Zaid Ouchna, habitant de Goulmima (province d’Errachidia), membre de l’association Tudert et militant pour les droits des Amazighs, fait l’objet de tracasseries administratives, d’intimidations et de menaces incessantes qui ont porté atteinte à sa vie privée et à ses biens. Les autorités n’ont pas apprécié qu’il ait initié une plainte contre les deux chaînes de télévision publiques, pour discriminations à l’encontre de Tamazight et qu’il ne cesse de dénoncer les atteintes aux droits de l’homme dans sa région.

Ahmed Adghirni, avocat du barreau de Rabat et secrétaire général du Parti Démocratique Amazigh du Maroc (PDAM) a été victime le 28 septembre 2006, d’un attentat qui a failli lui coûter la vie. Cette grave agression est certainement liée aux activités politiques de Maitre Adghirni. La plainte qu’il a déposée auprès du Procureur de Rabat est restée sans suite.

Hussin Arjdal, correspondant du journal Al-Oufouk, a été arrêté le 1/09/2007 à Tiznit alors qu’il couvrait la manifestation des diplômés chômeurs qui se déroulait dans cette ville. Au cours de sa détention il a subi les violences policières (coups, insultes), en toute impunité.

Brahim Ouzid, correspondant du journal Agraw Amazigh, a été l’objet de poursuites judiciaires par le Makhzen, en raison d’un article de presse dans lequel il décrit l’habitat insalubre dans la commune de Regada dans la région de Tiznit.

Le 27 décembre 2006, l’association Afra de Tiznit (sud-Maroc), organise une conférence-débat sur le thème de « l’amazighité et le développement humain". Au dernier moment, le Pacha de cette localité accompagné de grands renforts de police, se présente sur les lieux et déclare l’interdiction de la conférence. Ensuite, les forces de sécurité attaquent les manifestants avec une grande brutalité, les frappant à coups de matraque, tout en les insultant. Le Pacha lui-même et trois membres des « forces auxiliaires », se sont particulièrement acharnés sur le jeune Abderrahim Chhaibi, président de l’association Izuran de Lakhsass et Coordinateur du collectif Azyku des associations amazighes. Abandonné inanimé dans la rue, A. Chhaibi a finalement été transporté par des témoins à l’hôpital de la ville où il a été soigné. Ses blessures lui ont valu la prescription d’un arrêt de travail de 7 jours. L’agression des forces de police et du Pacha contre les citoyens s’est également soldée par l’arrestation de six personnes, dont Ahmed El-Khanboubi, coordinateur provincial de la Ligue Amazighe des Droits de l’Homme de Tiznit, et par des blessures infligées à plusieurs dizaines d’entre eux.

Abdellah Sedik, dit Azenzar, vice-président de l’association Tamaynut de Ait Melloul (région du Souss), a été arrêté le 04/11/2006 dans un café à Agadir et emmené au commissariat central de la ville, au motif qu’il portait dans son sac une banderole écrite en langue amazighe. L’officier de police qui l’a interrogé au commissariat, l’a frappé à plusieurs reprises lui cassant ses lunettes sur le visage. Abdellah Sedik, dit Azenzar a déjà subi plusieurs brimades de la part de la police d’Agadir pour le simple fait de brandir le drapeau amazigh.

Le 21 décembre 2006, le tribunal de Taroudant a condamné à quatre mois de prison avec sursis et à une amende de 2500 Dirhams, cinq paysans et représentants de la société civile de la région d’Ouzioua (Province de Taroudant), pour une simple participation, le 7 mai 2006, à une marche de protestation pacifique contre les expropriations injustes des paysans pauvres de la région. (annexe 2)

Abdelaziz Elwazani, président de l’association Ouzgan pour le développement (région du Souss) et membre de la Ligue amazighe pour les droits humains, est poursuivi en justice par l’Etat marocain sous le prétexte qu’il aurait tenu des propos ayant porté atteinte aux valeurs sacrées du royaume lors d’une conférence sur les droits relatifs à la terre, tenue à Bouyzakarn en février 2007. En réalité, les propos de M. Elwazani qui ont été prononcés en Tamazight, ont été falsifiés dans leur traduction en arabe, afin de pouvoir l’accuser et de tenter ainsi de le réduire au silence. La procédure judiciaire est en cours.

En sa qualité de président de l’association Sboya Ait-Baamran pour le développement et la solidarité, Brahim Sbayou, défend notamment les droits à la terre, aux territoires et aux ressources naturelles des tribus autochtones de la région de Ait Baamran (région du Souss). Pour cette raison particulièrement, le Makhzen a monté une cabale contre lui, l’accusant d’avoir « volé du sable du domaine maritime » de Ifni. Pour cette raison, l’administration lui a infligé une amende de 145726 DH (environ 14572 Euros). Son recours devant le tribunal administratif a été jugé irrecevable. Les procédures administratives et judiciaires sont en cours.

Théoriquement le droit de réunion est garanti par l’article 9 de la Constitution. Cependant la pratique montre que le prétexte d’« atteinte à l’ordre public » est invoqué à tout moment, de manière abusive, dans le seul but d’interdire une réunion pacifique. Les autorités usent et abusent de cette latitude jusqu’à remettre en cause ce droit. Rien qu’au cours de l’année 2007, plusieurs interdictions ont été prononcées à l’encontre d’activités en lien avec l’amazighité : La conférence que devait donner le journaliste Said Bajji, le 18/03/2007 à Agadir, sur son livre qui traite de la disparition de Boujmaa Hebbaz, le congrès du Parti Démocratique Amazigh du Maroc (PDAM) prévu à Marrakech le 03/02/2007, le rassemblement pacifique de protestation des artistes amazighs contre leur exclusion de la « fête de la tolérance » qui a eu lieu le 27octobre 2007 à Agadir, les militants du mouvement amazigh à Nador sont empêchés le 1/05/2007, de manifester avec une banderole portant la revendication de l’autonomie du Rif, etc.

Les autorités refusent de délivrer l’attestation de légalisation d’associations : Andaz à El-Hadjeb, Imal à Masst, Izuran à Lakhsass, Sidi Ouargag à Ifni ainsi qu’à plusieurs sections locales du Parti amazigh.

Les salles de réunion appartenant aux collectivités locales, accordées pourtant à d’autres associations et organisations professionnelles, sont refusées aux organisations de la société civile amazighe. Des associations à caractère social et/ou culturel subissent des tracasseries et des obstacles de diverses natures, notamment à Temara, Taghjijt, Masst, Sefrou, Lakhssas, etc.

De par le texte constitutionnel qui fait de l’islam la religion d’Etat (article 6), les marocains sont d’autorité considérés comme étant de confession musulmane sans qu’il leur soit possible ni de choisir, ni de changer, ni de ne pas avoir de religion. Le « libre exercice des cultes » dont il est question dans le même article ne concerne donc pas tous les marocains. Il n’y a donc pas de liberté de conscience ni de liberté religieuse au Maroc et cela est contraire au principe de respect des libertés fondamentales.

Le 20 décembre 2006, le gouvernement marocain a décidé d’interdire la diffusion du magazine arabophone Nichan qui avait consacré dans son numéro du 9 au 15 décembre, un dossier intitulé : « Comment les Marocains rient de la religion, du sexe et de la politique". Driss Ksikes, directeur de la publication et Sanaa Elaji, journaliste, sont poursuivis pour "atteinte à la religion islamique" et "publication et distribution d’écrits contraires à la morale et aux moeurs".

Il est dans les traditions des Amazighs et dans leur droit coutumier, azref, que la femme soit en droits, l’égale de l’homme. La relégation de la femme et le droit à la polygamie ont été introduits en Afrique du Nord par la charia islamique, officiellement en vigueur au Maroc. La société amazighe laïque se réjouit des progrès dans la reconnaissance des droits de la femme au Maroc. Cependant, de nombreuses inégalités demeurent particulièrement au détriment de la femme amazighe doublement discriminée par rapport à son statut de femme et d’amazighe.

Ces pratiques illégitimes limitent considérablement les droits et les libertés des Amazighs.

Atteintes aux droits économiques et sociaux des Amazighs

L’article 15 de la Constitution affirme qu’« il ne peut être procédé à l’expropriation que dans les cas et les formes prévus par la loi ». Sauf que les lois qui sont utilisées pour spolier, par la force militaire, plusieurs centaines de paysans amazighs, sont des lois colonialistes qui datent de la période coloniale française, en l’occurrence les lois de 1914, 1919 et 1925.

En vertu de ces lois, l’Etat marocain continue d’exproprier les paysans amazighs, sous prétexte qu’ils ne possèdent pas de titre de propriété sur leurs terres collectives, ce qui constitue une violente attaque contre une civilisation, un mode de vie et une ressource de vie, et par conséquent une grave atteinte au droit à l’existence de populations entières. Les surfaces retirées à leurs propriétaires légitimes de manière illégale, souvent avec usage de la force, sont ensuite cédées à des familles marocaines ou étrangères fortunées, ou à des investisseurs privés, comme c’est le cas pour le plateau d’Adarouch dans la région d’Azrou, les terres de Tamllaste, Eksimen Emsguine, dans la région d’Agadir, Agmmad, Iguelmimen, Ighergher dans la région de Errachidia, Goulmima, Bouyzakarn, Ait-Baamran, Taroudant, la forêt et les eaux minérales à Oulmés, Ait-Mellal, Azrou (source de Bensmim), Ougmès (source de Sidi-Rached), etc.

Cette situation est extrêmement préoccupante pour des centaines de familles amazighes, obligées de quitter leurs territoires ancestraux pour aller grossir la masse des déshérités qui peuplent les bidonvilles des grandes cités marocaines.

Cela contredit clairement les dispositions prévues par les principaux instruments de protection des droits de l’homme qui stipulent que « en aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance ».

Au Maroc, les régions amazighophones ont un niveau de vie largement inférieur à celui des autres régions. Il apparaît que le gouvernement a décidé de consacrer toutes les ressources du pays au développement du « Maroc utile », constitué par la façade atlantique, les villes « impériales » et les grandes vallées fertiles, au détriment de l’arrière-pays amazigh (Rif, Atlas, sud-est, Souss). Dans ces territoires tout crie à l’abandon et la paupérisation, ce qui pousse les jeunes notamment, sur les chemins de l’exil interne ou externe.

C’est ainsi que 37 personnes (surtout des enfants et des personnes âgées) sont mortes de froid et de malnutrition en janvier 2007 à Anefgou, Tirghsin, Tighedwin, localités de la Province de Khenifra (Moyen Atlas).

Face à cette catastrophe humaine, les paysans amazighs n’ont pas trouvé d’autres recours que de crier leur colère lors de nombreuses manifestations publiques qui se sont déroulées ces dernières années, parmi lesquelles :

-  En 2006, les populations de plusieurs localités du sud-est du Maroc (Bumal-n-Dades, Msemmrir , Lakhmis-n-Dades, Kelaa-n-Imgoun, Ait Ihya, Tinghir et Imiter) sont sorties dans les rues pour protester contre la situation de marginalisation multidimensionnelle qu’elles subissent depuis toujours. De plus, cette région a connu deux années de suite, des inondations qui ont provoqué de graves dégâts humains et matériels, sans que l’Etat marocain n’ait réagi à la mesure de la catastrophe enregistrée. Le silence méprisant des autorités a poussé les populations de cette région à bloquer les routes au cours du mois d’août 2007.

-  A Sidi Ifni (Ait-Baamran, sud du Maroc), au mois d’août 2005 : Plusieurs milliers de personnes ont protesté contre les conditions sociales et la marginalisation (manifestation violemment réprimée).

-  A Kaf Nsour (Atlas), en août 2005, les citoyens ont manifesté pour protester contre la marginalisation de leur localité, ce qui a entraîné l’intervention violente des gendarmes et l’arrestation de 4 personnes qui ont été présentées au tribunal de Khenifra.

-  A Tanfnit (Atlas), au cours de l’année 2005/2006, pour les besoins de construction d’un barrage, 18 familles ont été expropriées et déplacées par la force. Les autorités les ont obligées à signer des actes de vente de leurs terres pour des sommes dérisoires. Pour avoir protesté contre ces abus, Mohammed Bouassam a été condamné par le tribunal de Khenifra à un mois de prison ferme et 15000 DH d’amende.

-  A Boumia et à Idzer (Atlas), en mai et novembre 2005, plusieurs centaines d’habitants ont marché pour dénoncer la précarité de leurs conditions de vie.

-  Tiddar Izaiane est un terrain situé au centre ville de Khenifra et appartenant aux tribus Zayane (13 tribus). L’Etat a procédé à leur expropriation en avril 2007, sans même les en informer, justifiant son acte par le fait que les propriétaires de ce terrain seraient « inconnus ». Cette spoliation a provoqué des protestations publiques des tribus concernées.

-  Dans la région du Moyen Atlas, l’Etat procède à l’expropriation des terres, forêts, des mines et eaux des Amazighs à Azrou, Aghbalou N Iserdan, Mrirt, Tighza, Aghbalou Nait Sokhman, ce qui provoque régulièrement la colère des habitants.

-  Tazouta (Province de Sefrou, Moyens Atlas) est un village qui dispose d’une source (Aghbal) qui irrigue les champs de 250 familles. En 2007, l’Etat, par le biais de l’Office National de l’Eau Potable (ONEP), est venu mettre en place ses installations afin de puiser l’eau de la source et la revendre aux paysans. Les vives protestations de la population locale ont entrainé la suspension du projet pendant quelque temps, mais les travaux ont repris et sont actuellement achevés. Afin d’intimider les citoyens, 6 personnes ont fait l’objet de convocations par le tribunal de Sefrou. (annexe 3)

-  Dans la même localité, l’Etat s’est également accaparé une mine de marbre ainsi que les forêts et ce, sans l’information ni le consentement des autochtones.

A Ben Smim (Province d’Azrou), l’Etat a concédé l’exploitation de la source de cette localité à la Société Euro-Africaine des Eaux, pour sa mise en bouteille et sa commercialisation, sans prévoir ni les conséquences socioéconomqiues du projet, ni la part des bénéfices de l’exploitation qui devraient revenir aux populations locales. Plusieurs manifestations de protestation de la population, se sont déroulées en 2007.

De la même manière, l’ONEP s’est accaparée la source de Sidi-Rached (Province de Azrou) mais sans tenir ses promesses ni de laisser une partie de l’eau à la disposition des habitants, ni de construire des fontaines publiques, ni de verser une partie des revenus tirés de cette exploitation aux propriétaires et usagers traditionnels de la source. Au contraire, si les autochtones ont besoin d’eau, il n’ont plus d’autre choix que de l’acheter à l’ONEP.

-  Dans la commune de Tafingoult, région de Taroudant (Souss) en 2005, après avoir exproprié les populations amazighes autochtones moyennant une compensation financière dérisoire et avec la pression du Makhzen (administration marocaine), les nouveaux magnats du foncier ont procédé à l’abattage de centaines d’arganiers, principale ressource de la région et rempart contre la désertification, pour mettre en place une agriculture intensive qui épuise les terres et les nappes phréatiques.

-  En 2005, les autorités marocaines ont prévu de privatiser l’eau de la source de Tamsoult, Commune de Tizi-N-Test (Haut-Atlas). Le projet n’a été suspendu que grâce à la mobilisation des habitants. A la suite de quoi, 10 jeunes ont été arrêtés et traduits en justice.

-  Dans la Commune de Tizi-N-Test également, l’exploitation par une société privée d’un gisement de différents minerais, fait vivre en permanence les habitants voisins sous les poussières, provoque une grave pollution des sources d’eau et des dégâts aux habitations et à la chaussée. Lorsque les citoyens ont protesté, le directeur de la mine leur a exhibé une autorisation d’exploiter la mine à durée indéterminée. Aucune réaction des autorités malgré les nombreuses démarches effectuées par les habitants.

Dans la région d’Ouzioua, (sud-est), des paysans ont été dépossédés de leurs terres à vil prix. Du jour au lendemain, ils ont été transformés en paysans-sans-terre, employés sur leurs propres terres pour un salaire de 4 Euros par jour. Pour protester contre la catastrophe sociale qui leur est imposée, ils ont initié une marche pacifique le 7 mai 2006 à Ouzioua pour réclamer le droit à leur terre et à leurs ressources naturelles, particulièrement l’eau, et le droit de bénéficier des services publics de base (électrification, santé…).

-  A Ait-Ourir (Atlas), en mars 2006, les habitants de cette localité rurale ont dénoncé publiquement l’abandon de cette région par l’Etat marocain (absence de routes, électricité, écoles, sécurité…) et les conditions de vie indécentes dans lesquelles ils sont maintenus, qui n’offrent aux jeunes générations aucune autre perspective que le chômage ou l’exode. Au lieu de dialogue, les autorités ont choisi la manière forte en ordonnant l’intervention des gendarmes. Ceux-ci sont alors entrés en action contre les manifestants pacifiques, en matraquant sans distinction hommes, femmes et enfants. Cette intervention violente a fait plusieurs dizaines de blessés et 50 arrestations dont 10 sont présentés au tribunal de première instance de Marrakech. Les personnes arrêtées ont été aussitôt jugées et sévèrement condamnées. (Annexe 4).

A M’rirt (Moyen-Atlas), environ 250 ouvriers de la mine de Awam sont en grève depuis le mois d’août 2007 pour protester contre leurs conditions de travail infrahumaines. L’employeur et le gouvernement les ont abandonnées sans aucune ressource depuis 4 mois. De plus, cette mine pollue gravement les rivières et les sources de la région. Cela a obligé les habitants à abandonner leurs villages.

A Tagant (Souss), des terres collectives de tribus amazighes ont été indûment accaparées par l’armée et ce que l’on appelle localement « les maffias du foncier » qui se sont appropriés illégalement des terrains, en utilisant la corruption. La source d’eau de Tagant, naguère publique, est désormais sous contrôle militaire (un soldat monte la garde 24h/24).

Dans la région de Bouyzakarn et à Ouzgan, les terres de tribus amazighes sont devenues subitement « zones militaires » et les sources d’eau, propriété de l’ONEP (Office national de l’eau potable). La méthode utilisée est simple : les autorités procèdent discrètement au bornage d’un terrain (sans informer la population) et le déclarent ensuite propriété de l’Etat. L’expropriation devient alors « légale » et les légitimes propriétaires sont placés devant le fait accompli. Leurs recours, dont certains datent de 1988, n’ont jamais abouti.

Un gigantesque projet touristique (1,4 milliard de dollars, plus de 600 hectares) risque de bientôt faire disparaître l’un des derniers grands agdal, espace de pâturages ancestral, propriété collective des habitants du territoire de l’Oukaimedden, dans le Haut-Atlas. Ce projet est mené par la société immobilière Emaar (Emirats Arabes Unis) et devrait comprendre des hôtels de luxe, des commerces, des piscines, une usine de fabrication de neige artificielle et un golf de 18 trous. L’agdal de l’Oukaimedden « a fait l’objet d’une convention d’investissement entre la société Emaar et la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), qui est un organisme rattaché au Ministère de l’intérieur, le tout sous le haut patronage du Roi du Maroc et sans que les tribus en aient été préalablement informées" (Voir « Oukaïmeden : 2007, l’été de la dernière transhumance ? » par C.C. Mitatre, annexe 5). Comme pour les autres paysans amazighs dépossédés, les tribus de l’Oukaimedden vont certainement être spoliées de gré ou de force de leurs terres. Que peuvent en effet, les représentants des tribus amazighes (Naibs) face au capital de la société Emaar, aux pressions du Makhzen et à la volonté de la plus haute autorité de l’Etat ? De plus, l’Oukaïmedden recèle un trésor de biodiversité et un patrimoine historique unique puisqu’il abrite d’après les spécialistes, un millier de figurations rupestres datant de l’âge du bronze. Ce projet de dimension industrielle risque donc de provoquer de grands dégâts sociaux, culturels et écologiques pour ce territoire préservé jusque-là.

Afin de protester contre les atteintes à leurs droits essentiels (droit à leur terre, droit au travail, liberté d’expression, etc) et contre l’état d’abandon de leur région, les habitants des communes de Tagergoust et Taliwin (Province de Taroudant), ont décidé de boycotter les élections législatives de septembre 2007. Ils ont exprimé leur décision au cours de manifestations publiques organisées pendant le mois d’août 2007. Les forces du Makhzen sont intervenues pour empêcher les manifestations et procéder à l’arrestation de 5 membres de la société civile de Taliwin. (Annexe 6)

Toute la population de la commune de Tilmi (Haut-Atlas) a manifesté publiquement à plusieurs reprises pour dénoncer la marginalisation dont elle est victime. Aux élections législatives de septembre 2007, la population de Tilmi a refusé de participer au scrutin et a rendu public ses principales revendications. (annexe 7)

La région de El-Hocima (région amazighe du Rif) a été frappée par un violent séisme le 24/02/2004, faisant 862 morts, 650 blessés, plus de 1000 maisons complètement détruites et 12500 partiellement détruites. Le plan de reconstruction et d’aides sociales promis par le gouvernement, a été largement insuffisant et mis en œuvre avec une grande inertie. En conséquence, 300 familles vivent à ce jour dans des tentes ou dans des habitations précaires et plusieurs dizaines de familles déplacées n’ont pas encore retournées dans leurs villages, faute de logement. D’après les organisations de la société civile, une partie de l’aide internationale a été détournée à d’autres fins. Cela a conduit les sinistrés à organiser de nombreuses manifestations de protestation à El-Hocima, Ait Kamra, Ait-Abdella, Rouadi, Imrabten, etc. La manifestation populaire du 19/05/2005 à partir du village de Tamassint, a été sauvagement attaquée par un nombre impressionnant de forces de police qui ont utilisé des moyens de répression largement disproportionnés (bombes lacrymogènes, chiens, hélicoptères, contre des femmes, des enfants et des vieillards).

Cela contrarie très sérieusement le droit des Amazighs à une vie décente.

Détention arbitraire, tortures et autres traitements inhumains, cruels et dégradants

Le 2/08/2007, à la Porte de Melilla (point de frontière entre Melilla et Nador), le chanteur Khalid Izri et l’avocat Khalid Oumaiz, ont été molestés avec une grande brutalité et insultés par les agents de la police des frontières marocaine sans raison valable et gardés à vue pendant 8 heures. Il a fallu la mobilisation de la société civile de Nador et les confrères de Maitre Oumaiz pour qu’ils soient libérés.

La Porte de Melilla est un spectacle permanent de ce que le Makhzen marocain exerce comme violences, humiliations, traitements cruels et dégradants sur des milliers de personnes qui empruntent quotidiennement ce passage. Les citoyens sans distinction (hommes, femmes de tous âges, enfants) entassés dans cet espace très réduit subissent les bousculades, les insultes et les coups de gourdin et de ceinturon. Pour ceux qui se rendent dans la ville espagnole pour faire du petit commerce, il sont systématiquement rançonnés par les agents de police de la frontière.

Abdelhamid Iazza a été victime d’enlèvement le 21/03/2007 à Tagant (Province de Guelmim) et séquestré pendant 24 heures par des hommes masqués. M. Iazza se plaint d’avoir été sauvagement torturé par ses ravisseurs (totalement déshabillé, attaché, il aurait ensuite subi les coups et le viol). Parmi ses agresseurs, il affirme avoir reconnu Ali Mahna, président de la commune de Tagant et Lahcen Ben Lbachir Elouazani, membre du conseil de la commune de Sidi Hssayn. La victime s’est fait délivrer un certificat médical et une interruption temporaire de travail de 30 jours. Tous les recours devant l’administration et la justice (ministre de la justice, CCDH, Procureurs de Tiznit, de Guelmim et d’Agadir) sont restés sans suite.

Depuis de nombreuses années, les étudiants membres du mouvement culturel amazigh (MCA) du Maroc, sont soumis au sein des universités marocaines, à des agressions de la part de groupes radicaux appartenant aux mouvances islamistes et/ou nationalistes arabes, sous l’œil bienveillant et parfois avec la complicité des autorités administratives des universités et des services de police.

Au cours de la célébration du printemps amazigh le 20 avril 2007, les étudiants amazighs ont été attaqués dans les universités d’Agadir, Errachidia, Meknes, Fes, Taza, Rabat, Marrakech et Casablanca. Des attaques avec usage de gourdins, jets de pierres, chaines et toutes sortes d’armes blanches ont été perpétrées par des étudiants arabonationalistes sahraouis à l’université d’Agadir et par des groupes se proclamant de « Annahj Addimocrati Elqaidi » (gauche panarabiste radicale) dans les autres universités. Confrontés à de graves menaces et sans aucune protection, les étudiants amazighs se sont contraints de ne réagir que pour se protéger. Plusieurs dizaines d’entre eux ont été blessés. Et lorsque la police est intervenue à l’intérieur et à l’extérieur de l’enceinte universitaire, c’est uniquement pour matraquer et arrêter les étudiants amazighs.

A l’université de Meknes, des mains provocatrices ont peint devant l’entrée de l’université les drapeaux israelien et amazigh côte à côte, avec le signe égal entre eux. Une manière de déclarer que les arabistes marocains vouent la même haine à l’égard des peuples juif et amazigh ? Ensuite, on apprend qu’un étudiant a été trouvé mort à Errachidia et un autre à Meknes. Immédiatement après, la police a procédé avec une grande brutalité, à l’arrestation arbitraire de 17 étudiants membres ou sympathisants du mouvement culturel amazigh à Meknes et 6 à Errachidia, les accusant de meurtre. (Annexe 8)

Mohamed Azzaoui, étudiant à l’université de Errachidia et membre actif du comité de soutien de ses camarades prisonniers, a été à son tour arrêté le 1/11/2007 et incarcéré.

Pendant leur garde à vue au commissariat central de la police de Meknes, les étudiants ont déclaré avoir subi des traitements cruels et dégradants dans le but de leur extorquer d’éventuels aveux : gifles, coups de bâton sur la plante des pieds, coups de pied dans le dos et à l’arrière, des insultes telles que « chleuhs pourris », « fils de putes », etc. Ils ont été totalement déshabillés, les yeux bandés et empêchés de dormir. Menaces de viol contre un des étudiants, avec une matraque introduite entre les jambes, un autre affirme avoir subi le viol avec une bouteille. Un autre étudiant affirme avoir subi la torture du chiffon qui consiste à enfoncer un chiffon de tissu humide dans la bouche pendant que des agents de police le tabassaient. Autre traitement signalé : plusieurs fois de suite les policiers mettent un pied sur les menottes qui lient les mains de façon à les écraser au sol et à faire enfoncer le fer des menottes dans la chair. Un autre étudiant témoigne que les policiers pressaient la pointe d’un stylo dans les plaies qu’il avait sur le corps pour le faire souffrir.

A la prison Sidi-Said de Meknes où ils ont été transférés, les étudiants ont subi les coups et insultes de la part de leurs gardiens. Parfois, les repas apportés par les familles n’ont pas été remis aux prisonniers. Certains d’entre eux ont également été privés de visites familiales. Malgré leurs demandes répétées d’être rassemblés dans la même cellule, les 10 étudiants amazighs sont dispersés et mélangés avec des prisonniers de droit commun.

Tous ces mauvais traitements ont été portés à la connaissance du juge d’instruction.

Après 5 mois de détention provisoire, 4 détenus de la prison de Errachidia ont été condamnés (5 ans et 2 ans de prison) et 3 autres acquittés. Après les avoir accusés de formation d’une bande criminelle et meurtre avec guet-apens, le juge a requalifié l’accusation en participation à des actes de violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner. Etant donné que les accusés ont toujours clamé leur innocence, qu’il n’y a pas de témoins à charge, qu’il existe des témoignages en faveur de l’innocence des accusés, que leur dossier est vide de preuves et que le droit de la défense n’a pas été respecté (manque de pièces réclamées par les avocats, refus par le juge d’entendre des témoins…), en conséquence, le procès est inéquitable et la condamnation arbitraire.

Tout porte à croire que les étudiants ont été condamnés parce qu’ils sont Amazighs, parce qu’ils le revendiquent et parce qu’ils militent pacifiquement mais activement au sein du mouvement culturel amazigh pour la reconnaissance et le respect des droits et des libertés du peuple amazigh.

Il en est de même pour les 10 étudiants amazighs arbitrairement détenus à Meknes et qui attendent leur jugement depuis le 22 mai 2007. Le scénario de Errachidia va t-il se répéter à Meknes ? Quel est le motif que va trouver le juge marocain pour condamner des innocents ? En tout état de cause, il paraît clair que ces jugements sont de nature politique et que leur objectif est tout simplement de faire taire durablement les voix du peuple amazigh, ce qui constitue l’expression de l’apartheid à la marocaine.

Afin de protester contre la montée des violences, des injustices et de la haine anti-amazighes, plusieurs manifestations publiques ont eu lieu à Agadir, Errachidia et plusieurs localités du sud-est, à Marrakech, Oujda, Nador, Meknes, Rabat, etc.

En conséquence, le Congrès Mondial Amazigh recommande aux organes compétents des Nations Unies, d’exiger du gouvernement marocain de :

* Mettre fin à sa politique d’apartheid anti-amazighe, * Reconnaître le peuple amazigh du Maroc et respecter tous ses droits, y compris ses droits à sa terre, à ses territoires et à ses ressources naturelles, * Abolir immédiatement les lois coloniales relatives à l’expropriation des biens fonciers des Amazighs, * Mettre en place une commission d’enquête internationale indépendante, pour faire toute la lumière sur les violences commises dans les universités marocaines au printemps 2007, * Libérer sans délai les détenus politiques amazighs, * Réhabiliter toutes les personnes arbitrairement arrêtées et détenues et assurer la réparation des préjudices subis, * Cesser immédiatement les poursuites et les intimidations engagées à l’encontre des défenseurs des droits humains, * Poursuivre et condamner sévèrement les auteurs et responsables des actes de violence, de torture, de racisme et de discriminations subis par les Amazighs, * Prendre des mesures urgentes pour reloger les victimes du séisme d’El-Hocima et leur accorder des aides sociales spécifiques, * Mettre en Å“uvre sans tarder les recommandations des différents organes des Nations Unies, telles que rappelées ci-après :

Recommandations du Comité pour l’élimination de toutes formes de racisme et de la discrimination raciale (2003) :

1- Le Comité invite l’Etat partie à lui fournir dans son prochain rapport des renseignements sur la mise en Å“uvre des nouvelles dispositions du Code des Libertés Publiques relatives au droit d’association prévoyant le caractère illégal de toute association incitant à la discrimination raciale, et du Code de la Presse sanctionnant l’incitation à la discrimination raciale, conformément aux dispositions de l’article 4.

2- Le Comité demande à l’Etat-partie d’inclure dans son prochain rapport des informations statistiques sur les poursuites judiciaires intentées, et sur les peines infligées dans les cas d’infractions relatives à la discrimination raciale pour lesquels les dispositions pertinentes de la législation nationale ont été appliquées. Le Comité rappelle à l’Etat-partie que l’absence de plaintes ou d’actions judiciaires intentées par des victimes de discrimination raciale peut être principalement l’indication d’une absence de législation spécifique ou d’une connaissance insuffisante des voies de recours existantes ou d’une insuffisante volonté des autorités de poursuivre de telles infractions. Le Comité demande à l’Etat partie d’assurer l’existence de dispositions appropriées dans la l égislation nationale et d’informer le public de toutes les voies de recours existantes dans le domaine de la discrimination raciale.

3- Le Comité invite l’Etat-partie à reconsidérer la situation de la composante amazighe de la population en accord avec les instruments internationaux en matière de droits de l’homme, en vue de garantir aux membres de cette communauté l’exercice de leurs droits à leur propre culture, à l’usage de leur langue maternelle et de préserver et développer leur identité.

4- Tout en tenant compte des réponses fournies par la délégation, le Comité souhaite que l’Etat-partie prenne les mesures appropriées afin que la pratique administrative interdisant l’inscription au registre de l’état-civil des prénoms amazighs soit abandonnée.

5- Le Comité exprime son inquiétude au regard d’informations selon lesquelles certains membres d’associations amazighes seraient victimes d’atteintes à l’exercice de leur liberté de réunion et d’association.

6- Le Comité recommande également que des émissions plus nombreuses en langue amazighe figurent dans les programmes des médias publics.

7- Le Comité prend note de la volonté exprimée par l’Etat-partie de fournir des renseignements sur les indicateurs socio-économiques relatifs à la situation des Amazighs.

Recommandations du Comité pour les droits économiques, sociaux et culturels (mai 2006) :

1- Le Comite réitère sa recommandation à l’Etat partie d’intensifier ses efforts pour réduire le niveau de pauvreté, y compris dans les zones rurales, ainsi que d’améliorer ses stratégies de développement social, lesquelles doivent intégrer les droits économiques, sociaux et culturels,

2- L’Etat partie devrait redoubler ses efforts pour reloger la population sinistrée d’Al-Hoceima,

3- Le Comité recommande à l’Etat partie de créer des programmes d’alphabétisation en langue amazighe. En outre, il l’invite à accorder un enseignement gratuit en langue amazighe à tous les niveaux,

4- Le Comité invite l’Etat partie à considérer la possibilité de consacrer dans la Constitution, la langue amazighe comme une des langues officielles. Il l’encourage à prendre les mesures nécessaires pour permettre aux parents de donner un nom amazigh à leurs enfants. En outre, il l’exhorte à prendre les mesures nécessaires pour garantir pleinement à la communauté amazighe son droit d’exercer sa propre identité culturelle, en conformité avec l’alinéa « a » du paragraphe 15 du Pacte, établissant le droit de participer à la vie culturelle.

CMA, Novembre 2007

Rapports et correspondances des associations et organisations de la société civile :

-  Associations socioculturelles amazighes

-  Mouvement Culturel Amazigh (MCA) du Maroc.

-  Ligue amazighe des droits humains

-  Association Rif pour les droits de l’homme

-  Commission d’enquête sur les conséquences du séisme d’El-Hocima

Presse :

Le Monde Amazigh, Tawiza, Agraw Amazigh, Tasafut, Azetta et autres journaux.

sites web :

www.amazighworld.org ; www.kabyle.com ; www.tamazgha.fr ; www.ircam.ma et autres sites.

Annexes Annexe 1 : Plainte contre le ministre de l’Education Nationale

La plainte a été déposée en 2004 devant le tribunal de Rabat par une centaine de personnalités, des associations et des militants pour les droits du peuple amazigh du Maroc, pour « mensonge, falsification de l’histoire, haine raciale et intolérance, discriminations et propagande », véhiculés par le manuel d’histoire de la classe de 9ème année du cycle scolaire, équivalent à la classe de 3ème des collèges.

Dans ses motifs, la plainte énumère les griefs contenus dans ledit manuel, parmi lesquels :

-  Le Dahir (décret royal) du 16 mai 1930 qui a prescrit le respect du « statut coutumier des tribus berbères », a perdu son statut de Dahir Chérifien ;

-  Un Emir syrien, Chakib Arsalan, islamiste fondamentaliste, inconnu au Maroc, est érigé en instigateur du soulèvement populaire pour l’indépendance du pays, ce qui est contraire à la vérité et qui occulte sciemment les véritables résistants nationaux en grande majorité Amazighs ;

-  Anoual, Lehri, Ait-Baamran, Bougafer…sont des lieux de batailles décisives livrées par des guerriers amazighs pour l’indépendance du Maroc et aujourd’hui célébrées par les populations locales mais sont totalement passées sous silence dans ce manuel ;

-  La doctrine islamiste salafiste radicale et ses partisans sont présentés comme les sauveteurs de la « Oumma », faisant dangereusement l’éloge d’une idéologie sectaire, qui a déjà fait des milliers de victimes innocentes à travers le monde mais aussi au Maroc, précisément à Casablanca, un certain 16 mai 2003 ;

-  Le manuel sacralise le peuple, la langue et l’identité arabes, ce qui inculque aux élèves amazighs le complexe d’infériorité et de haine de soi et par conséquent leur suggère que leur salut réside uniquement dans l’arabe, en arabe et en tant qu’arabes.

Annexe 2 : Condamnés d’Ouzioua (2006)

* Aakik Driss, secrétaire général du syndicat des paysans pauvres, * Amal Lahoucine, président de l’association Ifghelen, * Bouichou Mohamed, membre du conseil de la commune d’Ouzioua, * Chkib Boubker, vice-président de l’association Atlas, * Id Bouichou Mohamed, paysan membre de l’association Atlas).

Annexe 3 : Convoqués par le Tribunal de Sefrou (2007)

* Said Almou * Driss Bourziz * Lhoussine Ichen * Hssain Kamel * Noureddine Kamel * Omar Ouari

Annexe 4 : Liste des habitants de Ait-Ourir jugés le 23/03/06 et condamnés

1- Mohamed el Barki :6 mois de prison ferme

2- Hassan Lamine : 8 mois ‘’ ‘’

3- Omar Kamih :10 mois ‘’ ‘’

4- Abderrazak Bouhaj : 10 mois ‘’ ‘’

5-Abdellatif Ahrayou : 12 mois ‘’ ‘’

6- /Mohamed Faouzi : 12 mois ‘’ ‘’

7- Mohamed Qorchi : 12 mois ‘’ ‘’

8- Tariq Bourou : 12 mois ‘’ ‘’

9- Brahim El Boukhari :12 mois ‘’ ‘’

10- Mohamed Merraq : acquitté.

Annexe 5 : « Oukaïmeden : 2007, l’été de la dernière transhumance ? » par C.C. Mitatre, Ethnologue, Paris X, Nanterre.

Un gigantesque projet touristique, mené par une compagnie immobilière des Emirats Arabes Unis, va bientôt faire disparaître le dernier grand agdal1 pastoral du Haut Atlas marocain. Perchés à 1800 m d’altitude, les pâturages du plateau de l’Oukaïmeden, préservés depuis des siècles par un système de mise en défens coutumier, sont en effet en passe d’être recouverts d’une dizaine d’hôtels luxueux, d’un golf de 18 trous, de complexes commerciaux et d’une machine à neige permettant la pratique du ski une bonne partie de l’année. Jusqu’à ce jour (mai 2007), personne, qu’il s’agisse de journalistes, d’intellectuels ou de scientifiques, n’a fait entendre publiquement sa voix par rapport à ce projet qui risque pourtant de substituer à la gestion durable et raisonnée d’un espace porté par un savoir faire collectif, un modèle souvent décrié pour sa logique de désintérêt envers tout ce qui n’est pas uniquement source de multiplication des revenus : celui de la capitalisation immobilière. Pourtant, l’image est frappante, celle de la confrontation entre, d’une part, des rois du pétroles, détenteurs d’un holding de plusieurs dizaines de milliers d’actionnaires, brassant des capitaux se comptant en dizaines de milliards de dollars, construisant des mastodontes architecturaux dans les capitales industrielles et, d’autre part, deux petits ensembles tribaux du Haut Atlas marocains propriétaires et exploitants de cet agdal, composés certes de plus de 3000 personnes, mais habitant dans des villages jusqu’où les réseaux téléphoniques ont encore du mal à parvenir. Mon propos est ici de poser le problème de la disparition de l’agdal de l’Oukaïmeden afin de générer un débat débouchant sur des perspectives d’avenir concernant les deux tribus qui en détiennent jusqu’à présent la propriété collective. Car en effet, il est encore temps de débattre, de rendre audible les avis et les préoccupations des scientifiques, il est encore temps de mettre en lumière les opinions, les craintes et les espoirs des membres des tribus, afin de tenter d’exercer une influence sur la mise en Å“uvre du projet touristique en question.

Présentation de l’agdal de l’Oukaïmeden

L’Oukaïmeden, plateau du Haut Atlas, situé à 70 km au Sud-est de Marrakech, est un territoire de transhumance, propriété collective ancestrale des tribus Ourika et Rheraya. Les agro-pasteurs de ces deux tribus se réunissent chaque été sur le plateau de l’Oukaïmeden pour y faire paître leurs troupeaux. Plus qu’un simple estivage, cette période de transhumance est aussi, pour les habitants de la région, un pèlerinage religieux ainsi qu’un évènement économique et social indispensable à l’équilibre de leur mode de vie. Car la transhumance n’est pas seulement un rassemblement de troupeaux, elle est surtout une rencontre entre les Hommes et l’occasion d’un moussem estival : nombreuses y sont les occasions de faire connaissance avec un futur époux, de régler des affaires et litiges entre villages, de se tenir au courant du temps qui passe, des décès, des naissances, des mariages, de consolider la solidarité entre les groupes et de procéder aux achats annuels de produits ou de services introuvables au village. L’estivage à l’Oukaïmeden, c’est en quelque sorte la vie sociale poussée à son paroxysme, c’est le seul évènement annuel de taille pour des dizaines de villages escarpés, vivant isolés une bonne partie de l’année. Devant le spectacle de la montée à l’estive de l’Oukaïmeden, on ressent qu’il s’agit là bien plus que d’une simple question d’héritage ou de patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel. La pratique de l’agdal fait partie du monde présent, elle est contemporaine, et ne cesse de se transformer au cours des âges ; cette pratique est vouée à se modifier, à changer de visage, mais pas à disparaître. Certes, comme ont pu l’évoquer certains chercheurs à propos de discours relevés sur le terrain, les vieux se plaignent aujourd’hui en disant que « l’estivage, ce n’est plus vraiment comme avant, que les rites structurants la pratique de l’agdal ne sont plus célébrés par les jeunes, que les jeunes ne respectent plus rien ». Mais un tel discours existait déjà il y a 150 ou 200 ans, ce clivage entre générations a toujours existé et, comme l’a montré Raymond Jamous à partir d’un terrain dans le Rif (1981), la transgression des coutumes par la classe d’âge des jeunes a même toujours été une donnée structurante de la société marocaine, au point qu’elle fait d’ailleurs partie intégrante des rituels de mariage en milieu rural. Si l’agdal est pratiqué de manière sensiblement différente d’il y a 50 ans, ce n’est donc pas pour autant qu’il est sur la voie du déclin, loin de là.

Le plateau de l’Oukaïmeden continue en effet d’être considéré par les montagnards des tribus alentours comme un espace sanctuaire, mis en défens, placé sous l’autorité du saint Sidi Farès. C’est ce saint personnage qui aurait délimité les contours des pâturages, et qui aurait institué des règles d’usage du territoire. Selon Mohamed Mahdi, « l’Oukaïmeden est un horm, un espace sacré, et il est, à ce titre, aussi inviolable qu’une mosquée ou qu’une zawiya » (1999). D’ailleurs, pendant leur période d’estivage, de nombreux rites voués à honorer la mémoire du saint sont accomplis par les transhumants, et continuent d’être accomplis encore aujourd’hui, malgré le prosélytisme croissant des islamistes dans la région. La terre de l’Oukaïmeden est donc un support de rites, de représentations, de pratiques religieuses locales qui sont partie intégrante de l’identité des tribus de la région. Leur retirer l’Oukaïmeden revient à contribuer à détruire en un tour de main un système traditionnel et une culture.

Le projet immobilier et touristique

L’agdal de l’Oukaimeden, objet de pratiques certes changeantes, mais tout autant dynamiques qu’il y a 50 ans ou plus, est aujourd’hui menacé par un projet touristique porté par Emaar, holding émirati leader mondial dans le secteur de la promotion immobilière en terme de capitalisation boursière avec 59000 actionnaires. Ce projet a fait l’objet d’une convention d’investissement avec une branche du Ministère de l’Intérieur marocain de 1,4 milliards de dollars (12 milliards de dirhams), pour un site d’une superficie de 600 hectares. Le projet de loisir, destiné à des touristes fortunés, est présenté par les investisseurs, comme étant en totale harmonie avec la culture et le paysage de l’Atlas. Il consiste en la mise en place :

-  d’un complexe résidentiel associé à la construction de 11 hôtels le luxe

-  d’un complexe marchand regroupant 300 commerces, où s’ouvriront, à côté des magasins de locations de ski, des boutiques luxueuses

-  de 25 000 m2 d’espace entreprise

-  d’une usine de neige artificielle pour ouvrir un domaine skiable qui fonctionnerait en toutes saisons

-  du plus haut golf mondial, un 18 trous situé à 3ooo m de hauteur

-  et enfin d’une piste de patinage et de piscines.

Reste à savoir, par quel procédé juridique l’Oukaïmeden, qui constitue la propriété collective des tribus Ourika et Rheraya, propriété relevant du Dahir du 27 avril 1919 postulant du statut « inaliénable, incessible et imprescriptible » des terres collectives, peut devenir propriété de cette compagnie immobilière émiratie. Tout d’abord, l’Oukaïmeden a fait l’objet d’une convention d’investissement entre la société Emaar et la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), qui est un organisme semi-public rattaché au Ministère de l’intérieur, le tout sous le haut patronage du Roi du Maroc et sans que les tribus en aient été préalablement informées. A l’heure actuelle, la société Emaar est en train de finaliser les plans du projet, qu’elle devrait présenter à la CDG à la fin de l’année 2007. C’est alors que le plateau de l’Oukaïmeden sera définitivement vendu à ce groupe des émirats. Mais la vente ne se fera pas directement. L’Oukaïmeden va d’abord faire l’objet d’une session, et être, après accord des naïbs (les représentants élus) des deux tribus propriétaires, mise sous la tutelle de la Direction des Affaires Rurales marocaines (DAR). Cette Direction va vendre le pâturage à la Caisse de Dépôt et de Gestion du Ministère de l’intérieur qui lui-même va ensuite vendre ce territoire à la société Emaar. Il n’y aura donc aucun contact entre les tribus actuellement propriétaires de l’agdal, et cette société émiratie qui en deviendra la nouvelle propriétaire. Par ailleurs, le processus juridique choisi pour déposséder les tribus de leur agdal n’est pas celui de l’expropriation, étant donné qu’un complexe touristique ne relève pas du domaine de l’intérêt public. Il s’agit d’une vente, que les naïbs des tribus Ourika et Rheraya sont censés effectuer de leur plein gré. Mais en parlant de session plus que d’expropriation, l’on joue sur des mots plus que sur des réalités tangibles. En effet, que sont quatre naïbs locaux face à une prise de décision royale associée au holding immobilier le plus puissant de la planète ? En réalité, les naïbs n’ont bien évidemment pas le choix. Jusqu’à présent, les tribus propriétaires du plateau de l’Oukaïmeden ont toujours refusé et réussi à bloquer les projets de transformation du site. Mais cette fois ci, face aux capitaux et aux volontés engagées en haute instance, les tribus ne font pas le poids et sont, en fin de compte, discrètement privées du droit à l’autodétermination. Certes, les tribus Ourika et Rheraya recevront chacune sur un compte bancaire mis à leur nom, le montant correspondant à la vente ayant eu lieu entre la DAR et la CDG. Chaque tribu pourra alors faire le choix de répartir la somme entre ses membres, ou d’utiliser cet argent pour financer des infrastructures collectives, telles des écoles ou des routes. Néanmoins, comme il s’agit d’une session et non d’une expropriation, une fois l’argent perçu et l’acte de vente signé, les tribus n’auront plus aucune marge de manÅ“uvre pour une quelconque revendication : ils auront définitivement cédés tous leurs droits sur l’Oukaïmeden. C’est ainsi que la société émiratie n’a aucunement l’obligation, ni l’intention d’ailleurs, de privilégier les membres de la tribu à l’accès aux emplois dans son cahier des charges.

Enjeux et perspectives

Les montagnards que j’ai pu rencontrer sur le plateau de l’Oukaïmeden en Août 2006 sont bien conscients de ces réalités, et je cite ici l’un d’entre eux : « On ne nous a pas demandé notre avis. Qu’est ce qu’on peut faire ? Tout change maintenant. Mais une chose est sûre, si l’on nous retire l’Oukaïmeden, on ne pourra plus garder nos troupeaux, ils n’auront plus assez à manger. On va les vendre. La plupart des familles devront partir à Marrakech pour trouver du travail ». Les employés de la station de ski, serveurs de restaurants ou gardiens de chalets, ne voient pas la situation d’un meilleur Å“il : « On sait déjà qu’on ne profitera pas de tout ça, des hôtels, du golf… au mieux on nous emploiera en sous-sol pour éplucher les patates. Mais pour les vrais emplois, ils vont demander à des spécialistes, à des diplômés, des maîtres d’œuvre, des professeurs de golf… ils vont les faire venir de partout mais certainement pas d’ici ! ». Les montagnards des tribus Ourika et Rheraya pressentent ainsi déjà qu’ils seront les laissés-pour-compte du grand projet qui va bouleverser le visage de leur région, mais aussi leur quotidien. Aucun indice ne peut pour l’instant leur laisser entendre que les autorités aient pu penser à eux, en prévoyant, par exemple, de donner priorité aux jeunes des villages dans les nouveaux emplois que le chantier pourrait générer Soulignons par ailleurs que la société Emaar est complètement ignorante des réalités qu’elle s’apprête à faire disparaître, jusqu’à se méprendre sur la signification même du toponyme du site. Le terme Oukaïmeden signifie « La montée des gens », et renvoie donc à l’image de la transhumance estivale. Or, la traduction que la société Emaar donne de ce terme dans ses documents de communication n’est autre que « La vallée aux quatre vents »2. L’on peut ici mesurer l’ignorance de cette compagnie vis-à-vis de la société locale au sein de laquelle elle compte insérer son projet ; à moins qu’il s’agisse là d’un procédé pour ôter du site jusqu’au souvenir des pratiques qui l’ont toujours caractérisées. Pour Emaar, l’Oukaïmeden est un site physique dénué d’histoire humaine. Et les responsables de cette compagnie estiment que ce n’est aucunement à eux de se charger d’une quelconque compensation ou prise en charge du devenir des populations locales.

Etre interpellé par le sort réservé au site de l’Oukaïmeden et aux pasteurs des tribus Ourika et Rheraya, ce n’est pas se poser en passéiste. Ces pasteurs sont porteurs d’avenir et de durabilité, notamment dans le sens où ils ne cessent de mettre en oeuvre des connaissances et pratiques écologiques uniques. Par ailleurs, la pratique de l’agdal est tout autant contemporaine que la pratique du surf ou du Mac Donald. La différence, c’est que cette pratique de l’agdal est plus rare.

Et la question ici posée est celle de l’hégémonie d’un système qui met en déperdition, un peu partout sur la planète, des systèmes plus minoritaires qui n’ont pas droit de parole devant le poids du capital. Devant les projets grandioses de ces holdings des Emirats, faisant fis des contraintes écologiques et même parfois des lois de l’apesanteur, défiant la nature à coups de milliards de dollars, on se rend bien compte que les volontés démiurgiques de l’homme ne sont pas propres à l’Occident, mais à ceux qui détiennent les capitaux. L’agdal était un outil de maintien de la biodiversité au service des habitants des vallées avoisinantes, mais la balance menace de se renverser, et les habitants seront alors au service de ce nouvel Oukaïmeden, destiné aux loisirs des jet-sets les plus fortunées.

L’on peut certes, comme le fait le politologue Jean-François Bayart (1996), avoir une lecture vertueuse de la mondialisation, en mettant en avant que les sociétés locales n’ont jamais vécu en autarcie, qu’elles ont toujours été ouvertes, d’une manière ou d’une autre, à des apports extérieurs incessants, et ont très bien su les gérer et se les réapproprier. L’on peut encore rappeler que la biographie culturelle d’une Mercedes, n’est pas la même en Allemagne et en Afrique, que les populations locales font preuve de dérivation créative envers les nouveaux produits qui font leur apparition, tels les automobiles, les téléphones portables, ou encore les télésièges3. Mais avec ce nouveau projet, il s’agit là de bien autre chose, il ne s’agit pas d’introduire une bouteille de Coca Cola ou des antennes satellites. Nous allons assister à quelque chose de beaucoup plus violent, à un évènement que les montagnes du Haut Atlas et leurs habitants n’ont encore jamais connus. Des clôtures invisibles, des barbelés symboliques vont être dressés autour de l’Oukaïmeden, et ces bornes ne seront plus gardées par les jnoun émissaires de Sidi Farès, mais par le pouvoir financier, retirant aux tribus le droit de pouvoir continuer à jouir de leur propriété, et contraignant nombre d’entre eux à s’exiler, faute de ne pouvoir assurer la période de soudure pour leurs troupeaux. L’Oukaïmeden, en plus de tout cela, recèle un trésor patrimonial unique. Ce plateau abrite en effet un millier de figurations rupestres datant de l’âge du bronze, réparties sur l’ensemble du site, et précisément sur les 600 hectares qui seront transformés en ville nouvelle. L’Oukaïmeden constitue aussi un observatoire privilégié pour les écologues. Cet agdal renferme un trésor de biodiversité exceptionnel, un véritable laboratoire écologique situé à seulement quelques kilomètres de Marrakech. Le plateau est d’ailleurs très fréquenté par les scientifiques, qui y envoient chaque année, saison après saison, leurs étudiants y observer la faune, la flore et le milieu géologique. Poser une chape de béton sur ce site revient ainsi à faire disparaître un site préhistorique et un observatoire écologique d’intérêts scientifique et patrimonial majeur. Face à ces constats, reste à savoir que faire. Cet été, sur le plateau de l’Oukaïmeden, une femme donnait une conclusion prémonitoire à tous ces questionnements angoissants : « Qu’ils prennent garde, ces gens là, à la malédiction de Sidi Farès. Ils viennent de loin, ils ne connaissent pas le pouvoir des saints de notre bled. Je ne donne pas quelques jours après le début des travaux pour que l’oued se réveille et détruise tout sur son passage ». L’on peut effectivement espérer que les solutions viennent du ciel. Néanmoins, la communauté scientifique des chercheurs travaillant sur le Haut Atlas détient toute la richesse du savoir nécessaire pour tenter de faire pencher la balance de manière bien plus concrète. Selon le sociologue Bruno Latour « le bon projet n’est pas celui qui recueille les soutiens sur la base des qualités qu’on lui reconnaît, au contraire, c’est parce qu’un projet recueille des soutiens qu’on lui reconnaît des qualités » (1999). Or le projet émirati ne cesse de recueillir des soutiens, tandis que les voix de protestations, de remise en cause du projet se font très discrètes et ne se font pas entendre par le biais des médias. En ne protestant pas, les chercheurs spécialistes des agdal et des régions du Haut Atlas, donnent leur consentement, leur aval tacite à la mise en place de ce projet.

Certes, au Maroc, il n’y a pas de terre qui ne soit inoccupée, et tout projet immobilier d’envergure implique inévitablement d’empiéter sur des territoires dont dépend l’équilibre du mode de vie d’un certain nombre de groupes humains. Inévitablement, à la Plage Blanche du Sahara Atlantique, dans les forêts de la région de Tanger, et dans bien d’autres lieux encore, comme d’ailleurs dans bien d’autres pays, des populations sont déplacées, dépossédées de leurs terres, privées de leurs espaces de pâturage, de pêche, ou de cueillette. Certes, l’on ne peut pas s’acharner à mettre des barrières devant toute impulsione au développement touristique, si sauvage qu’il puisse paraître. Néanmoins, la mise en place d’un observatoire du respect des droits des populations à faible représentation institutionnelle permettrait de négocier des marges de respect, de marchander des contreparties. Une solution parmi d’autres pourrait être d’inciter le holding émirati et le gouvernement marocain à financer un conseil de vigilance composé d’écologues, d’anthropologues, d’ethnologues, de juristes, de géographes, de pastoralistes, en s’assurant que les expertises réalisées par les scientifiques impliqués ne soient pas mises de côté et rangées dans des classeurs, pour ne servir que de devanture. L’ambition pourrait notamment être d’exiger du holding émirati des concessions en terme de dédommagements non pas uniquement financiers, mais en terme d’engagement à respecter l’équilibre hydraulique et écologique de la région, à verser des taxes si cet équilibre n’est pas respecté, à ne pas détruire les azib (bergeries en pierres sèches), à ne pas abîmer les gravures, et à revoir les dimensions du projet.

Il est aujourd’hui encore temps d’agir car la convention d’accord finale avec le gouvernement n’a pas encore été signée, elle ne le sera qu’à la fin de l’année 2007. Le rôle des scientifiques serait alors de mettre, tant la compagnie immobilière que le gouvernement marocain, dans la position de ne pas pouvoir dire qu’ils ne savaient pas ou qu’ils ne pouvaient pas se rendre compte. Il faut qu’ils sachent ce qu’ils s’apprêtent à détruire, et c’est là, le rôle que pourraient aujourd’hui endosser les scientifiques de manière collective et solidaire.

Ouvrages cités :

-  Bayart Jean-François, 1996, L’illusion identitaire, Fayart, Paris

-  Jamous Raymond, 1981, Honneur et Baraka, les structures sociales traditionnelles dans le Rif, -Cambridge University Press/MSH, Cambridge/Paris

-  Latour Bruno, 1999, Aramis ou l’amour des techniques, La Découverte, Paris

-  Mahdi Mohamed, 1999, Pasteurs de l’Atlas. Production pastorale, droit et rituel, Fond Adenauer (Ed.), Casablanca.

Annexe 6 : Personnes arrêtées à Taliwin (Août 2007)

* Amal Lahoucine * Nourdine Driss * Choukri Yassine * Nourdine Samir.

Annexe 7 : Cahier revendicatif de la population de Tilmi (août 2007)

* Libérer tous les étudiants amazighs détenus dans les prisons de Meknes et Imteghren (Errachidia), * Engager des poursuites judiciaires contre tous les agents de l’Etat impliqués dans les actes de torture infligés aux étudiants détenus, * Mettre fin aux agissements irresponsables des représentants de l’Etat dans notre région, * Arrêter les poursuites et le harcèlement des militants des droits de l’homme de notre région, * Arrêter immédiatement la politique de spoliation des terres tribales, * Restaurer les kasbahs et des ksours ainsi que tous les symboles amazighs en voie d’effondrement, * Rendre justice aux anciens combattants et résistants ainsi qu’à leurs descendants loin de toute approche makhzenienne, * Baptiser le collège qui se situe entre Ait Merghad et Boudjam en conformité avec les symboles de la région (Baddou…), * Reconstituer un comité d’évaluation des pertes suite aux inondations et mettre en place un fonds pour les sinistrés, * Entretien et construction d’établissements publics (écoles, hôpitaux…), * Doter la région du réseau d’eau potable et d’électricité, * Construire la route entre Msemrir et Imilchil et celle qui relie Tilmi et Azilal, * Construire des barrages collinaires pour arrêter l’érosion de la terre et encourager de l’arborisation, * Restaurer et entretenir les canaux d’irrigation et construire des ponts entre villages pour les désenclaver, * Intervenir immédiatement pour mettre fin à l’érosion des deux rives de Asif Imedghasen pour épargner aux habitants les pertes agricoles, * Permettre le transport gratuit aux élèves et étudiants qui poursuivent leurs études hors de la région, * Créer des chantiers d’entraide et développement durable pour mettre fin au phénomène de la pauvreté.

Annnexe 8 : Prisonniers politiques, membres du mouvement culturel amazigh

Agadir (jugés et condamnés à 2 mois de prison)

* Nazih Barkan * Abdelkrim El-Messaoudi

Errachidia (jugés le 25/10/2007)

1-Mohamed Sekkou, 5ans de prison

2-Slimane Ouali, 5 ans de prison

3-Mohamed Oulhaj, 2 ans de prison

4-Rachid Hachemi, 2ans de prison

5-Kamal Jebbouri, relaxé

6-Idir Benamer, relaxé

7- Brahim Taheri, relaxé.

8- Mohamed Azzaoui, en attente de jugement

Meknes (en détention depuis le 22 mai 2007)

* Hamid Ouattouch * Mustapha Oussaya * Mohamed Nouari * Idir Ait-Lkaid * Omar Oudi * Mohamed Chami * Youssef Oulbacha * Younes Hajji * Mohamed Zaddou * Amrou Taghlaoui.

Voir aussi
-  Graves violations des droits des Imazighen et impunité en Algérie


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Les commentaires reçus :

  • Le Conseil des droits de l’homme crée l’examen périodique universel

    2 décembre 2007, par AIT KRISSAT

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