Une autre version de l’Afrique du Nord, North Africa, Les Iles Canaries, le Maroc, l’Algérie, la Kabylie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, North Africa, nordafrika, Berbere, Amazigh, Rif, Tamazgha, Souss, Awres, Chaoui, Touareg, Guanche,
Certains journaux arabes ont récemment relaté dans les détails un accrochage qui a mis ‎en prise une étudiante islamiste revêtue d’un niqab, (sorte de tchador) et le vénérable ‎Cheikh d’Al Azhar, en visite à l’une des classes d’université. Ce dernier avait intimé l’ordre à l’étudiante d’enlever son attirail en sa présence en des termes jugés ‎autoritaires et non islamiques par certains. Le Cheikh motiva la décision de son ukase ‎par le fait que le niqab relevait des us et coutumes et non d’un édit religieux. Ce qui ‎est formellement contesté par certains milieux rigoristes, qui crièrent à la trahison, à ‎l’arbitraire, allant jusqu’à contester son autorité en la manière et d’être à la solde du ‎régime en place. Notre vénérable Cheikh dût essuyer les pires calomnies et ne manqua ‎pas de s’attirer les foudres et les ires des fondamentalistes religieux de tous bords, qui ‎l’accusèrent de tous les maux de la société
arabo-musulmane. Cet incident entre ‎l’étudiante et le vénérable Cheikh d’Al Azhar a trouvé des échos même dans les ‎medias européens, en particulier anglo-saxons, qui ne manquèrent pas de commenter ‎l’évènement en des termes ironiques sinon amusants. Désormais, nul ne pourrait ‎s’étonner de ce que les choses en soient arrivées là . On eût dit que les musulmans ont ‎perdu tout sens de la mesure, lorsqu’ils se sont juré de se chamailler pour un bout de tissu, qui a pris des proportions exorbitantes. D’or et déjà , cette affaire ne s’est pas ‎limitée aux pays arabo-musulmans, mais a gagné aussi les pays européens où résident ‎une grande communauté musulmane, qui se voit pointée du doigt à cause de ce qu’on ‎appelle la « question du foulard ». Tout être raisonnable admettrait volontiers et ‎aisément que l’habit n’est rien d’autre qu’un moyen pour se protéger des éléments et ‎qu’il peut varier d’une région à une autre selon les conditions climatiques du lieu où vit ‎la personne concernée. Un homme se trouvant sous une latitude boréale ne peut s’habiller de la même façon qu’un autre se trouvant sous les tropiques ou l’équateur et ‎encore moins dans un désert. Mais hélas, en matière de religion, la logique perd tout ‎son sens chez les maximalistes tenant d’une religion donnée ou plutôt de l’interprétation qu’ils en font, lorsqu’ils s’ingénient à trouver dans les textes sacrés et ‎hadiths ce qui réconfortent leur point de vue, quitte à tomber dans l’équivoque. ‎ L’habit, tel que préconisé par la religion, selon le point de vue religieux, au lieu d’être ‎une protection contre les éléments, devient alors un symbole d’appartenance à un ‎courant particulier ou à une secte
donnée. Pour certains(es), il est plus que cela, il est ‎devenu la marque qui différencie le croyant ou la croyante des autres. Sont apparus, ‎récemment, dans le paysage national et même à l’étranger, d’étranges attirails, aussi ‎bien féminins que masculins. Des hommes dans les rues des villes européennes qui ‎sont habillés à la pachtoune et des femmes portant des bourqas ou des tchadors avec ‎des lunettes et des gants, en plein été. Des petites filles qui sont renvoyées de l’école, ‎parce que leurs parents persistent à vouloir leur porter le foulard dit islamique, ‎évoquant pour cela la liberté du culte. On est parfois amusé par le comportement des ‎adolescentes musulmanes. Combien de fois, n’ai-je pas vu de jeunes filles habillées à ‎l’européenne, portant des pantalons jeans serrés, qui mettent en valeur leurs attributs ‎féminins, avec une pointe d’élégance, mais qui se cachent les cheveux avec un foulard dit islamique. Ce qui fait dire à certains non sans vulgarité, « qu’elles se cachent la tête ‎et se découvrent le c… ». Je laisse
cette image à l’appréciation du lecteur. En fait, si ‎l’essence du commandement religieux à la femme est de faire preuve de pudeur, en pratique on assiste au contraire. Et le foulard est là , en signe d’obédience et de ‎soumission, plus par conformisme que par conviction. L’autre extrême est représentée ‎par une importation saoudienne et étrangère à ces contrées. Combien de fois n’ai-je pas vu, en plusieurs endroits, des femmes de tous âges, couvertes de noir de la tête ‎aux pieds (pour ne pas dire de pieds en cap), et avec des gants – sortes de tchador ou ‎khimar que portent les femmes saoudiennes et celles des pays du Golf - et portant des ‎lunettes noires. Pour ces femmes, le vêtement est signe ostentatoire d’appartenance à ‎une secte donné ou à un courant religieux particulier. Il s’agit là d’une affirmation ‎d’une identité religieuse avec la volonté de l’afficher publiquement. En somme, il s’agit de faire état d’une appartenance à une idéologie bien déterminée, « celle des ‎sources anciennes ». Le haïk de nos mères et grand-mères a été évincé par le nouvel ‎habit féminin oriental plus conforme aux prescriptions religieuses et donc, selon cette vision, plus musulman. Un observateur averti ne manquera pas de relever que les ‎jeunes femmes qui observent ces règles susdites vivent un paradoxe et des ‎contradictions visibles, tiraillées entre tradition et modernité. Un exemple de ‎tiraillement entre tradition et modernité parmi d’autres est celui que l’on observe sur ‎nos plages, durant les journées chaudes d’été, où l’on observe de jeunes femmes patauger dans la mer, portant des vêtements de ville, qui ne sont pas conçus pour la ‎natation. Une fois le corps mouillé, elles ont l’allure des statues grecques sans ‎toutefois, en avoir le charme hellénique. Un spectacle insolite analogue se présente ‎aussi sur les terrains de sport, où les jeunes filles, voulant s’exercer sont obligées de ‎porter un attirail qui entrave ses mouvements corporels, parce qu’il n’est pas conçu ‎pour le sport. Le poids du contrôle social et la soumission empêchent toute velléité de ‎réflexion et encore moins de rébellion. Un jour, en méditant sur les chamailles au sujet ‎de la tenue vestimentaire des femmes citadines d’aujourd’hui, feu ma grand-mère, qui ‎comme les femmes amazighes de sa génération, n’avait connu de son temps que misère ‎et privation, me dit philosophiquement que « le mal est fait à l’esprit, qui se dérange et c’est le corps ‎qui en souffre » Sages paroles. ‎ Mimoun
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A 7o kilomètres à l’Ouest d’Alger, sur la route du littoral, Tipasa occupe un site qui n’a guère changé depuis l’Antiquité. Le nom lui-même est demeuré le même en dépit d’une orthographe fautive et qui n’a aucune raison d’être : Tipaza. A peu de distance du massif du Chenoua, qui l’abrite du côté de l’Ouest, sur trois promontoires que séparent des criques profondes, au pied de collines modérées, qui ferment l’horizon vers le Sud, la ville antique s’étendait le long de la mer sur environ 1.500 mètres.
L’HISTOIRE
De son histoire on sait peu de chose ; on vient tout récemment d’acquérir la preuve qu’un comptoir carthaginois y était établi vers le cinquième siècle avant notre ère.. Il se trouvait aux abords du petit port actuel, là où, de nos jours, les pêcheurs tirent encore leurs barques à terre. Quelques tombes au mobilier intact lampes, poteries, verreries d’importation grecque et orientale, sont les plus anciens vestiges de la présence historique de l’homme. Plus tard, il faut descendre jusqu’au milieu du premier siècle de notre ère pour trouver une précision nouvelle : Tipasa était, en 40, ap. J. C., lorsqu’une province romaine, la Maurétanie Césarienne, remplaça le royaume de Juba et de Ptolémée, une colonie latine, tout comme sa voisine Icosium. (Alger), et elle fut élevée au rang de colonie romaine sous Hadrien ou Antonin, au milieu du deuxième siècle de notre ère, promotion que n’a peut-être pas connue Alger. Le silence à nouveau se fait sur son histoire, puis, avec le christianisme, elle reparaît à la lumière. C’est d’abord par le martyre de la petite Sakba, mise à mort pour avoir brisé une idole et dont le corps, retiré des flots, fut pieusement enseveli sur la colline qui domine la ville à l’Est. C’est ensuite le siège infructueux du révolté Firmus, qui, vainqueur à Césarée (Cherchell) et à Icosium (Alger), dut s’avouer vaincu à Tipasa (372 ap. J.C.). Ce furent les luttes entre les catholiques et les donatistes, où les premiers l’emportèrent. C’est l’invasion vandale, la fuite de la population en Espagne. dit-on, le martyre de quelques habitants qui étaient demeurés là : poing droit et langue coupés ; ils n’en continuèrent pas moins à proclamer leur religion. C’est sur’ ce miracle que se clôt l’histoire ancienne de Tipasa qui fut, peut-être, réoccupée par les Byzantins et habitée, dans ses ruines, pendant des siècles, par des Berbères. Des Maures, expulsés d’Espagne, ne purent s’y maintenir à cause du voisinage incommode, du Chenoua... Cette solitude et cet abandon expliquent la conservation des vestiges antiques et, aussi, jusqu’à présent, en dépit de certaines laideurs, la beauté du site.
LES FOUILLES
Si l’on ne possède que de maigres renseignements sur Tipasa, cela tient essentiellement à ce que les recherches archéologiques y ont commencé seulement vers 1895 - trop tard malheureusement pour empêcher bien des destructions et des actes de vandalisme. En 1859, d’après un document officiel, quatre fours à chaux fonctionnaient sur l’ancienne ville. On imagine de quoi ils s’alimentaient. Les premières fouilles méthodiques furent faites en 1891 par Stéphane Gsell et l’abbé Saint-Gérand. Elles furent interrompues assez brusquement - à la mort de ce dernier et c’est seulement en 1913 que le Service des ’Monuments Historiques entreprit d’une façon plus suivie des recherches sur ce site. Depuis, elles ont été poursuivies avec une certaine régularité et plusieurs monuments témoignent à l’heure .actuelle de l’importance et aussi de l’intérêt dés vestiges de la ville antique.
LES MONUMENTS ANTIQUES : LE FORUM, LE CAPITOLE, LA CURIE ET LA BASILIQUE
Cet ensemble, découvert en 1914-1916, couronne la colline centrale qui s’appelait, dans l’Antiquité, la colline des Temples.
Une place de 50 mètres sur 27, au dallage intact, et encore bordée de son caniveau d’écoulement’ des ,eaux, le Forum occupe le centre d’un groupe de monuments et forme le cœur de la vie civile de la petite cité. A l’Est, précédé d’un perron qui servait de tribune aux harangues, c’est la Curie, siège du Conseil Municipal ; au Nord, c’est le soubassement d’un Capitole, à trois chapelles : Temple de Jupiter, Junon et Minerve, ;à l’Ouest, en contrebas de quelques marches et au delà d’une galerie couverte ou cryptoportique, c’est une basilique civile, tribunal et siège de la vie économique. Une belle mosaïque représentant des Maures captifs en ornait l’abside. Au Sud, enfin, le Forum donnait sur la ville ’étendue à ses pieds ’et un vaste escalier monumental à deux rampes permettait d’y accéder.
LES THERMES
Tipasa en possède au. moins quatre les grands Thermes, en bordure du Parc Trémaux, et dégagés seulement en partie ; les petits Thermes, au bord de la mer, à l’ouest de la crique, ; d’autres encore, en. arrière du ’bâtiment. industriel aux quatre cuves. Le dernier enfin, à côté du baptistère chrétien., Sans avoir,. même pour les premiers, qui, d’ailleurs, étaient publics, l’ampleur des établissements de Cherchel, de Timgad et de Djeniila, ils sont intéressants par leur état de conservation et la disposition du système de chauffage à air chaud. Aucun d’eux n’a fourni d’oeuvres, d’art, comme on en a trouvé entant d’autres villes antiques.
LE TEMPLE
Outre le Capitole, on a découvert à l’intérieur du parc un petit temple, entouré d’une cour à portique malheureusement défigurée par une allée qui la traverse. Du temple lui-même il ne subsiste, que le soubassement, l’escalier et, par côté, la base d’une statue ou de l’autel. La jambe nue d’une statue, masculine de taille colossale y a été découverte, Hercule, Mars, Empereur, divinisé ? Sans doute ignorera-t-on longtemps encore le dieu auquel ce sanctuaire était dédié.
LE NYMPHÉE
Sur le même alignement que le temple, alignement fait par la voie romaine qui conduisait à Cherchel et qui est ici enterrée, se dresse, vers l’ouest, un hémicycle à colonnes et bordé de bassins, qui est un château d’eau ou nymphée. C’est une fontaine monumentale placée à l’arrivée dans la ville de l’aqueduc qui amenait l’eau d’une source située à plusieurs kilomètres au sud-ouest. Décoré de statues, entre lesquelles l’eau tombait en cascade, c’est un des plus beaux monuments du même genre qu’on ait retrouvé en Afrique. Il atteste le désir des habitants de décorer leur ville d’une façon monumentale et jolie à la fois.
LE THÉÂTRE
Ce même souci esthétique appairait dans le théâtre, voisin ’du nymphée. L’édifice, au lieu d’être adossé - ,à une colline comme tous les autres théâtres antiques de l’Afrique du Nord, excepté ceux de Madaure et de Sabratha, en Tripolitaine, a été construit en élévation. S’il n’avait servi de carrière pour la construction de l’hôpital de Marengo, nous aurions sans doute encore les 25 rangées de gradins qu’il devait compter à l’origine, le mur de scène et, les dépendances. Tel qu’il est, avec ses arceaux du rez-de-chaussée, ses voûtes, à demi-ruinées, qui supportaient les gradins supérieurs, les escaliers menant au premier étage, les, couloirs d’accèsà l’orchestre,, le mur qui supportait la scène et la fosse profonde de celle-ci, ce théâtre, de 3.000 places environ, reste, sous -sa couronne d’oliviers et dans son cadre de verdure et de montagne, un des monuments les plus évocateurs de Tipasa.
L’AMPHITHÉÂTRE
Un autre monument important était les arènes. contiguës au temple du ’,parc Trémaux. Des sondages faits en 1916 ont révélé des, couloirs souterrains qui semblent attester la bonne conservation des .sous-sols, si intéressants dans les édifices de cette catégorie. On vient d’en avoir’ une preuve à LambèseBien qu’on puisse craindre que l’amphithéâtre ait’ en partie connu le sort du théâtre et servi de carrière. on peut imaginer qu’il en subsiste encore assez poufo former un bel ensemble.
LES MAISONS
Peu d’habitations privées ont été dégagées à Tipasa. Parmi les plus belles, il faut citer la villa de la crique - où des restes pitoyables de mosaïques sont ’es débris d’une belle décoration, mais où des peintures murales ont été retrouvées.
Une autre demeure a été à peine explorée non loin de celle-ci. Elle a livré une très intéressante mosaïque de la légende d’Achille (au Musée d’Alger), exemple du goût, des Tipasiens pour les épisodes homériques et du talent des artistes auxquels ils ont eu recours. D’autres habitations plus modestes ont été fouillées à l’Est et au Sud-ouest du village : demeures de petites gens ; dans l’un et dans l’autre cas, elles ont montré l’existence de beaux pressoirs à huile, installés dans l’habitation, et apportent des renseignements, sur la vie économique de Tipasa. Si l’olivier prospérait, -c’est aussi à la fabrication du vin qu’était consacrée, dans’ la -belle villa des Hortensii aujourd’hui propriété Coulombe"),’à l’est de Tipasa, toute une installation de cuves, et de pressoirs datant du milieu du III’ siècle. C’est un établissement industriel, enfin, qu’on voit non loin de la mer, avec sa cour bétonnée, les restes de deux hangars et quatre cuves cimentées.. Peut-être est-ce une tannerie ?
LES REMPARTS
C’est au- III’ siècle, au moment où la prospérité de Tipasa a été la plus grande, que, des menaces ayant troublé- sa, sécurité,-la’ville s’est entourée d’un rempart dont les vestiges sont bien apparents. Long de 2.300 mètres environ, il compte encore 15 tours rondes et 16 tours carrées. Trois portes monumentales, dont deux, à l’Ouest ’et au Nord, étaient précédées d’un vestibule en demi-lune, deux portes secondaires, dont une poterne bien conservée au Nord-ouest, permettaient de franchir le rempart. Dans son état actuel, le retranchement, qui devait mesurer environ de 7 à 8 mètres de hauteur avec des tours de 9 mètres, révèle une’ destruction exécutée systématiquement, sans doute au cinquième siècle, après l’invasion des vandales.
LES ÉDIFICES CHRÉTIENS. - LES ÉGLISES
A l’intérieur de la ville on a retrouvé : ’près du Forum, au-dessus de la mer,, une chapelle privée, dont une mosaïque (déposée au Musée) décorait l’abside, et, sur la colline de l’ouest, la cathédrale, le plus vaste édifice chrétien d’Afrique après Damous-el-Karita de Carthage. Construite au IV’ siècle avec des fragments des édifices païens, elle comprenait neuf nefs, séparées ’par ’ des colonnes et des piliers. Un immense tapis de mosaïque la décorait. Son porche,-a l’ouest, est appuyé contre le rempart. A l’Est,’ la vaste abside s’est ; en partie, effondrée dans la mer. Au nord, l’église était flanquée d’une chapelle pour la confirmation le,consignatoritim, puis d’un baptistère, avec sa cuve à trois degrés bien conservés, et de petits thermes. Des mosaïques, aujourd’hui à Alger, décoraient ces derniers édifices.
LES CIMETIÈRES. - CHAPELLE D’ALEXANDRE, CRYPTE DES ÉVÊQUES, ENCLOS DES MARTYRS
Hors des murs de la ville,,à l’Est comme ’à l’Ouest, de vastes nécropoles chrétiennes se groupaient autour de deux sanctuaires. A l’Ouest, c’ est’ la chapelle de l’évêque Alexandre. Fouillée en i94o après de longues années d’interruption, elle a désormais son ’aspect primitif Alexandre la fit construire au 1V’ , siècle pour y déposer les évêques, ses prédécesseurs, et pour y reposer lui-même après sa mort_ Sa tombe, ornée d’une mosaïque, a été retrouvée, dans une chapelle, à l’Ouest. A l’Est, neuf sarcophages, placés sur une sorte d’estrade, renfermaient les’ corps des évêques. Ils avaient d’abord été inhumes’ dans une crypte’ souterraine, véritable chapelle de catacombes ; avec sa voûte en stuc et son lucernaire. On 1’a retrouvée dans un angle de l’église, mais elle avait été dévastée dans le passé. Elle n’en demeure pas moins un vestige chrétien remontant sans doute au début du III’ siècle et aux premiers temps de la Communauté chrétienne de Tipasa. Des inscriptions en vers, tracées sur mosaïques, dont plusieurs cantiques rimés, décoraient le sol de l’église elle-même. En’ contrebas s’étendait un enclos strictement fermé par un mur en pierres de taille. On y accédait par un porche, commun avec l’égliseA droite, en descendant quelques marches, on trouvait, sous un portique, six tables funéraires ou mensae de martyrs dont seuls subsistent trois noms : Rogatus, Vitalis et Maxima. A gauche, on a découvert l’épitaphe de Victorinus, martyrisé, le dimanche ; 8 mai, vers 2 heures de l’après-midi, d’une année de la fin du III° siècle, et, auprès, une double épitaphe du prêtre Amantius qui repose, dit le texte. .’auprès des martyrs. Tout concourt à prouver que cet enclos, contemporain sans doute de ’la crypte des évêques, était réservé à des martyrs de la foi chrétienne et date, par conséquent, d’avant Constantin et la fin des persécutions.
Église et nécropole de, Sainte Salsa
Sur la colline dé l’Est a été’ découverte, en 1891, l’église construite sur le tombeau de Sainte Salsa. D’abord, petite chapelle au IV" siècle, elle est devenue, au Ve et au VI siècle, un vaste édifice religieux à trois nefs, avec des tribunes latérales. Un sarcophage païen en marbre "renfermait, dans le chœur, ’le corps de, la sainte et, au-dessous, on a retrouvé l’épitaphe païenne, encore en place, de Fabia Salsa, aïeule, sans doute, de la fillette martyrisée. Des mosaïques, malheureusement détruites, entouraient le pieux monument. En 1932,furent dégagées, à leur tour, les -centaines de tombes qui, au cours des siècles, avaient étroitement encerclé l’église -, ces sarcophages en pierre, primitivement ornés de mosaïques à sujets et à inscriptions, sont, dans leur rudesse dépouillée, d’une austérité et d’une grandeur impressionnantes. Quelques épitaphes nous apprennent que les défunts qui dorment là leur dernier sommeil étaient venus parfois de très loin d’Afrique, d’Italie et même d’Asie Mineure. Au milieu d’eux, une chambre d’agapes conserve intacts ses murs percés de fenêtres, sa table en maçonnerie érigée sur un sarcophage inviolé, sa porte surmontée d’une inscription grecque symbolique : " Ichtris ". Des-tombes de types divers dévalent jusqu’à la falaise qui surplombe la mer, d’autres chapelles funéraires se dressent à peu de distance. Ce cimetière, d’ailleurs, n’est pas, entièrement dégagé.
LÉ MUSÉE
Sous les ombrages du parc Trémaux ont été déposés, dans un musée en plein air, quelques objets antiques : des colonnes avec leurs chapiteaux, ioniques et corinthiens, forment un alignement rustique. Des moulins en pierre, des fenêtres ajourées, parfois ornées d’un symbole chrétien, des épitaphes et des . inscriptions honorifiques sont disposées çà et là dans la verdure. Deux ou trois jarres monumentales, des dolia, évoquent les réserves d’huile ou de grains des villes antiques. Mais les pièces les plus précieuses sont trois sarcophages en marbre, que protègent des édicules, en’ vérité peu flatteurs pour œil. L’un est un tombeau païen où ont été ensevelis deux époux. On les voit sculptés au jour de leurs noces, entourés de leurs témoins, de la déesse Junon et de l’Amour tenant la torche d’hyménée ’ puis, au jour de la séparation, célébrant sur un autel le sacrifice des adieux.’ Castor et Pollux, les Dio’cures, les encadrent et veillent sur leur dernier sommeil, tandis que, sur les faces latérales, un victimaire se prépare à égorger un taureau paré pour le sacrifice. A ce sarcophage païen fait suite un autre plus beau encore. ,ù se dresse, sur un fond de strigiles,. entre deux lions égorgeant une gazelle, le Bon Pasteur, avant sur ses épaules la brebis égarée. Sarcophage de transition-unissant à une décoration encore toute païenne, un motif que le Christianisme utilisera avec beaucoup de faveur. Il en est de même pour le troisième tombeau, où l’on voit, au centre, le Christ enseignant, encadré par les quatre saisons, chacune avec ses attributs traditionnels le printemps, avec une coupe et des fleurs ; l’été, avec une gerbe et une faucille ; l’automne, à la grappe de ’raisins ; l’hiver, emmitouflé, tenant la pioche des travaux champêtres et les canards, symbole de ,la-chasse. A ces motifs, que’le Moyen Age reproduira à satiété sur les porches des. cathédrales, s’ajoute une scène biblique : Moïse fait jaillir au désert la Source miraculeuse. C’est ’aussi un ensemble biblique qui décore le couvercle d’un sarcophage provenant de Sainte Salsa, qu’on a recueilli dans la pièce appelée pompeusement musée : Daniel dans la fosse aux lions, les ,Hébreux clans la fournaise, Noé clans l’arche, une série de personnages en prière ; cette imagerie naïve sur mosaïque est à peu près tout ce qui demeure de la décoration de la nécropole chrétienne. On peut juger par cet humble vestige du caractère qu’avait le cimetière dans sa première nouveauté
Beaucoup plus belle assurément est la grande mosaïque du 1"’’ siècle qui décorait l’abside de la basilique judiciaire. Au milieu d’un semis de peltes et de losanges, une scène de captifs : homme, femme et enfant, accroupis, les mains liées, sur des armes jetées à terre, occupe le centre de la composition. Des portraits, où l’on croit distinguer des caractères ethniques assez prononcés, illustrent encore le pavement qui est un des plus beaux qu’on ait découvert en Algérie.
Deux ou trois mosaïques chrétiennes, dont deux épitaphes provenant de Sainte Salsa, des débris (le peintures murales, de menus objets : lampes, poteries, verreries, quelques monnaies, forment une petite collection dont l’intérêt dépasse la présentation plus que modeste. Tous ces documents, tous ces édifices païens et chrétiens, forum et basilique, temples et maisons, remparts, églises et nécropoles, sont des témoins vénérables et précieux, dans leur étonnante conservation parfois, de l’existence d’une petite cité roumaine du littoral africain : ville d’agriculteurs et d’artisan-,de commerçants et de colons, laborieuse et appliquée, guerrière à l’occasion, et aimant les plaisirs, mais ardente aussi dans ses croyances et dans sa foi, et son âme complexe revit à travers les vieilles pierres. Mais, par dessus les murs chancelants que hantent des ombres, le charme de Tipasa réside avant tout dans la beauté (les lieux où la nature offre au passé un cadre immuable et merveilleux.
Louis LESCHI Correspondant de l’Institut, Directeur des Antiquités de l’Algérie.